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Atlas Culinaire · Pérou · Costa & Lima
Le plat qui résume le Pérou. Décrit en 1883 par le Diccionario de peruanismos comme une purée froide de pomme de terre au citron et à l'ají : sans couches, sans mayonnaise, et déjà d'étymologie quechua.
Il y a peu de tables péruviennes où la causa ne passe pas. Aux baptêmes, aux mariages, au buffet du 28 juillet, dans les vitrines réfrigérées des huariques de quartier : une pâte jaune vif, froide, acidulée, montée en couches et coiffée d'un œuf dur et d'une olive noire. On la dit limeña, on la dit patriotique, et on raconte son nom avec des trémolos. Les documents, eux, racontent autre chose.
LE TÉMOIN DE 1883.
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Le mille-feuille moulé que tout le Pérou sert aujourd'hui : deux étages de pâte jaune enfermant une farce de poulet ou de thon liée à la mayonnaise, des lames d'avocat, un décor d'œuf et d'olive. Forme née au XXᵉ siècle à Lima, et devenue l'entrée nationale.
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Lavez les 1,2 kg de papas amarillas et faites-les cuire ENTIÈRES ET EN PEAU, départ eau froide salée, à petits frémissements. Comptez vingt-cinq à trente-cinq minutes selon le calibre. Égouttez-les et laissez-les s'essuyer trois minutes à l'air libre avant de les peler.
Le pourquoiToute la difficulté de la causa est là : une pomme de terre gorgée d'eau donnera une pâte molle qui refusera de tenir en couches et se détrempera au froid. La peau intacte pendant la cuisson limite fortement l'entrée d'eau, et les trois minutes à l'air laissent l'humidité de surface s'évaporer avant l'écrasement. [Geste commun aux recettes natives, du restaurant El Rincón que no Conoces aux recettes de Buenazo]
Écrasez immédiatement les pommes de terre encore fumantes au presse-purée ou, mieux, au tamis fin. Étalez la purée obtenue sur un plateau et laissez-la tiédir dix minutes sans la couvrir.
Le pourquoiUne pomme de terre chaude s'écrase en granules bien séparés ; refroidie, l'amidon s'est rétrogradé et elle devient collante et élastique, quoi qu'on fasse. Le tamis, lui, casse les grumeaux sans jamais brasser la masse, ce qui est exactement ce qu'on veut : c'est le brassage qui libère l'amidon et transforme une purée en colle. [Convergence des recettes péruviennes ; principe classique de la purée de pommes de terre]
Sur la purée encore tiède, versez les 60 g de pasta de ají amarillo, les 60 ml de jus de limón et le sel. Mélangez à la spatule, puis incorporez les 60 ml d'huile PETIT À PETIT, en travaillant du poignet comme pour monter une pommade, jusqu'à ce que la masse devienne lisse, brillante et d'un jaune franc. Goûtez et rectifiez : il faut que l'acidité pique légèrement la langue.
Le pourquoiC'est le geste exact que décrivait Middendorf au XIXᵉ siècle, et il n'a pas changé : on ne mélange pas de l'huile à une purée, on la BAT dedans jusqu'à obtenir une pommade. L'huile enrobe les granules d'amidon et les empêche de se ressouder au froid, ce qui donne à la causa sa tenue et son fondu. Le citron, lui, ne fait pas qu'assaisonner : son acidité raffermit la pâte et l'empêche de s'affaisser. [Ernst W. Middendorf, Perú, tome 1 (Lima) : « se sazona con jugo de limón y ají, luego se bate con fino aceite de oliva hasta que se forme una papilla consistente y suave »]
Effilochez à la main les 400 g de blanc de poulet poché, ou égouttez soigneusement le thon. Ajoutez le quart d'oignon rouge ciselé très fin, les 120 g de mayonnaise, un peu de sel et de poivre, et mélangez sans écraser. Réservez au froid. Détaillez les avocats en lamelles au dernier moment.
Le pourquoiLa mayonnaise ne sert pas seulement au goût : elle est le ciment qui empêche la farce de s'éparpiller quand on tranchera. Une farce trop sèche fait glisser les étages l'un sur l'autre et la part s'effondre dans l'assiette. Effiloché à la main plutôt que coupé, le poulet garde des fibres longues qui s'accrochent entre elles et tiennent la couche. [Version majoritaire au Pérou aujourd'hui ; recette de causa de atún de Buenazo (Lima)]
Huilez légèrement l'intérieur d'un cercle à pâtisserie ou d'un moule à cake tapissé de film. Étalez un tiers de la masse en pressant bien à plat avec le dos d'une cuillère. Couvrez de la moitié de la farce, puis des lamelles d'avocat. Recommencez : masse, farce, et terminez par un dernier étage de masse bien lissé. Pressez fermement.
Le pourquoiChaque étage doit être TASSÉ, sans poche d'air. Les bulles emprisonnées sont les lignes de rupture le long desquelles la part se cassera au découpage. Presser, c'est ce qui transforme trois couches empilées en un seul bloc solidaire. [Technique de la causa rellena moderne, forme née à Lima au XXᵉ siècle]
Filmez au contact et laissez au réfrigérateur DEUX HEURES AU MOINS, idéalement toute une nuit. Démoulez en passant la lame d'un couteau fin le long de la paroi, puis en soulevant le cercle bien droit. Décorez d'un cordon de mayonnaise, de rondelles d'œuf dur et d'olives de botija, sur un lit de laitue.
Le pourquoiLe froid ne sert pas qu'à rafraîchir : c'est pendant ce repos que l'amidon se raffermit et que les couches se soudent chimiquement les unes aux autres. Une causa démoulée après vingt minutes s'affaisse ; la même, après une nuit, se tranche au couteau comme une terrine. [Pratique constante des recettes péruviennes consultées]
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Deux classiques de la pomme de terre jaune farcie : la causa en couches froides au ají amarillo, la papa rellena en sphère panée et frite.
Voir la recette →VarianteLa causa passée du côté de la mer. Même masse de papa amarilla, mais la garniture devient un ceviche : poisson mariné au citron, oignon rouge, leche de tigre. C'est la déclinaison la plus répandue des cartes de cevichería, et elle prouve que la causa est devenue un support plus qu'une recette figée.
Voir la recette →CousineCe qui donne à la causa sa couleur et son mordant. La pasta de ají amarillo est le seul assaisonnement obligatoire de la masse, avec le citron et le sel : c'est elle qui fait passer une purée de pomme de terre du blanc au jaune vif et lui donne son piquant de fond.
Voir la recette →CousineLes deux grandes entrées froides de la papa amarilla. Même pomme de terre, même ají amarillo, même service glacé, mais deux traitements opposés : la huancaína laisse la pomme de terre entière et la nappe, la causa l'écrase en pâte assaisonnée et la monte en couches autour d'une farce. L'une est une sauce, l'autre une construction.
Voir la recette →Le paradoxe du nom. Les deux plus anciennes mentions écrites ne désignent pas Lima comme la capitale de la causa : Ricardo Palma fait crier « la rica causa de Trujillo » dans le Lima de 1807, et Arona en 1883 la dit « muy popular en Lima, TRUJILLO y otros puntos de la costa ». La causa dite liménienne avait, à ses débuts, une rivale nordiste au moins aussi réputée.
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