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Atlas Culinaire · Jamaïque · Amériques
Galette ronde, dense et brune à la mélasse, au gingembre et à la muscade — le goûter d'écolier jamaïcain, fendu et garni d'une tranche d'avocat ou de cheddar
Dans les boulangeries de Kingston comme dans les petites boutiques de campagne, le bulla ne paie pas de mine : une galette ronde et brune, dense au point d'en être lourde, qui tient dans la main et embaume le gingembre et la muscade. C'est pourtant l'un des goûters les plus aimés de la Jamaïque. Né vraisemblablement à la fin du XIXe siècle comme casse-croûte des travailleurs, il apparaît pour la première fois par écrit en 1920 dans les colonnes du Gleaner, sous la graphie « buller » ; on le surnommait alors « cartman's hymn-book », le livre de cantiques du charretier, tant sa forme plate et compacte se glissait facilement dans une poche. Son nom viendrait de l'espagnol bollo, le petit pain. La recette d'origine dit tout de sa naissance modeste : une farine bon marché, du « wet sugar » — ce sucre de canne humide et foncé, proche de la mélasse, qui lui donne sa couleur et son moelleux —, du bicarbonate, de l'eau et du gingembre. Ni œufs, ni beurre en quantité : un gâteau de quelques pièces, nourrissant, que des générations d'écoliers ont acheté à la sortie des classes avec un lait ou un soda au malt. Car le bulla ne se mange pas seul : on le fend en deux et on y glisse une tranche d'avocat bien mûr — « pear », comme on dit sur l'île — ou de cheddar, et c'est ce contraste du sucré épicé avec le gras végétal ou le salé du fromage qui fait toute l'expérience. Repris depuis par les grandes boulangeries industrielles de l'île, il se décline aujourd'hui en versions plus claires ou enrichies, mais le vrai bulla reste fidèle à lui-même : dense, humide, sombre de mélasse, et prêt en moins d'une heure dans n'importe quelle cuisine.
Le récit des origines fait débat : la tradition orale fait naître le bulla dans les plantations sucrières, comme en-cas nourrissant préparé pour les travailleurs des champs qui restaient de longues heures sans pause, mais aucune trace écrite ne le confirme avant 1920 dans le Gleaner.
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Préchauffez le four à 180 °C. Dans un saladier, mélangez la farine, le gingembre, la muscade, la levure chimique et le bicarbonate si vous en utilisez.
Le pourquoiRépartir les levains et les épices à sec avant tout liquide garantit une mie régulière : le bicarbonate mal dispersé laisse des poches au goût savonneux et des taches sombres.
Ajoutez la mélasse (ou le sucre brun dissous) et le beurre fondu. Mélangez jusqu'à obtenir une pâte épaisse et collante, en n'ajoutant un peu d'eau que si elle est vraiment trop sèche. La pâte doit rester dense, jamais liquide.
Le pourquoiLa mélasse fait trois choses à la fois : elle donne la couleur brun foncé, elle garde le gâteau humide, et son acidité réveille le bicarbonate. Une pâte épaisse est voulue : c'est elle qui donne la densité signature du bulla.
Sur une plaque graissée ou farinée, déposez la pâte en disques épais de 1,5 à 2 cm, façonnés à la main ou à la cuillère, en les espaçant.
Le pourquoiC'est l'épaisseur qui fait le bulla : assez de matière pour garder un cœur moelleux et dense, une forme de disque pour une cuisson uniforme de bord en bord.
Enfournez 20 à 25 minutes, jusqu'à ce que les bullas soient pris et fermes mais encore moelleux à cœur. Un cure-dent doit ressortir presque propre. Ne prolongez pas la cuisson.
Le pourquoiLa densité du bulla vient de la pâte, pas du four : une cuisson juste fixe la mie sans chasser l'humidité de la mélasse. Quelques minutes de trop suffisent à le rendre sec et friable.
Laissez tiédir sur une grille. Fendez chaque bulla en deux et servez avec une tranche d'avocat bien mûr ou de fromage cheddar, l'accord traditionnel.
Le pourquoiEn tiédissant, la mie se raffermit et prend sa texture dense caractéristique ; c'est aussi ce qui permet de fendre la galette proprement pour y glisser la garniture.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
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L'autre pilier de la boulangerie jamaïcaine : même univers de pains-gâteaux denses et bon marché, et même rituel de dégustation avec une tranche d'avocat ou de cheddar.
Voir la recette →CousineCousin frit du bulla : une pâte sucrée simple, façonnée à la main, devenue en-cas populaire emblématique de la Jamaïque — l'un passe au four, l'autre à la friture.
Voir la recette →CousineMême grande famille caribéenne des galettes de farine simples et nourrissantes, nées comme casse-croûte des travailleurs et devenues des classiques identitaires de leur île.
Voir la recette →L'autre gâteau humble des boulangeries jamaïcaines : petit carré dense à la noix de coco et aux épices, issu de la même tradition de douceurs économiques et nourrissantes que le bulla.
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