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Atlas Culinaire · Venezuela · Amériques
Le pain millĂ©naire des peuples Arawak et Caribes â galette ronde et croustillante de farine de yuca amĂšre, dont le « yare » vĂ©nĂ©neux est pressĂ© au sebucĂĄn avant cuisson sur budare brĂ»lant ; patrimoine prĂ©-colombien inscrit Ă l'UNESCO en 2024
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RĂ©colte et Ă©pluchage â RĂ©veiller la racine vĂ©nĂ©neuse â RĂ©colter la yuca amarga, couper les extrĂ©mitĂ©s et l'Ă©plucher entiĂšrement Ă l'aide d'un couteau pour retirer l'Ă©corce brune et la fine pellicule rosĂ©e qui concentrent une partie des toxines. Laver soigneusement les racines blanches Ă l'eau claire. Garder Ă l'esprit que cette pulpe est VĂNĂNEUSE Ă ce stade â elle contient des glucosides cyanogĂšnes qui libĂšrent du cyanure ; aucune ne doit ĂȘtre goĂ»tĂ©e crue.
RĂąpage â RĂ©duire en pulpe humide â RĂąper toute la yuca Ă©pluchĂ©e pour obtenir une pulpe Ă la texture de farine humide. Traditionnellement, on utilise une rĂąpe en planche cloutĂ©e ou un cylindre appelĂ© « cigĂŒeña » qui rĂ©duit la racine en fine pulpe tombant dans une batea (auge en bois). C'est cette opĂ©ration qui rompt les cellules et dĂ©clenche la libĂ©ration du cyanure â d'oĂč l'urgence de l'Ă©tape de pressage qui suit.
DĂ©toxification au sebucĂĄn â Presser le venin (yare) â Ătape VITALE et signature du savoir indigĂšne. Charger la pulpe dans le **sebucĂĄn** (ou tipiti) â un long cylindre tressĂ© en feuilles de palme. Le suspendre Ă une branche, puis l'Ă©tirer vers le bas par le poids du corps (traditionnellement deux hommes ou plus assis dessus). En s'allongeant, le sebucĂĄn se resserre et expulse le **yare**, le jus toxique chargĂ© d'acide cyanhydrique. Presser jusqu'Ă ce que la pulpe soit sĂšche et compacte. NE JAMAIS goĂ»ter le yare : c'est le poison qu'on extrait.
Tamisage â CatebĂa passĂ©e au manare â La masse semi-sĂšche obtenue aprĂšs pressage s'appelle la **catebĂa**. La dĂ©faire en l'effritant, puis la tamiser au **manare** (cernidor tressĂ© indigĂšne) pour sĂ©parer les parties fines des grumeaux grossiers et obtenir une farine de cassave homogĂšne. Cette farine fine est ce qui donnera une galette rĂ©guliĂšre et croustillante Ă la cuisson.
Façonnage sur budare â Ătaler le disque sur la plaque â Chauffer fortement le **budare** (plaque circulaire de terre cuite ou de fonte, outil indigĂšne par excellence). Verser une couche rĂ©guliĂšre de farine de cassave sur la plaque brĂ»lante et l'Ă©taler en un disque uniforme Ă l'aide d'un instrument plat, en pressant pour compacter. La chaleur fait que l'amidon s'agglomĂšre naturellement : aucun liant, aucune eau, aucune levure ne sont nĂ©cessaires â la fĂ©cule soude la galette d'elle-mĂȘme.
Cuisson et sĂ©chage â Croustillant des deux faces â Laisser cuire la galette sur le budare trĂšs chaud jusqu'Ă ce que les bords se dĂ©collent et que la surface soit sĂšche, puis la retourner dĂ©licatement pour cuire l'autre face. La cuisson Ă haute tempĂ©rature achĂšve de volatiliser tout rĂ©sidu cyanhydrique et dĂ©shydrate la galette. Une fois cuite, la laisser sĂ©cher au soleil ou Ă l'air pour la rendre cassante et la conserver longtemps.
Service â Le pain de toutes les tables â Servir le casabe en grandes galettes rondes Ă briser Ă la main, comme un pain. On le mange sec et croustillant, ou trempĂ© dans une soupe (sancocho, hervido) ou un guiso pour le ramollir. On l'Ă©tale de queso de mano, de beurre ou de guasacaca. Dans l'oriente (AnzoĂĄtegui, Monagas), le **naiboa** colle deux casabes avec du papelĂłn fondu et de la noix de coco â la version sucrĂ©e et gourmande.
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