Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Égypte · Afrique
Vingt feuilles de goulash beurrées une à une, tranchées en losanges avant même de voir le four, puis noyées brûlantes sous un sirop glacé : toute la baklawa égyptienne tient dans ce choc-là.
Le 25 mai 2024, « Al-Masry Al-Youm » titre en édition papier (n° 7285) « تاريخ البقلاوة تركى ولاّ يونانى؟ » — « l'histoire de la baklawa, turque ou grecque ? » — et range explicitement l'Égypte parmi les pays où la pâtisserie s'est diffusée et fut adaptée « selon les ingrédients locaux », c'est-à-dire du côté des adoptants (https://www.almasryalyoum.com/news/details/3177513).
L'historienne ottomane Mary Işın, citée par le Smithsonian, verrouille le calendrier : la plus ancienne mention connue est un poème du mystique Kaygusuz Abdal, première moitié du XVe siècle, et le « Baklava Procession » — des centaines de plateaux distribués aux janissaires — est instauré en 1520, bien avant toute trace égyptienne.
Le camp inverse est tenu par « Youm7 » qui, le 1er juin 2018 sous la plume de Mohamed Abdel Rahman, s'appuie sur « تاريخ المطبخ المصري » de Hanan Gaafar et sur le dictionnaire de Hans Wehr pour deux points précis : la feuille s'appelle جلاش en Égypte et فيلو en Grèce et en Sicile, et l'étymologie populaire rattache بقلاوة à بقوليات, « légumineuses », parce que l'arachide — الفول السودانى — entre dans sa garniture.
La revendication égyptienne ne porte donc pas sur l'invention mais sur le remplissage et sur le nom de la feuille.
Détail savoureux : la Wikipédia en arabe égyptien classe le plat « اكل مصرى », pays « مصر », tout en démolissant la légende que Youm7 relaie — l'épouse du sultan qui l'aurait inventée n'est que « مجرد تأليف », pure fabrication sans la moindre preuve.
Le débat interne est tout aussi frontal : la chef Engy Alaa pose sur Vetogate, le 27 février 2026, que « le secret de la baklawa est que le shorbat soit froid quand on le verse sur la baklawa brûlante », et exige de la samna baladi ; dix-huit jours plus tôt, dans « Al-Watan », la chef Naglaa El Sharshabi verse au contraire le sirop dès la sortie du four « وهي ساخنة », travaille au beurre et garnit à l'amande et à la cannelle.
Deux Égyptiennes, deux doctrines opposées sur la même semaine de Ramadan.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Réunir dans une casserole le sucre et l'eau — deux volumes de sucre pour un volume d'eau — et porter à ébullition sans remuer une seule fois : le brassage projette des cristaux sur la paroi et amorce une recristallisation en chaîne. Dès les premiers bouillons, verser la cuillère à café de jus de citron, puis laisser frémir de 8 à 10 minutes à feu moyen. Le sirop est à point lorsqu'il nappe le dos d'une cuillère en un voile qui ne coule plus en gouttes séparées et qu'un thermomètre y lit 107 °C. Parfumer à l'eau de rose hors du feu seulement, puis abandonner la casserole à température ambiante : il faut plusieurs heures pour que le qatr redescende vraiment, et c'est cette attente qui décide de la texture finale. Si le sirop a trop réduit et file entre les doigts, le détendre avec deux cuillerées d'eau bouillante et le laisser refroidir de nouveau.
Le pourquoiL'acide citrique hydrolyse une partie du saccharose en glucose et en fructose ; ce mélange de sucres de tailles différentes ne peut plus s'organiser en réseau cristallin, ce qui maintient le sirop fluide et translucide même froid.
Concasser pistaches et cerneaux de noix au couteau de chef, ou par brèves impulsions au robot, jusqu'à un grain irrégulier de la taille d'un grain de riz cassé. Les deux recettes égyptiennes de Vetogate insistent sur ce point — مطحون خشن, moulu grossier — parce qu'un grain épais laisse entre ses arêtes des chemins par lesquels le sirop descendra. Mêler ensuite le sucre semoule, la cannelle si l'on suit l'école d'Al-Watan, et les deux cuillerées d'eau de fleur d'oranger : la garniture doit devenir juste collante, assez pour tenir sous la pression d'un doigt sans former de boule. Une garniture réduite en poudre se rattrape en y incorporant une poignée de fruits à coque grossièrement cassés au dernier moment.
Le pourquoiUn grain grossier offre une surface spécifique bien plus faible qu'une poudre : il retient moins d'huile libre et laisse subsister un réseau de vides capillaires, alors que la poudre se compacte en pâte imperméable dès la première montée en température.
Sortir le rouleau de goulash et le couvrir immédiatement d'un linge propre à peine humide, en n'en dégageant qu'une feuille à la fois. Graisser généreusement la saniya au samna fondu, y coucher la première feuille et la badigeonner au pinceau souple d'un voile continu de matière grasse, sans flaque. Répéter jusqu'à huit à dix feuilles, soit environ la moitié du rouleau — c'est le compte donné par la chef Engy Alaa. Les feuilles qui dépassent ne se coupent pas : les replier vers l'intérieur, elles feront paroi. La couche est réussie quand elle a l'aspect d'un mille-feuille cru translucide et huilé, sans zone mate ni sèche. Une feuille déchirée ne se jette jamais : la poser telle quelle et la recouvrir de la suivante, la cuisson soudera tout.
Le pourquoiLa matière grasse occupe l'interstice entre deux feuilles ; à la cuisson, l'eau résiduelle de la pâte se vaporise et pousse les feuilles l'une contre l'autre à travers ce film qui les empêche de fusionner, ce qui crée le feuilletage. La samna baladi, presque pure matière grasse laitière, n'apporte pas l'eau qui détremperait le montage.
Répandre toute la garniture sur la moitié basse en une couche d'épaisseur régulière, en la poussant jusqu'aux bords sans jamais la comprimer : la chef Engy Alaa avertit qu'une garniture trop abondante ou trop tassée fait littéralement se séparer les deux moitiés à la cuisson. Recouvrir ensuite du reste des feuilles, toujours une à une et toujours beurrées, la dernière recevant une couche franchement généreuse de samna. Presser enfin l'ensemble à plat de la paume, doucement, pour chasser l'air emprisonné. Le montage est bon quand le bloc fait un ou deux centimètres de plus que la hauteur des bords de la saniya et qu'aucun grain ne s'échappe sur les côtés. Si de la garniture a fui vers les bords, la ramener au centre avec le dos d'une cuillère avant de refermer.
Le pourquoiLe sucre de la garniture fond en cuisant et soude mécaniquement les deux moitiés du feuilletage ; tassée, la couche devient imperméable à la vapeur, qui s'accumule sous le couvercle de feuilles et le décolle en une poche.
Glisser la saniya montée au réfrigérateur pour 30 à 50 minutes, à découvert. Cette pause n'est pas un repos de pâte mais une opération mécanique : elle fait recristalliser le samna dispersé entre les vingt feuilles et transforme un empilement mou en un bloc ferme. Le passage est fini quand une pression du doigt sur la surface ne laisse plus d'empreinte et que le bloc, saisi par un angle de la saniya, ne frémit plus. Le four peut être préchauffé à 180 °C pendant ce temps. Si la cuisine est fraîche et la place manque au froid, vingt minutes au congélateur donnent le même résultat — sans jamais laisser durcir la pâte au point qu'elle craque.
Le pourquoiLa matière grasse laitière cristallise entre 15 et 20 °C ; solide, elle rigidifie l'ensemble du montage et permet à la lame de cisailler les feuilles au lieu de les repousser devant elle.
Poser une lame fine et longue, bien aiguisée et essuyée d'un linge huilé, et tracer d'abord des lignes parallèles espacées de quatre centimètres dans un sens, puis des lignes obliques dans l'autre pour obtenir des losanges. Chaque trait doit descendre franchement jusqu'au métal de la saniya, en un seul passage tiré vers soi, sans scier. Vetogate le formule sans ambiguïté le 12 juillet 2026 : on découpe avant le four parce que découper après cuisson fait voler la pâtisserie en éclats. La découpe est réussie quand les tranchées restent ouvertes et nettes, laissant voir la garniture au fond. Une entaille trop timide se rattrape en repassant la lame dans le même sillon avant d'enfourner, jamais après.
Le pourquoiÀ cru, la pâte est plastique et se laisse trancher ; cuite, elle est vitrifiée et cassante, et la lame la fracture. Les tranchées ouvertes servent en outre de canaux capillaires par lesquels le sirop atteindra le fond de la saniya en fin de recette.
Arroser le dessus du reste de samna fondu en insistant dans les tranchées, puis enfourner à mi-hauteur dans un four préchauffé à 180 °C pour 35 à 40 minutes. La coloration ne se surveille utilement qu'à partir de la vingt-cinquième minute : la baklawa doit atteindre un brun doré franc et régulier, pas un blond pâle, car une pâte insuffisamment cuite restera molle même après le sirop. Les arêtes des losanges doivent avoir bruni un ton plus foncé que le plat des feuilles et légèrement se rétracter. Si le dessus colore trop vite alors que le dessous reste blanc, poser une feuille d'aluminium en couverture et descendre la saniya d'un cran.
Le pourquoiLa dorure vient de la réaction de Maillard entre les protéines de la farine et les sucres réducteurs, activée dès que la surface dépasse 140 °C ; simultanément l'eau des feuilles s'évapore et fixe le réseau feuilleté en position ouverte.
Dès la sortie du four, sans laisser passer une minute, verser le qatr entièrement refroidi à la louche sur toute la surface, en suivant les tranchées et en revenant deux ou trois fois plutôt qu'en une seule coulée. La pâtisserie doit siffler et crépiter : c'est le signe que l'échange se fait. Semer aussitôt les pistaches concassées sur le sirop luisant, puis abandonner la saniya à découvert, à température ambiante, pendant quatre heures au minimum et idéalement toute une nuit — Vetogate et l'ensemble des recettes égyptiennes convergent sur ce point. Détacher les losanges seulement au service, à la spatule. S'il reste du sirop non absorbé au fond après deux heures, incliner la saniya et le redistribuer à la cuillère sur les losanges du bord.
Le pourquoiLa pâtisserie brûlante contient de l'air dilaté dans ses interstices ; au contact du sirop froid, cet air se contracte et aspire le liquide par dépression jusqu'au fond, tandis que la viscosité élevée du sirop froid l'empêche de gorger la croûte extérieure. Sirop chaud sur pâtisserie chaude, au contraire, produit de la vapeur et gélatinise l'amidon de surface.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.