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Atlas Culinaire · Paraguay · Amériques
L'asado sans braises : le costillar coupĂ©, saisi puis mijotĂ© en marmite jusqu'Ă ce que le jus se rĂ©duise â la version de semaine d'un pays qui rĂ©serve la parrilla au dimanche
La NaciĂłn PY publie le 20 juin 2021 un article oĂč le parrillero Alan Fretes Llano, spĂ©cialiste de la cuisson Ă la parrilla et Ă l'estaca, soutient qu'« histĂłricamente el Asado Paraguayo es autĂłctono », sans influence argentine ni brĂ©silienne, et qu'il s'agirait d'un plat créé pendant la conquĂȘte et transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration.
L'article lui-mĂȘme relĂšve que cette thĂšse repose sur les Ă©tudes personnelles de son auteur et ne s'appuie sur aucune source acadĂ©mique citĂ©e.
Le corpus disponible la fragilise doublement.
D'une part, le bovin n'existe pas dans la rĂ©gion avant les Espagnols : la taxonomie de Carlos Villagra Marsal fait commencer la cuisine mĂ©tisse en 1537 et rappelle que la cuisine indigĂšne guaranie ignore aussi bien la tomate que le poivron et la pomme de terre, ce qui interdit de faire remonter un plat de cĂŽtes de bĆuf au-delĂ de la Colonie.
D'autre part, l'asado a la olla lui-mĂȘme appartient au registre domestique et non au registre rituel de la parrilla : Josefina Velilla de Aquino le range dans la sĂ©lection des « recetas prĂĄcticas » de Tembi'u Paraguai, au milieu des cuissons de tous les jours, et non parmi les asados de fĂȘte.
La formulation moderne ajoute mĂȘme de la sauce soja, ingrĂ©dient d'importation rĂ©cente que plusieurs recettes paraguayennes contemporaines donnent pourtant comme allant de soi.
Autochtone ou pas, l'asado a la olla est donc surtout la preuve qu'un pays d'élevage cuisine sa viande aussi quand il n'a ni braises ni temps.
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Couper l'asado de tira en morceaux d'environ six Ă huit centimĂštres, en suivant les intervalles entre les os plutĂŽt qu'en tranchant au hasard. Ăponger soigneusement chaque morceau au papier absorbant : une surface humide ne colore pas, elle s'Ă©tuve. Ne pas dĂ©graisser, la couche de gras superficielle fondra en cuisson et enrichira le jus. RĂ©server Ă tempĂ©rature ambiante une vingtaine de minutes avant de saisir.
Le pourquoiUne viande sortie du froid et jetĂ©e en marmite fait chuter la tempĂ©rature du mĂ©tal de plusieurs dizaines de degrĂ©s, ce qui repousse la coloration et allonge d'autant le temps oĂč la viande relĂąche son eau.
Chauffer un fond d'huile dans une marmite à fond épais jusqu'à ce qu'elle fume légÚrement, puis y déposer les morceaux sans les entasser, en une seule couche. Laisser colorer sans y toucher, puis retourner pour saisir l'autre face. Procéder en deux ou trois fournées plutÎt que de tout mettre d'un coup : c'est la rÚgle qui départage un asado a la olla brun et profond d'un ragoût gris. Réserver la viande saisie sur une assiette.
Le pourquoiLa réaction de Maillard entre les acides aminés et les sucres de surface ne démarre qu'au-dessus de cent quarante degrés ; une marmite surchargée reste sous ce seuil parce que l'eau relùchée par la viande y maintient une température d'ébullition.
Baisser le feu Ă moyen et jeter dans la mĂȘme marmite l'ail hachĂ©, les oignons en petits dĂ©s et la carotte rĂąpĂ©e. Remuer en raclant le fond Ă la cuillĂšre de bois pour commencer Ă dĂ©coller les sucs. Laisser revenir environ quatre minutes, jusqu'Ă ce que les lĂ©gumes s'affaissent et que l'ail embaume sans brunir. La carotte rĂąpĂ©e fond entiĂšrement dans le jus final et lui apporte une douceur qui compense la salinitĂ© de la soja.
Le pourquoiLes lĂ©gumes relĂąchent leur eau, qui dissout progressivement les sucs collĂ©s au fond sans avoir besoin d'un liquide extĂ©rieur â c'est un dĂ©glaçage naturel avant le dĂ©glaçage au vin.
Verser le vin blanc et gratter Ă©nergiquement le fond pour dissoudre tout ce qui reste attachĂ©. Laisser rĂ©duire Ă dĂ©couvert jusqu'Ă ce que l'odeur d'alcool ait disparu, puis ajouter la sauce soja et porter Ă petite Ă©bullition pendant deux minutes comptĂ©es Ă partir du frĂ©missement. Ces deux minutes sont explicites dans le formulaire du frigorĂfico paraguayen Frigomas et servent Ă fondre la soja dans le dĂ©glaçage plutĂŽt qu'Ă la superposer.
Le pourquoiL'alcool du vin dissout des composés aromatiques que l'eau seule ne solubilise pas, puis s'évapore en laissant l'acidité et les arÎmes ; poursuivre jusqu'à disparition de l'odeur alcoolique évite l'ùpreté résiduelle.
Remettre les morceaux saisis dans la marmite avec le jus qu'ils ont rendu dans l'assiette, ajouter les feuilles de laurier et mouiller à hauteur avec l'eau, sans noyer. Porter à frémissement puis couvrir et laisser mijoter à feu doux pendant quarante à quarante-cinq minutes. Le liquide ne doit jamais bouillir à gros bouillons : un frémissement paresseux suffit et préserve les fibres. Vérifier une fois à mi-cuisson et retourner les morceaux.
Le pourquoiEntre soixante-dix et quatre-vingt-dix degrés, le collagÚne des cÎtes se transforme lentement en gélatine, ce qui attendrit la viande et donne au jus le corps qui lui permettra de napper ; au-delà , l'ébullition contracte les fibres musculaires et assÚche la viande.
Retirer le couvercle et monter lĂ©gĂšrement le feu pour faire Ă©vaporer le liquide restant. C'est l'Ă©tape dĂ©cisive et celle que distingue explicitement le formulaire de Recetas Paraguay : la viande Ă©tant dĂ©jĂ tendre, il ne s'agit plus de cuire mais de concentrer. Remuer de temps en temps pour empĂȘcher la viande d'attacher au fond Ă mesure que le jus Ă©paissit. Compter dix Ă quinze minutes selon la quantitĂ© de liquide restant.
Le pourquoiL'évaporation concentre à la fois la gélatine issue du collagÚne et les sels dissous ; c'est la gélatine qui donne au jus sa viscosité nappante, pas l'amidon ni la matiÚre grasse.
Couper le feu, presser le jus des deux citrons directement dans la marmite et remuer une derniÚre fois. Laisser reposer deux à trois minutes à couvert avant de servir. L'acidité arrive ici pour réveiller un jus devenu trÚs concentré et pour équilibrer la salinité de la soja, pas pour cuire quoi que ce soit. Goûter et rectifier en sel à ce moment seulement, jamais avant la réduction.
Le pourquoiL'acide citrique ajouté à chaud mais hors ébullition conserve ses composés volatils, qui s'évaporeraient en quelques secondes dans un liquide bouillonnant, et il équilibre par contraste la perception du sel concentré.
Dresser les morceaux dans un plat creux et napper gĂ©nĂ©reusement du jus rĂ©duit, sans le filtrer : les dĂ©bris d'oignon et de carotte fondus font partie du plat. Servir avec l'arrĂł quesĂș, le riz au queso Paraguay, ou Ă dĂ©faut une purĂ©e et du manioc bouilli. C'est un plat qui se partage au centre de la table, chacun se servant Ă la cuillĂšre. Il se rĂ©chauffe trĂšs bien le lendemain, le jus ayant alors pris en gelĂ©e Ă froid.
Le pourquoiLe jus non filtré conserve les fibres de légumes fondues qui lui donnent du liant et de la matiÚre ; un jus passé au chinois serait plus élégant mais perdrait la texture domestique attendue.
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Sourcer ou se taire
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