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Atlas Culinaire · Royaume-Uni · Europe
Pain rassis transfigurĂ© â Eliza Smith, 1728 : des tranches de mie beurrĂ©es, des raisins secs, une crĂšme aux Ćufs versĂ©e lentement, une nuit Ă tremper, puis un four doux qui transforme la frugalitĂ© en rĂ©confort dorĂ©. Le plat anti-gaspi de l'Angleterre devenu madeleine de Proust nationale, remis en gloire dans les restaurants Ă©toilĂ©s depuis les annĂ©es 1980 par Anton Mosimann au Dorchester.
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PrĂ©paration â Beurrer les tranches et couper en triangles â Sortir le beurre 30 minutes Ă l'avance pour qu'il soit bien ramolli. Beurrer gĂ©nĂ©reusement les deux faces de chaque tranche de pain rassis â ne pas lĂ©siner : le beurre est constitutif du plat depuis Eliza Smith (1728) qui spĂ©cifiait « a pound of fresh butter » pour un demi-pain. Enlever les croĂ»tes si l'on souhaite une texture plus homogĂšne, ou les conserver pour un rĂ©sultat plus rustique et croustillant. Couper chaque tranche en diagonale pour former deux triangles. La forme triangulaire n'est pas anecdotique : les pointes qui dĂ©passent de la crĂšme doreront au four et crĂ©eront le contraste croustillant-fondant qui est la signature du bread and butter pudding.
Montage â Disposer le pain en couches chevauchantes dans le plat â Beurrer gĂ©nĂ©reusement un plat Ă gratin d'environ 1,5-2 litres (20Ă25 cm environ). Disposer une premiĂšre couche de triangles de pain, pointes vers le haut, lĂ©gĂšrement chevauchants comme des tuiles â cette disposition en chevrons est dĂ©cisive : les pointes Ă©mergent de la crĂšme et dorent au four. Parsemer la moitiĂ© des raisins (currants et sultanas) sur cette premiĂšre couche. Ajouter une deuxiĂšme couche de triangles en chevauchant la premiĂšre, puis parsemer le reste des raisins. Les raisins entre les couches (et non sur le dessus) est la pratique d'Eliza Acton (1845) : ils gonflent dans la crĂšme sans brĂ»ler Ă la surface.
CrĂšme â PrĂ©parer la custard vanillĂ©e â Dans un bol, fouetter les Ćufs entiers et le jaune supplĂ©mentaire avec le sucre jusqu'Ă ce que le mĂ©lange soit homogĂšne et lĂ©gĂšrement mousseux â 1-2 minutes au fouet Ă main suffisent. Dans une petite casserole, chauffer le lait et la crĂšme ensemble Ă feu doux avec la gousse de vanille fendue (ou l'extrait) jusqu'Ă frĂ©missement lĂ©ger â ne pas bouillir. Retirer du feu, laisser infuser 5 minutes si l'on utilise une gousse. Verser le lait chaud en filet sur le mĂ©lange Ćufs-sucre en fouettant constamment pour Ă©viter de cuire les Ćufs. La custard doit ĂȘtre lisse, fluide, lĂ©gĂšrement parfumĂ©e â c'est elle qui transformera le pain rassis en pudding dorĂ©.
Montage â Verser la crĂšme et laisser imbiber â l'Ă©tape critique â Verser la custard lentement et rĂ©guliĂšrement sur le pain disposĂ© dans le plat, en veillant Ă couvrir toutes les tranches. Appuyer doucement sur le pain avec le dos d'une cuillĂšre ou la paume de la main pour l'immerger dans la crĂšme â les tranches ont tendance Ă flotter. Laisser reposer AU MOINS 20 minutes Ă tempĂ©rature ambiante â Mrs Beeton prescrivait 1 heure dans sa recette de 1861, et Eliza Acton 2 heures pour sa version riche (1845). Cette imbibition est l'Ă©tape la plus souvent sabotĂ©e par les cuisiniers pressĂ©s : un pain insuffisamment imbibĂ© reste sec au centre, la crĂšme reste liquide et sĂ©parĂ©e, le rĂ©sultat est dĂ©cevant. Si l'on prĂ©pare Ă l'avance, rĂ©frigĂ©rer toute la nuit â le rĂ©sultat sera encore meilleur.
Cuisson â Saupoudrer et enfourner â four Ă 170°C â PrĂ©chauffer le four Ă 170°C chaleur tournante (190°C four statique). Saupoudrer gĂ©nĂ©reusement la surface du pudding de sucre demerara â le grain du sucre roux formera une croĂ»te caramĂ©lisĂ©e dorĂ©e qui est la signature visuelle du bread and butter pudding. RĂąper gĂ©nĂ©reusement de la muscade fraĂźche sur l'ensemble de la surface. Placer le plat dans un bain-marie peu profond (plat plus grand contenant 2-3 cm d'eau bouillante) pour une crĂšme plus soyeuse â le bain-marie n'est pas obligatoire mais recommandĂ© par Eliza Acton (1845) et la majoritĂ© des recettes modernes de rĂ©fĂ©rence. Enfourner pour 35-40 minutes.
Cuisson â Cuire jusqu''au beau dorĂ©, crĂšme lĂ©gĂšrement tremblotante â Cuire 35-40 minutes en surveillant la coloration : le dessus doit ĂȘtre d'un beau dorĂ© ambrĂ©, les pointes de pain croustillantes et lĂ©gĂšrement colorĂ©es â presque brunes, mais pas brĂ»lĂ©es. Pour vĂ©rifier la cuisson, secouer lĂ©gĂšrement le plat : la crĂšme doit ĂȘtre prise sur les bords et encore lĂ©gĂšrement tremblotante au centre, comme une panna cotta. C'est le stade parfait : la crĂšme continuera Ă cuire par la chaleur rĂ©siduelle pendant le repos. Une crĂšme complĂštement immobile et ferme est une crĂšme surcuite, grainĂ©e, dĂ©cevante. La surface brun foncĂ© uniforme signale un dessus trop cuit â ajuster la position dans le four ou couvrir si nĂ©cessaire.
Repos et service â Laisser reposer 10 minutes avant de servir â Sortir du four et laisser reposer 10 minutes Ă tempĂ©rature ambiante avant de servir : ce repos est indispensable pour que la crĂšme se raffermisse lĂ©gĂšrement et que les portions se tiennent Ă la cuillĂšre. Le pudding servi immĂ©diatement Ă la sortie du four est trop liquide au centre. Pendant ce temps, prĂ©parer la Bird's Custard ou la crĂšme anglaise maison. Servir chaud directement dans le plat de cuisson, Ă la cuillĂšre, en portions gĂ©nĂ©reuses avec les pointes croustillantes visibles. Verser la crĂšme anglaise chaude abondamment sur chaque portion â c'est l'accord obligatoire de la tradition britannique depuis les cantines victoriennes. Nigel Slater, dans ses chroniques du Guardian (theguardian.com), dĂ©crit ce pudding comme « l'un des plats les plus rĂ©confortants de la cuisine britannique, capable de transformer le plus banal des pains en quelque chose de presque transcendant ».
Variante â Version brioche ou croissant â la dĂ©rive Mosimann â Pour la version restaurant inspirĂ©e d'Anton Mosimann (Dorchester Hotel, annĂ©es 1980) : substituer les tranches de pain de mie par 4-5 petits pains briochĂ©s tranchĂ©s ou 3-4 croissants de la veille tranchĂ©s en deux dans l'Ă©paisseur. La brioche et le croissant, plus riches en beurre et en Ćufs, donnent une crĂšme plus grasse, une texture plus fondante et lĂ©gĂšrement lamellĂ©e. Mosimann utilisait dans sa version deux gousses de vanille (au lieu d'une), uniquement de la crĂšme double, et nappait le dessus d'une gelĂ©e d'abricot chauffĂ©e pour une brillance de pĂątisserie. Cette version a obtenu deux Ă©toiles Michelin au Dorchester et a inspirĂ© tous les menus de restaurant gastronomique britannique depuis les annĂ©es 1990. Elle est dĂ©licieuse â mais elle trahit l'esprit anti-gaspi originel du plat : on ne recycle pas de la brioche fraĂźche, on l'utilise. La diffĂ©rence est fondamentale.
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