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Atlas Culinaire · Bermudes · Amériques
Un butter cake doré percé à la brochette et abreuvé de Black Seal en deux temps : ce que les Bermudes offrent au monde en boßte scellée, les familles le sortent du four à Noël.
**Linda Horton** a commencĂ© Ă cuire ses gĂąteaux dans sa cuisine familiale en 1983 et son entreprise, Horton's, se prĂ©sente comme « the original bakers of Bermuda Black Rum Cakes », multi-primĂ©e aux Best of Bermuda du Bermudian Magazine ; en face, la Bermuda Rum Cake Company a longtemps cuit au Dockyard â sa boutique a fermĂ© â et poursuit ailleurs, jusqu'Ă un Loquat Gold Liquor Cake d'avril que l'office du tourisme cite nommĂ©ment.
DeuxiÚme front, plus intéressant en cuisine : le rum cake bermudien n'est PAS le black cake antillais.
Wikipedia rattache les rum cakes caribĂ©ens aux puddings de fĂȘte anglais â des mois de fruits secs macĂ©rĂ©s au rhum, une pĂąte sombre caramĂ©lisĂ©e â quand la version bermudienne, telle que la publie Bake from Scratch d'aprĂšs la Sweet Saak Bakery de St.
George's, est un butter cake clair et moelleux, sans fruits macérés, dont toute l'identité tient à l'imbibage : 60 ml de Gosling's Black Seal versés dans le gùteau brûlant percé à la brochette, 60 ml encore aprÚs retournement, et un glaçage monté au rhum pur.
Trancher entre les deux Ă©coles, c'est choisir entre la gĂ©nĂ©alogie (le pudding anglais) et le terroir (le rhum de Hamilton) â l'Ăźle a choisi : ici, le gĂąteau n'est qu'un vĂ©hicule, le Black Seal est le message.
Dernier point, rĂ©glementaire : selon les recettes, l'alcool rĂ©siduel varie de moins de 0,5 % Ă plus de 5 % â un gĂąteau gĂ©nĂ©reusement imbibĂ© n'est pas une pĂątisserie d'enfants.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
PrĂ©chauffer le four Ă 175 °C et beurrer-fariner soigneusement un moule Bundt, cheminĂ©e comprise. Fouetter le beurre pommade avec le sucre cinq bonnes minutes au batteur, jusqu'Ă une masse pĂąle, lĂ©gĂšre et augmentĂ©e de volume â c'est le crĂ©mage qui emprisonne l'air et dĂ©cidera de la mie. Un beurre trop froid ne s'aĂšre pas, un beurre fondu ne retient rien : la pommade souple est la seule bonne fenĂȘtre.
Le pourquoiLes cristaux de sucre cisaillent le beurre et y logent des microbulles d'air : ce rĂ©seau, stabilisĂ© par les Ćufs puis dilatĂ© au four, fait la lĂ©gĂšretĂ© d'un butter cake sans excĂšs de levure.
Ajouter les Ćufs un Ă un, en fouettant jusqu'Ă absorption complĂšte avant le suivant, puis la vanille. Tamiser farine, levure et sel, et les incorporer en trois fois, en alternance avec le lait â secs, lait, secs, lait, secs â, Ă vitesse minimale et sans insister : on arrĂȘte dĂšs que la farine disparaĂźt. Ce ballet d'alternance, canonique chez Sweet Saak, Ă©vite Ă la fois le grain tranchĂ© et le gluten corsĂ©.
Le pourquoiLa farine ajoutée d'un bloc absorberait mal le liquide et exigerait un battage prolongé qui développerait le gluten : l'alternance maintient une pùte lisse en un minimum de tours.
Incorporer les 60 ml de Black Seal Ă la maryse, en deux fois, jusqu'Ă une pĂąte homogĂšne â le rhum dĂ©tend lĂ©gĂšrement l'appareil, c'est normal. Verser dans le moule Bundt, lisser la surface et frapper le moule deux fois sur le plan de travail pour chasser les poches d'air logĂ©es contre les cannelures. La cheminĂ©e centrale du Bundt n'est pas dĂ©corative : elle cuit le cĆur d'un gĂąteau riche qui, en moule plein, resterait cru au centre.
Le pourquoiLes parois mĂ©talliques et la cheminĂ©e multiplient les surfaces de conduction : le gĂąteau cuit du dehors ET du dedans, condition d'une mie rĂ©guliĂšre prĂȘte Ă boire son rhum.
Enfourner à mi-hauteur et cuire quarante-cinq à cinquante minutes sans ouvrir le four avant quarante minutes. Le gùteau doit gonfler, dorer profondément et se rétracter à peine des bords en fin de cuisson. Tester à la pique longue plantée à mi-chemin entre la cheminée et le bord : elle doit ressortir sÚche avec quelques miettes accrochées, pas de pùte fluide. Un gùteau sous-cuit s'effondrera sous l'imbibage ; trop cuit, il boira mal.
Le pourquoiLa structure doit ĂȘtre entiĂšrement coagulĂ©e pour encaisser 120 ml de liquide : l'imbibage n'est pas une rĂ©paration d'un gĂąteau sec, c'est une charge que seule une mie cuite supporte.
DĂšs la sortie du four, gĂąteau ENCORE dans son moule, percer toute la surface visible Ă la brochette fine, une trentaine de puits profonds, puis verser lentement 60 ml de Black Seal Ă la cuillĂšre, en laissant chaque passage s'absorber avant le suivant. Le gĂąteau brĂ»lant aspire le rhum par capillaritĂ© â on l'entend presque. Laisser reposer dix Ă quinze minutes dans le moule : le temps que la structure se raffermisse avant le dĂ©moulage.
Le pourquoià chaud, l'amidon gélatinisé et les alvéoles ouvertes absorbent le liquide comme une éponge ; à froid, l'amidon rétrogradé refuse et le rhum ruisselle en surface.
Poser la grille sur le moule, retourner d'un geste franc et dĂ©mouler le gĂąteau sur son assiette de service. Percer Ă la brochette la face maintenant exposĂ©e â le sommet cannelĂ© du Bundt â, une trentaine de puits encore, et verser les 60 ml suivants de la mĂȘme main patiente. Le gĂąteau, tiĂšde dĂ©sormais, boit plus lentement : c'est le second poumon de l'imbibage bermudien, celui qui Ă©quilibre la rĂ©partition du rhum entre base et sommet.
Le pourquoiUn imbibage sur une seule face crĂ©e un gradient : tranches ivres en bas, sĂšches en haut â la double perfusion de Sweet Saak Ă©galise la charge en alcool et en moelleux.
Fouetter le sucre glace avec les 120 ml de Black Seal restants jusqu'Ă un glacis lisse, brun clair, nappant â ni eau, ni lait, ni beurre : le glaçage bermudien est un pur sirop de rhum. Le couler en filet rĂ©gulier sur le gĂąteau Ă peine tiĂšde, en laissant les coulures descendre naturellement les cannelures. Sur un gĂąteau trop chaud, le glaçage fond et disparaĂźt ; sur un gĂąteau froid, il fige en paquets â la fenĂȘtre est le tiĂšde.
Le pourquoiL'alcool du glaçage s'évapore à peine à froid : c'est lui qui porte le parfum de mélasse en premiÚre ligne et signe l'attaque « Black Seal » du gùteau fini.
Couvrir le gĂąteau d'une cloche ou l'emballer sans serrer et le laisser mĂ»rir une nuit Ă tempĂ©rature ambiante avant la premiĂšre tranche. L'alcool se rĂ©partit, la mie s'homogĂ©nĂ©ise, le glaçage sĂšche en fine Ă©corce : le gĂąteau du lendemain est incomparablement meilleur que celui du soir. C'est ce principe de garde que les boulangeries de l'Ăźle poussent Ă l'extrĂȘme avec leurs emballages scellĂ©s sous chaleur, revendiquant trois mois de conservation â le rhum est aussi un conservateur.
Le pourquoiLa migration d'humiditĂ© entre zones imbibĂ©es et mie sĂšche demande des heures ; l'Ă©thanol, hygroscopique et antiseptique, stabilise l'ensemble â d'oĂč la longĂ©vitĂ© lĂ©gendaire des rum cakes.
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