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Atlas Culinaire · Nouvelle-Calédonie · Héritage caldoche
La rencontre caldoche-kanak — le cerf rusa de brousse, gibier surabondant du Caillou, mijoté au vin rouge, au lait de coco et à la vanille de Lifou
Ce plat est né d'un cadeau qui a mal tourné. En 1870, douze cerfs rusa de Java débarquent sur la Grande Terre : un présent du gouverneur de Java à l'épouse du gouverneur Guillain. Douze. Dès 1882, les premiers dégâts aux cultures sont signalés. Aujourd'hui ils se comptent par centaines de milliers, ils ne vivent que sur la Grande Terre, et ils figurent parmi les espèces envahissantes les plus lourdes du territoire — ils broutent les jeunes pousses et empêchent la forêt de se régénérer. Manger du cerf en Nouvelle-Calédonie n'est donc pas un luxe de chasseur : c'est une viande de brousse abondante, bon marché, et dont le prélèvement est une mesure de gestion.
Il faut d'abord corriger deux choses qu'on lit souvent sur ce plat.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Réunissez les cubes de cerf, le vin rouge, l'ail, le thym et le laurier dans un grand saladier. Mélangez bien pour que tout baigne, filmez, et oubliez-les quatre heures au réfrigérateur — une nuit entière est encore mieux si vous avez le temps.
Le pourquoiLe cerf est un muscle de bête sauvage, très maigre et très travaillé. La marinade acide relâche le collagène et parfume la chair en profondeur, là où une simple cuisson ne ferait que la sécher.
Égouttez la viande au-dessus d'un saladier et gardez précieusement le vin de marinade : c'est le fond de votre sauce. Épongez ensuite chaque cube dans un linge propre, soigneusement.
Le pourquoiUne viande humide ne dore pas, elle bout. Toute l'eau qui reste en surface devra d'abord s'évaporer, et pendant ce temps-là le cerf cuit à la vapeur au lieu de caraméliser.
Chauffez le beurre et l'huile dans une cocotte jusqu'à ce que la mousse retombe. Saisissez les cubes par petites fournées, quatre minutes environ, en les retournant pour les colorer sur toutes leurs faces. Il faut du brun franc, presque de la croûte. Réservez au fur et à mesure.
Le pourquoiC'est ici que se fabrique le goût. Le brunissement crée des centaines de composés aromatiques que ni la vanille ni le coco ne sauraient inventer, et il laisse au fond de la cocotte des sucs qui deviendront la sauce.
Dans la cocotte encore tapissée de sucs, jetez les oignons et laissez-les fondre six minutes en remuant, pour décoller au fond ces petits dépôts bruns qui valent de l'or. Versez ensuite le vin de marinade, portez à frémissement et laissez réduire cinq minutes.
Le pourquoiL'eau des oignons dissout les sucs collés au fond et les remet dans la sauce. La réduction du vin, elle, chasse l'alcool cru — sans elle, la sauce garderait une pointe âpre qui écraserait la vanille.
Remettez le cerf dans la cocotte. Fendez la gousse de vanille en deux dans la longueur, raclez les grains avec la pointe du couteau et jetez grains et gousse dans la sauce. Versez le bouillon et le lait de coco, salez, poivrez.
Le pourquoiLes grains parfument vite et fort, la gousse libère lentement des notes plus rondes et boisées : mettre les deux, c'est jouer sur les deux durées. Et l'arôme de la vanille est soluble dans le gras — le lait de coco est exactement le véhicule qu'il lui faut.
Couvrez à moitié et laissez mijoter une heure à une heure et quart, à feu très doux, en surveillant de temps à autre. La sauce épaissit lentement et la maison commence à sentir la vanille chaude et le vin.
Le pourquoiLe cerf est trop maigre pour se confire comme un bœuf gras : il faut juste le temps que le collagène fonde en gélatine, et pas une minute de plus, sinon les fibres se serrent et la viande devient sèche et filandreuse.
Repêchez la gousse de vanille. Goûtez. Si la sauce vous paraît sévère, une cuillère de miel de niaouli l'arrondit joliment — c'est l'usage à l'Île des Pins. Rectifiez le sel et le poivre.
Le pourquoiLa gousse, laissée trop longtemps, finit par donner de l'amertume et un fond boisé qui écrase le reste. Le miel, lui, ne sucre pas le plat : il vient équilibrer l'acidité du vin réduit.
Dressez le cerf sur un lit d'igname écrasée ou un riz pilaf, nappez généreusement de sauce. Servez chaud, avec le même vin rouge que celui de la marinade.
Le pourquoiL'igname écrasée, douce et légèrement collante, absorbe une sauce riche que le riz laisserait filer au fond de l'assiette — et elle ramène le plat sur le terrain calédonien.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
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Même bête, deux écoles. La daube tire le cerf vers la cuisine de brousse caldoche pure — vin, herbes, temps long. La sauce vanille de Lifou y greffe le versant kanak, lait de coco et gousse des Loyauté. C'est le même cerf rusa, cette espèce introduite en 1870 et devenue si abondante qu'on la chasse pour contenir la forêt.
Voir la recette →CousineLe civet et la sauce vanille partent du même geste — mariner le cerf au vin rouge, saisir, mijoter — et divergent à la fin. Le civet reste dans le registre français, corsé et lié ; la version de Lifou bascule dans le Pacifique avec le lait de coco et la vanille. Le cerf, lui, ne bronche pas : maigre, il refuse la cuisson longue dans les deux cas.
Voir la recette →CousineDeux îles du Pacifique, deux cerfs coloniaux, la même histoire. Les Espagnols introduisent le Rusa marianna à Guam au XVIIe siècle ; les Français débarquent douze Rusa timorensis en Nouvelle-Calédonie en 1870. Dans les deux cas l'invité pullule, devient une espèce invasive que les gouvernements encouragent à chasser, et finit en plat de prestige. Le Chamorro le mange cru, mariné dix-huit heures au lemon powder ; le Calédonien le mijote au vin rouge et à la vanille de Lifou. Même intrus, deux cuisines.
Voir la recette →Sourcer ou se taire
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