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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Fines à en être souples, elles se replient sur elles-mêmes comme une oreille de chien — d'où ce nom que le Tolima Grande prononce en avalant les syllabes
Elles s'appellent aussi « arepas de angú », et le premier point tranché porte sur la matière : l'inventaire du Ministerio de Cultura les décrit comme un « amasijo à base de maïs blanc trillado ET de riz cuit ou moulu » — c'est-à-dire un mélange, pas une arepa de maïs à laquelle on aurait ajouté du riz ni une galette de riz pur (Sánchez & Sánchez, « Paseo de Olla », MinCultura, 2012, p.
296 et 348 ; Ordóñez, « Gran Libro de la Cocina Colombiana », MinCultura, 2012, p.
296).
C'est ce mélange qui produit la souplesse : le maïs seul donnerait une arepa cassante, le riz seul une galette collante.
Deuxième point, tranché par l'usage et non par la recette : la fiche officielle précise qu'elles sont « de sabor neutro » et qu'elles servent à accompagner des plats comme la lechona.
C'est une arepa qui n'a pas vocation à avoir du goût, et lui ajouter du sel, du fromage ou du beurre — ce que font beaucoup de recettes en ligne — la sort de sa fonction.
Troisième point, technique et non négociable : l'étirement se fait entre deux feuilles de bananier passées à la flamme, jamais entre deux films plastiques ni à la main nue.
La pâte est trop souple pour tenir autrement, et les hojas soasadas parfument la galette au passage.
Elles doivent enfin être grillées « jusqu'à ce qu'elles soient fermes sans brunir » : une oreja'e perro dorée est une arepa ratée.
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Couvrir le maíz blanco trillado de trois fois son volume d'eau froide, dans un endroit frais, et le laisser trois jours SANS remuer — c'est la pratique consignée par les cuisinières du Tolima et du Huila. Tremper le riz séparément la veille au soir. La cible est un maïs entièrement hydraté, qui s'écrase entre deux doigts, et une eau devenue légèrement laiteuse et acidulée. Si une odeur franchement aigre ou putride apparaît, jeter et recommencer : trois jours au frais fermentent, trois jours au chaud pourrissent.
Le pourquoiLe trempage long amorce une fermentation lactique qui acidifie légèrement le grain, ramollit les parois cellulaires et facilite la mouture ultérieure.
Égoutter le maïs et le moudre au moulin de fonte jusqu'à obtenir une pâte fine. Délayer la masse obtenue dans un peu d'eau et la passer au tamis pour éliminer les sons — l'affrecho. Laisser décanter, puis jeter l'eau claire de surface. La cible est une masse fine, lisse, sans fragment de son sous le doigt. Les sons restés dans la pâte percent la galette au moment de l'étirement : c'est la raison principale des arepas trouées.
Le pourquoiLes fragments de péricarpe sont rigides et ne s'hydratent pas ; ils créent des points faibles là où la pâte doit s'amincir à trois millimètres.
Égoutter le riz trempé et le cuire dans peu d'eau salée jusqu'à ce qu'il soit très tendre, une quinzaine de minutes, puis le moudre encore chaud. La cible est une pâte de riz épaisse, collante, blanche et lisse. Un riz cuit trop al dente ne se moud pas et laisse des grains entiers dans la pâte ; un riz noyé rend la masse trop liquide et il faudra la faire dessécher à la casserole.
Le pourquoiL'amidon de riz gélatinisé reste plastique tant qu'il est chaud ; en refroidissant il recristallise et la pâte perd son élasticité.
Réunir la masse de maïs et la pâte de riz, saler très légèrement, et cuire à feu doux en remuant sans arrêt à la cuillère de bois jusqu'à obtenir la consistance d'une pâte qui se décolle de la casserole. La cible est une masse souple, homogène, qui se laisse rouler en boule sans coller aux mains. Trop humide, elle se déchirera à l'étirement ; trop sèche, elle craquera sur les bords. Un filet d'eau chaude ou dix minutes de feu supplémentaires rattrapent l'un et l'autre.
Le pourquoiLa cuisson évapore l'eau libre et achève la gélatinisation des deux amidons, ce qui soude maïs et riz en une pâte unique au lieu d'un mélange qui se sépare à la chaleur du comal.
Laisser tiédir, puis former des boules de la taille d'un œuf. Poser chacune entre deux carrés de feuille de bananier soasada et l'aplatir à la main, puis du fond d'une assiette, jusqu'à trois à cinq millimètres d'épaisseur. La cible est un disque très fin, régulier, souple, qui se soulève d'une pièce avec la feuille. Si la galette se déchire, la pâte est trop humide : remettre l'ensemble cinq minutes sur le feu.
Le pourquoiLa feuille de bananier, non poreuse et légèrement cireuse après passage à la flamme, empêche l'adhérence sans farine ajoutée, qui brûlerait au comal.
Chauffer le comal de terre cuite ou la fonte à feu vif, sans matière grasse. Y retourner la galette avec sa feuille, décoller la feuille, et griller deux à trois minutes par face. La cible est une arepa raffermie, blanche, à peine marquée de quelques points beiges, encore souple au point de se replier. C'est le point le plus contre-intuitif du plat : il ne faut PAS la faire dorer. Une oreja'e perro brune est cassante et ne se replie plus.
Le pourquoiÀ feu vif et en couche très mince, l'amidon de surface se déshydrate et raffermit avant que la réaction de Maillard n'ait le temps de démarrer.
Empiler les arepas dans un torchon propre pour qu'elles restent souples et servir tièdes, en accompagnement de l'asado huilense, de la lechona tolimense ou du pollo gritador. La cible est une pile d'arepas fines et pliables, sans goût affirmé, qui se roulent autour d'une bouchée. Elles se gardent deux jours et se réchauffent trente secondes par face au comal. Rassies, elles durcissent : les passer à la vapeur les rend souples à nouveau.
Le pourquoiL'humidité résiduelle qui migre entre les galettes empilées maintient l'amidon hydraté et retarde sa rétrogradation, c'est-à-dire le durcissement.
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Sourcer ou se taire
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