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Atlas Culinaire · Paraguay · Amériques
La seule « chipa » qui passe par la friture et non par le four â une galette de blĂ© percĂ©e d'un trou, dont le nom guarani veut dire « la peau », exactement comme son doublet espagnol cuerito
Le constat est vérifiable trois fois, sur trois rubriques manifestement pleines.
Josefina Velilla de Aquino, dans le sommaire de Tembi'u Paraguai, Ă©numĂšre quatorze entrĂ©es de chipa â chipĂĄ asador, chipĂĄ Barrero, chipĂĄ Cali, chipĂĄ cuajada, chipĂĄ guasĂș, chipĂĄ guasĂș rellena, chipĂĄ Paquita, chipĂĄ pirĂș, chipĂĄ rorĂĄ, chipĂĄ so'Ăł, chipĂĄ ValĂ© â et consacre par ailleurs neuf entrĂ©es aux buñuelos ainsi qu'une au pan frito : ni pireca, ni cuerito, ni amasada.
Wikipédia en espagnol détaille treize variétés dans sa section Variantes, plus deux régionales de l'Iberå, sans les trois noms non plus.
ABC Revista, sous la plume de Pedro GĂłmez Silgueira le 24 mars 2024, en cite dix : mĂȘme absence.
L'hypothÚse la plus économique, et il faut la donner comme hypothÚse puisque aucune source ne l'écrit, tient au procédé : toute la famille chipa est cuite au four ou à la braise, quand la pireca est frite en pleine huile.
Elle porterait le nom sans appartenir au genre.
Le second fait est encore plus net : la presse paraguayenne n'emploie jamais ce mot pour un plat.
Sur ABC Color, Ăltima Hora, La NaciĂłn et HOY, pireca ne dĂ©signe que l'Ă©corce brune de la mandioca dans un article agricole, un lieu-dit d'Independencia et le surnom d'un dĂ©linquant.
Ce que l'Académie enregistre et que les cuisines pratiquent, le discours patrimonial l'ignore.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Verser la farine en tas sur le plan de travail et creuser un puits large au centre, assez profond pour que rien ne s'Ă©chappe. Y dĂ©poser la matiĂšre grasse, le sel, puis l'Ćuf battu. La graisse doit ĂȘtre molle et non fondue : Ă tempĂ©rature ambiante elle s'Ă©crase sous le pouce sans couler. On travaille en volcan plutĂŽt qu'en saladier parce que la farine est incorporĂ©e progressivement depuis les bords, ce qui Ă©vite les grumeaux secs au fond du rĂ©cipient. La cible Ă ce stade est un centre pĂąteux et jaune, entourĂ© d'une couronne de farine encore blanche. Si le puits se rompt et que l'Ćuf s'Ă©chappe, ramener vite la farine dessus et continuer, rien n'est perdu.
Le pourquoiIncorporer la farine depuis les bords hydrate le gluten progressivement et réguliÚrement, ce qui donne une pùte homogÚne sans poches de farine sÚche.
Ajouter l'eau tiĂšde petit Ă petit, jamais d'un coup, en ramenant la farine des bords vers le centre du bout des doigts. L'eau tiĂšde fait fondre le reste de la matiĂšre grasse et accĂ©lĂšre nettement la prise de la pĂąte, lĂ oĂč une eau froide laisse des morceaux durs. On sent la texture passer d'une bouillie collante Ă une masse qui commence Ă se tenir. La cible est une pĂąte rassemblĂ©e en boule, encore un peu irrĂ©guliĂšre, qui ne colle plus aux parois. Si elle reste collante aprĂšs toute l'eau, ajouter une cuillerĂ©e de farine, pas davantage ; si elle est sĂšche et se fend, une cuillerĂ©e d'eau tiĂšde suffit Ă la rattraper.
Le pourquoiL'eau tiÚde abaisse la viscosité de la matiÚre grasse et permet son enrobage homogÚne des grains de farine, ce qui conditionne la friabilité finale.
PĂ©trir franchement pendant dix minutes, en poussant la pĂąte de la paume puis en la repliant sur elle-mĂȘme, quart de tour aprĂšs quart de tour. C'est long et c'est voulu : les sources paraguayennes s'accordent toutes sur cette durĂ©e, parce que la pireca n'est pas une pĂąte sablĂ©e mais une pĂąte travaillĂ©e, dont la tenue Ă la friture dĂ©pend du rĂ©seau de gluten. La pĂąte change nettement sous la main, elle passe de grumeleuse Ă lisse et satinĂ©e. La cible est une boule qui, pressĂ©e du doigt, revient lentement en place. Si elle rĂ©siste et se dĂ©chire, la laisser reposer cinq minutes et reprendre : elle cĂ©dera.
Le pourquoiLe pétrissage aligne et lie les protéines du blé en réseau de gluten ; sans ce réseau, la galette éclate dans l'huile au lieu de gonfler.
Rouler la pùte en boule, la couvrir d'un linge propre et la laisser reposer vingt minutes à température ambiante. Le linge évite que la surface croûte, ce qui donnerait des galettes tachées de points secs. Ce repos ne fait pas lever la pùte, il la détend : le gluten étiré pendant le pétrissage se relùche et cesse de tirer. La cible est une boule visiblement plus molle et plus large qu'au début du repos, qui s'étale légÚrement sous son propre poids. Si l'on est pressé, dix minutes valent mieux que rien, mais la pùte se rétractera au rouleau et il faudra insister.
Le pourquoiLe repos permet la relaxation des tensions du réseau de gluten, ce qui rend l'abaisse possible sans rétraction élastique.
Rouler la pĂąte en un long boudin, puis le dĂ©tailler en une dizaine de portions Ă©gales â Cocina Rica annonce huit Ă dix piĂšces, comidasparaguayas une dizaine. Abaisser chaque portion au rouleau en un disque rĂ©gulier, ni trop fin ni trop Ă©pais : environ un demi-centimĂštre. Une abaisse trop fine donne un biscuit cassant, une abaisse trop Ă©paisse reste crue au centre. La cible est un disque souple, d'Ă©paisseur constante d'un bord Ă l'autre. Si le disque se rĂ©tracte dĂšs qu'on lĂąche le rouleau, c'est que le repos a Ă©tĂ© trop court : couvrir et attendre encore cinq minutes.
Le pourquoiUne épaisseur constante garantit une cuisson simultanée du centre et des bords, la friture transmettant la chaleur par la surface.
Percer chaque disque en son centre, d'un doigt ou du manche d'une cuillĂšre, juste avant de le plonger dans l'huile. Le trou est la signature visuelle de la pireca et il a une fonction prĂ©cise : il laisse la vapeur s'Ă©chapper du cĆur de la galette. Sans lui, la pĂąte gonfle en poche, le centre reste humide et la cuisson devient irrĂ©guliĂšre. La cible est un trou net, franchement ouvert, d'environ un centimĂštre et demi. S'il se referme pendant le trajet vers la casserole, le rouvrir d'un doigt avant immersion â un trou refermĂ© ne vaut pas mieux qu'une absence de trou.
Le pourquoiL'ouverture centrale Ă©vacue la vapeur d'eau de la pĂąte et empĂȘche la formation d'une poche qui isolerait thermiquement le cĆur.
Chauffer une huile abondante â au moins trois centimĂštres de hauteur â jusqu'Ă ce qu'un fragment de pĂąte jetĂ© dedans remonte aussitĂŽt en grĂ©sillant. Plonger les galettes une Ă deux Ă la fois, sans surcharger le bain, et les dorer des deux faces en les retournant Ă mi-parcours. Cocina Rica compte environ quinze minutes de cuisson pour l'ensemble de la fournĂ©e. La cible est une pireca uniformĂ©ment dorĂ©e, boursouflĂ©e autour du trou, ferme sous la pince. Si elle brunit en moins d'une minute par face, l'huile est trop chaude et le centre restera cru : baisser le feu et attendre avant la suivante.
Le pourquoiUne huile suffisamment chaude vaporise instantanĂ©ment l'eau de surface et forme une croĂ»te qui empĂȘche l'huile de pĂ©nĂ©trer la mie.
Sortir les galettes Ă l'Ă©cumoire et les poser sur du papier absorbant, en une seule couche et jamais empilĂ©es : deux pirecas superposĂ©es se ramollissent l'une l'autre par la vapeur. Les laisser tiĂ©dir deux ou trois minutes seulement, le temps que l'huile de surface soit bue par le papier. La pireca se mange tiĂšde, au petit-dĂ©jeuner ou Ă la merienda, avec un cocido brĂ»lant. La cible est une galette encore chaude au cĆur, sĂšche au toucher, qui craque lĂ©gĂšrement au premier bord. Si elle a molli parce qu'elle a attendu, un passage de trois minutes au four chaud lui rend sa tenue.
Le pourquoiL'égouttage immédiat retire l'huile résiduelle de surface avant qu'elle ne refroidisse et ne soit réabsorbée par la croûte.
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Sourcer ou se taire
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