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Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
La seule galette de riz vietnamienne qu'on ne trempe jamais : trop épaisse, trop chargée de chair de coco, elle ne se mange que gonflée sur la braise.
Báo Nông nghiệp a documenté la contraction du verger de Hoài Nhơn — 3 148 hectares de cocotiers en 2008, 2 983 hectares fin 2012 — sous l'effet conjugué d'un cours tombé à 3 000-6 000 đồng la noix, des attaques de bọ cánh cứng, le scarabée du cocotier, et de l'avancée des lotissements et des routes qui « xóa đi nhiều diện tích dừa » (https://nongnghiepmoitruong.vn/dua-tam-quan-thoi-xa-vang-d121668.html).
Mais le même terrain, relevé plus tard par la presse provinciale, donne environ 3 000 hectares replantés, soit 60 % de la surface cocotière de toute la province, un cours remonté à 10 000-15 000 đồng la noix et sept coopératives de transformation.
La galette n'est donc pas l'épitaphe d'un verger mort : elle est l'un des débouchés qui ont rendu le cocotier rentable.
Second point à trancher, sur la recette elle-même : Báo Bình Định énumère « bột gạo, bột mỳ » dans la pâte quand Làng nghề Việt ne décrit que du riz moulu, du lait et de la chair de coco.
Le blé n'est pas ici une invention de blogueur mais une pratique d'atelier attestée par la presse provinciale, et elle a une conséquence directe pour le mangeur : la présence de gluten dans une galette que tout le monde croit faite de riz seul.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Choisissez des noix de coco mûres à chair épaisse, celles que les artisans de Tam Quan appellent dừa già : une coco jeune donne une chair gélatineuse qui ne tient pas au coulage et un lait trop maigre. Râpez la chair, prélevez-en cent vingt grammes que vous réservez telle quelle, puis pressez le reste avec un peu d'eau tiède dans un linge pour en extraire cent cinquante millilitres de première pression, épaisse et opaque. Ne remplacez pas cette première pression par une brique du commerce si vous pouvez l'éviter : les laits industriels sont stabilisés à la gomme de guar et rendent une pâte qui file au lieu de s'étaler. Vous devez obtenir deux préparations distinctes, un lait crémeux et des filaments de chair humide. Si votre lait se sépare en attendant, refouettez-le simplement au fouet avant de l'incorporer.
Le pourquoiLa première pression concentre les globules gras encore protégés par leur membrane protéique ; ce sont eux qui, à la cuisson puis au grillage, fondent et rendent la galette cassante plutôt que coriace.
Réunissez dans une grande bassine la farine de riz, la farine de blé si vous suivez la version d'atelier documentée par la presse provinciale, le sel, puis versez progressivement le lait de coco et l'eau en fouettant. Incorporez ensuite la chair râpée, l'échalote, l'ail et le poivre concassé, et battez énergiquement à la main — les artisans disent « trộn chung với nước, đánh đều tay ». La pâte doit être nettement plus épaisse qu'une pâte à bánh tráng ordinaire : elle nappe la louche et retombe en ruban lourd, pas en filet. Laissez-la reposer une demi-heure, le temps que la farine de riz s'hydrate complètement, puis vérifiez qu'aucun grumeau ne s'est déposé au fond. Trop liquide, elle donnera une galette fine qui ne gonflera pas au grillage ; rectifiez alors à la farine de riz délayée dans un peu de second lait, jamais à sec.
Le pourquoiLe repos permet aux granules d'amidon de riz d'absorber le liquide et de gonfler ; sans lui, l'hydratation se poursuit sur la plaque et la galette se rétracte de façon irrégulière en séchant.
Chauffez la plaque tendue d'une toile au-dessus du foyer, versez une louche généreuse de pâte et étalez-la d'un mouvement circulaire du dos de la louche jusqu'au diamètre d'un grand plateau — les artisans disent « bằng chiếc mâm », de la taille d'un plateau de service, environ trente-cinq à quarante centimètres. La couche doit être deux à trois fois plus épaisse qu'un bánh tráng ordinaire, régulière du centre au bord. Semez immédiatement le sésame noir sur la surface encore humide, couvrez trente à quarante secondes, puis décollez d'un geste franc à l'aide d'une baguette plate. Il faut, disent-ils, « nhiều kinh nghiệm và đôi tay linh hoạt » : le geste circulaire s'acquiert par la répétition, et vos premières galettes seront irrégulières. Une galette percée ou trop mince ne se rattrape pas au séchage : refondez-la dans la bassine tant que la pâte est encore chaude.
Le pourquoiLa vapeur emprisonnée sous le couvercle gélatinise l'amidon de part en part alors que la surface reste humide ; c'est cette cuisson à cœur qui autorisera plus tard le gonflement brutal sur la braise.
Transférez chaque galette encore souple sur une claie de bambou tressé et sortez les claies au plein soleil, retournées à mi-parcours. Par soleil franc, une journée suffit ; par temps couvert il faut deux à trois jours, et par temps de pluie il ne faut pas commencer du tout. Les producteurs sont précis sur la saison utile : « từ tháng giêng đến tháng 7 Âm lịch », de la première à la septième lune, c'est-à-dire la saison sèche. Surveillez le soleil de midi, car un excès de chaleur est aussi un défaut — « hôm nào mà nắng quá thì bánh giòn quá », un soleil trop violent rend la galette cassante avant même le grillage. La galette est sèche quand elle sonne sec à l'ongle et qu'elle ploie sans se rompre ; si elle casse net en la soulevant, elle est allée trop loin et se brisera au transport.
Le pourquoiLe séchage abaisse l'activité de l'eau au-dessous du seuil de développement microbien tout en rétrogradant l'amidon gélatinisé ; cette rétrogradation est ce qui permettra à la structure de se dilater d'un coup sous la chaleur de la braise.
Empilez les galettes sèches par dix ou vingt et liez-les en croix avec une lanière de bambou ou une ficelle, comme au marché — c'est le conditionnement local, dit ràng, qui protège les bords fragiles pendant le transport. Rangez ensuite les piles dans un sac hermétique ou une boîte fermée, à l'abri de l'humidité et de la lumière directe. Cette galette est chargée de matière grasse de coco et rancit bien plus vite qu'un bánh tráng ordinaire : comptez deux mois en climat tempéré et bien moins en cuisine chaude et humide. Sentez systématiquement le paquet avant de griller. Une odeur savonneuse, un peu crayeuse, signe l'oxydation des lipides et rend la galette amère en fin de bouche : à ce stade, aucun grillage ne la rattrape.
Le pourquoiLes acides gras du coprah, très saturés, résistent bien à l'oxydation mais s'hydrolysent en présence d'eau et libèrent de l'acide laurique libre, responsable de la note savonneuse caractéristique du rancissement de la coco.
Attendez que le charbon soit couvert de cendre grise et ne produise plus de flamme, puis présentez la galette à une quinzaine de centimètres au-dessus, à plat sur une grille ou tenue à la main. Tournez-la sans arrêt d'un quart de tour, et retournez-la toutes les dix secondes environ : les artisans exigent qu'on « nướng đều qua lửa than », un grillage régulier à la braise et non à la flamme. Vous verrez la galette se bomber par plaques, blanchir puis prendre une couleur or, tandis que le sésame et l'échalote libèrent une odeur torréfiée très reconnaissable. Comptez deux à trois minutes en tout, bien plus qu'une galette fine, parce que le cœur épais doit gonfler avant que la surface ne colore. Si elle noircit d'un côté avant de gonfler, votre braise est trop vive ou trop proche : écartez-la de dix centimètres et reprenez plus lentement.
Le pourquoiL'eau résiduelle piégée dans la structure d'amidon rétrogradé se vaporise d'un coup et fait éclater le réseau en alvéoles, pendant que le sésame et les sucres de la coco entrent en réaction de Maillard et produisent les pyrazines de l'odeur grillée.
Cassez la galette à la main en morceaux irréguliers, au-dessus du plat ou du bol, et servez dans la minute : à Bình Định elle accompagne le cháo, la gié bò, le tré, les salades de nouilles, et remplit exactement la fonction que le pain remplit chez nous. Ne la coupez pas au couteau, la casse à la main donne des bords irréguliers qui accrochent mieux les sauces. Elle se mange aussi seule, en grignotage de fin d'après-midi avec un thé vert brûlant. Le croquant tient une dizaine de minutes à l'air libre dans un climat sec, à peine trois ou quatre minutes dans une cuisine humide : grillez donc au fur et à mesure et non à l'avance. Si vous devez anticiper, gardez les galettes grillées dans une boîte fermée avec un papier absorbant et repassez-les dix secondes sur la braise juste avant de servir.
Le pourquoiLe réseau alvéolaire créé au grillage est hygroscopique ; il capte l'humidité ambiante et perd sa rigidité dès que son taux d'eau remonte de quelques points, d'où la fenêtre de croquant très courte.
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Sourcer ou se taire
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