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Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
Le gâteau qui ouvre le plateau d'offrandes chăm : pâte de riz gluant levée au men rượu, façonnée en rhizome, frite puis laquée au sirop de gingembre.
Les journaux nationaux qui ont interrogé des artisanes chăm donnent une étymologie différente et plus précise : Đại Đoàn Kết rappelle qu'en chăm ginrong désigne la pince du crabe et laya le gingembre (https://daidoanket.vn/banh-gung-cua-nguoi-cham-10142866.html), la forme visée étant donc autant une pince recourbée qu'un rhizome — ce qui explique le coup de couteau qui ouvre les doigts de pâte.
Deuxième point à trancher : le couple symbolique masculin/féminin bánh gừng / bánh đến, très répandu sur les blogs francophones et anglophones, ne se retrouve dans AUCUN des articles de presse nationale que nous avons pu ouvrir.
VOV, qui décrit le plateau du Katê, nomme le trio bánh gừng, bánh sakaya et bánh tét et cite le dicton « Bánh tét ở dưới - Bánh Sakaya ở trên » ; Dân Trí, lui, associe le bánh gừng au bánh tét et au bánh gang tay.
Le négatif doit être qualifié à son niveau exact : absence dans la presse nationale vietnamienne accessible en ligne, ce qui n'exclut pas une attestation dans l'ethnographie chăm imprimée non numérisée.
Nous ne reprenons donc pas ce symbolisme de couple, et nous conservons en revanche la légende attestée du « bánh giận hờn », rattachée au personnage de Nai Chrao Cho Phò dans le récit de la femme pétrifiée à force d'attendre son mari.
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Pilez la galette de men rượu au mortier jusqu'à obtenir une poudre impalpable, sans le moindre éclat : un fragment non broyé lèvera tout seul et creusera une bulle unique qui fera éclater le gâteau en friture. Râpez le gingembre très finement au-dessus d'un bol pour récupérer le jus, puis pressez la pulpe dans le creux de la main afin d'éliminer les fibres longues. Vous devez obtenir une pâte de gingembre humide, d'un jaune pâle, dont l'odeur pique franchement le nez quand vous approchez le bol. Si votre gingembre est vieux et filandreux, remplacez-le par vingt grammes de rhizome jeune et cinq grammes de jus pressé, sinon les fibres se logeront dans les entailles et brûleront à la friture.
Le pourquoiLe men rượu chăm est un starter mixte (Saccharomyces et moisissures amylolytiques) : il produit du CO2 et hydrolyse partiellement l'amidon, ce qui allège la pâte de riz gluant et amorce le gonflement.
Fouettez les deux œufs de cane, blancs et jaunes ensemble, jusqu'à ce que le mélange double de volume et retombe en ruban épais. Versez pendant ce temps l'eau bouillante en filet sur la farine de riz gluant salée et mélangez immédiatement à la spatule : la farine ébouillantée devient translucide par plaques et prend une texture de mastic. Incorporez alors les œufs montés, le gingembre et le levain, et travaillez à la main jusqu'à obtenir une boule souple qui se détache du bol sans coller aux doigts. La pâte doit tenir en boule quand vous la pressez et se fendiller légèrement en surface, sans être ni sableuse ni humide ; si elle colle, ajoutez la farine par cuillerées de dix grammes, si elle s'effrite, corrigez avec cinq millilitres d'eau bouillante à la fois.
Le pourquoiL'échaudage gélatinise une fraction de l'amidon de riz gluant, qui devient liant et rend la pâte plastique — sans lui, une farine de riz gluant crue ne se façonne pas et se délite dans l'huile.
Couvrez la boule d'un linge humide et laissez-la reposer à température ambiante, entre vingt-huit et trente-deux degrés, ce qui est la condition normale de la plaine de Phan Rang. La pâte ne doit pas doubler comme un pain : elle gagne à peine un cinquième de son volume et s'assouplit surtout de l'intérieur. Vous reconnaîtrez le bon moment à une odeur légèrement alcoolisée et lactée qui monte quand vous soulevez le linge, et à une surface qui devient satinée plutôt que mate. Si votre cuisine est fraîche, prolongez jusqu'à quatre-vingt-dix minutes plutôt que de forcer avec un four tiède, qui dessécherait la croûte et créerait une peau impossible à façonner.
Le pourquoiLa fermentation courte produit du CO2 et des acides organiques qui affaiblissent le réseau d'amidon gélatinisé, d'où une pâte plus extensible et un gonflement plus régulier à la friture.
Prélevez des noix de pâte d'environ vingt-cinq grammes et roulez-les en boudins courts et trapus, plus épais au centre qu'aux extrémités. Aplatissez très légèrement une face, puis incisez le bord avec la pointe d'un couteau huilé pour dégager trois ou quatre doigts, comme les départs d'un rhizome de gingembre ou, selon l'étymologie chăm ginrong laya, comme une pince de crabe entrouverte. Les entailles doivent descendre au tiers de l'épaisseur seulement : trop profondes elles détachent les doigts en friture, trop timides elles disparaissent au gonflement. Comptez sur une dizaine de secondes par pièce une fois le geste pris, et gardez les pièces façonnées sous un linge, car une croûte sèche empêche le développement régulier.
Le pourquoiLes entailles créent des lignes de moindre résistance : la vapeur interne s'y engouffre à la friture et ouvre le gâteau selon un dessin voulu au lieu de le faire éclater au hasard.
Chauffez l'huile à cent cinquante degrés et plongez-y quatre ou cinq pièces à la fois, jamais plus, pour que la température ne s'effondre pas. Les gâteaux tombent d'abord au fond, puis remontent au bout d'une trentaine de secondes en entraînant une couronne de petites bulles serrées : c'est le signe que la vapeur interne s'échappe et que le gonflement a commencé. Laissez-les pâlir et gonfler quatre minutes à cette température douce, puis montez à cent quatre-vingts degrés pendant une minute pour colorer et sécher la croûte. La cible est un gâteau blond doré, léger en main, creux au son quand vous le tapotez avec l'écumoire ; s'il reste blanc et lourd, votre bain était trop froid, s'il brunit avant d'avoir gonflé, il était trop chaud dès le départ.
Le pourquoiLa friture en deux paliers sépare le gonflement, qui demande une évaporation lente à cœur, du brunissement de surface par réactions de Maillard et caramélisation, qui demande une température haute et brève.
Réunissez sucre, eau, lamelles de gingembre et jus de citron vert dans une petite casserole à fond épais, et portez à frémissement sans jamais remuer une fois le sucre dissous. Le sirop passe par une phase de grosses bulles paresseuses, puis les bulles se resserrent et le bord de la casserole se couvre d'un voile brillant. Prélevez-en une goutte entre le pouce et l'index refroidis : elle doit former un fil court d'un centimètre environ qui se rompt, ce qui correspond au petit filé, autour de cent quinze degrés. Si vous poussez jusqu'à la couleur ambrée, le laquage sera cassant et amer ; si vous arrêtez trop tôt, il restera poisseux et ne sèchera jamais — dans ce cas, remettez trois minutes sur le feu.
Le pourquoiL'acide citrique hydrolyse partiellement le saccharose en glucose et fructose ; ce mélange de sucres inhibe la recristallisation et donne un vernis transparent et souple.
Plongez les gâteaux encore tièdes dans le sirop, quatre ou cinq à la fois, retournez-les une fois avec deux baguettes puis relevez-les en les laissant s'égoutter au-dessus de la casserole. Déposez-les aussitôt, bien séparés, sur une grille placée dans un courant d'air : dans les villages chăm de Ninh Thuận, où le vent de mer souffle toute l'année, ce séchage prend une petite heure. Le laquage passe alors d'un aspect humide et brillant à un vernis mat et sec, qui craque sous l'ongle sans coller au doigt. Si le sucre reste collant au bout de deux heures, c'est que le sirop n'avait pas atteint le petit filé : refaites un sirop plus cuit et repassez les pièces dedans, elles supportent très bien un second bain.
Le pourquoiEn séchant, le film de sirop perd son eau et passe à l'état de solide amorphe vitreux : c'est cette transition qui donne le vernis non collant, et elle exige un air sec en mouvement.
Piquez les gâteaux sur des tiges de bambou fines et plantez ces tiges autour d'un support central de bois ou de terre cuite, comme le veut la disposition décrite dans la presse vietnamienne pour les plateaux du Katê et des mariages. Le bánh gừng occupe le haut de l'échafaudage, le bánh tét reste en bas, et le sakaya s'intercale : la formule chăm « Bánh tét ở dưới - Bánh Sakaya ở trên » dit exactement cette hiérarchie verticale. Présentez ensuite l'ensemble sur l'autel des ancêtres avant toute dégustation, car c'est un gâteau d'offrande avant d'être une friandise. À la conservation, comptez trois semaines dans une boîte hermétique au sec, en séparant les couches par du papier — au-delà, le laquage reprend l'humidité et le croquant disparaît.
Le pourquoiLe sucre vitreux du laquage est hygroscopique : toute humidité ambiante le fait repasser au-dessus de sa température de transition vitreuse et rend le gâteau mou.
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Sourcer ou se taire
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