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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Un calembour tient lieu de recette : ne pouvant monter sur les hauteurs, on mange un gâteau — 糕 et 高 se prononcent de la même façon, et le gâteau monte à la place du marcheur.
Elle est séduisante, arithmétiquement satisfaisante, et rien ne l'atteste.
Elle est diffusée depuis un article de 江晓雯 publié le 9 octobre 2016 sur le site officiel du patrimoine immatériel chinois, sans la moindre référence de source, et toute la chaîne de reprise en découle.
Or les textes primaires disent autre chose.
Le 《燕京岁时记》 de 富察敦崇, lu verbatim, décrit un gâteau de deux ou trois couches et non de neuf.
Le 《东京梦华录》 des Song décrit pour tout décor un lion, pas des moutons.
Et 萧放, professeur de folklore à l'université normale de Pékin et l'un des spécialistes de référence du calendrier festif, traite le sujet en profondeur, remonte aux sources primaires et énumère les décors attestés — petits drapeaux de couleur, petit cerf, jujubes, châtaignes, lions — sans jamais mentionner ni les neuf couches ni les deux moutons.
La leçon intermédiaire crédible vient du 中国文明网, qui parle d'un double mouton IMPRIMÉ au moule, ce qui est tout autre chose qu'un animal modelé.
Le calembour est donc ancien dans son principe et le motif du double mouton est attesté, mais la pagode à neuf étages est une reconstruction récente à partir du neuvième jour du neuvième mois.
Une seconde surprise attend qui remonte aux sources : le gâteau des Song n'était pas sucré.
Le 《梦粱录》 le décrit garni de lanières de porc, de mouton et de canard, et le 《武林旧事》 de fils de viande et de galette de canard.
La version exclusivement sucrée est une évolution des Ming et des Qing, et le fil salé n'est pas mort puisqu'un atelier de Suzhou a relancé en 2023 une version à l'osmanthe et au poivre-sel.
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Tamiser ensemble les deux farines de riz dans un large récipient, en veillant à ce que leurs granulométries soient voisines. L'amylopectine du riz gluant retient l'eau et donne le moelleux, tandis que l'amylose du riz japonica cristallise en refroidissant et construit la tenue qui permettra aux couches de rester lisibles. Le rapport de deux pour un est le compromis de Suzhou, certains ateliers descendant à quatre pour un pour un gâteau plus ferme. Le mélange doit être parfaitement homogène, sans traînée blanche plus dense.
Le pourquoiL'amylose linéaire recristallise en réseau au refroidissement, ce que l'amylopectine ramifiée ne fait pas, et c'est ce réseau qui donne la tenue structurelle.
Mélanger le sucre blanc aux farines, puis verser l'eau froide en pluie, en cinq ou six fois, en frottant la masse entre les paumes après chaque ajout. Ne jamais pétrir. Le sucre agit ici comme un agent technique qui fixe l'eau libre et ralentit la migration des chaînes d'amidon, retardant ainsi le durcissement. L'hydratation fractionnée évite les grumeaux à cœur sec, la farine de riz absorbant lentement.
Le pourquoiLes sucres de petite taille moléculaire renforcent les interactions entre chaînes d'amidon et abaissent la mobilité moléculaire, ce qui inhibe la rétrogradation.
Couvrir d'un linge humide et laisser reposer quinze à vingt minutes. Les grains de farine de riz n'ont aucun gluten pour retenir l'eau et leur absorption est capillaire, donc lente : sans ce repos, le cœur des agglomérats reste sec et donnera des points crayeux blancs après cuisson. Au bout d'un quart d'heure, la masse a légèrement foncé et ne colle plus aux doigts. Ne pas dépasser trois quarts d'heure à température ambiante en septembre, la masse sucrée fermentant et prenant une odeur aigre.
Le pourquoiL'absence de réseau protéique impose une diffusion capillaire de l'eau dans le grain d'amidon, processus nettement plus lent qu'une hydratation de pâte levée.
Frotter la masse entre les paumes puis la passer deux fois au tamis, sans jamais forcer, en écartant ou en refrottant les grumeaux retenus. C'est ici que se joue toute la légèreté du gâteau : ne devant rien à un agent levant, il ne tient son moelleux que de l'air emprisonné entre des particules de taille homogène. La poudre doit tomber du tamis en nuage, sans former de tas compact. Un tamis trop fin se bouche, un tamis trop grossier donne une texture sableuse.
Le pourquoiUn empilement de particules calibrées ménage entre elles un volume d'air interstitiel que la vapeur dilatera, seul mécanisme de levée disponible ici.
Chemiser un cadre carré d'un linge de coton humide, verser la moitié de la poudre et araser à la corne sans appuyer, étaler la pâte d'azuki en couche régulière, puis recouvrir de l'autre moitié et araser de nouveau. Le linge humide sert de barrière à vapeur : il la laisse passer tout en retenant la poudre. C'est ici que se joue le calembour fondateur, un gâteau qui monte par couches à la place du marcheur. La hauteur totale doit rester autour de quatre à cinq centimètres, la couche de pâte d'azuki autour de dix millimètres.
Le pourquoiUne poudre tassée gélatinise en bloc compact, ce qui supprime les interstices d'air et donne une texture gommeuse au lieu d'un gâteau aéré.
Amener le cuiseur à ébullition franche, panache de vapeur visible, avant d'y poser le cadre. Cuire deux minutes à nu, puis verser en nappe régulière la bouillie de sucre roux qui formera le glaçage, poursuivre deux minutes et parsemer alors les fruits confits, puis cuire seize minutes de plus à couvert sans jamais ouvrir. Poser le cadre sur une eau tiède ferait traverser lentement la zone où l'eau condense sans cuire, ce qui détrempe le fond et laisse le cœur crayeux. Le glaçage posé en cours de cuisson scelle les fruits confits et les empêche de se dessécher.
Le pourquoiLa gélatinisation de l'amidon de riz ne s'achève qu'au-dessus de quatre-vingt-dix degrés, et la vapeur saturée est le seul mode de cuisson qui l'atteigne sans dessécher la masse.
Couper le feu, entrouvrir le couvercle de deux centimètres et laisser cinq minutes, puis sortir le cadre et attendre encore cinq minutes avant de démouler sur une grille. Entre cent et soixante degrés, le réseau d'amidon gélatinisé achève de prendre : démoulé brûlant le gâteau s'affaisse, démoulé froid il colle au linge. Il doit se décoller d'un seul tenant, la face inférieure lisse et non luisante d'eau. Ne jamais le laisser refroidir dans le cadre couvert, la condensation retombant et détrempant la surface.
Le pourquoiLa prise finale du gel d'amidon s'opère pendant le refroidissement et non pendant la cuisson, ce qui rend la manipulation critique dans cette plage de température.
Napper au pinceau l'osmanthe confit, puis découper au couteau humidifié à l'eau chaude entre chaque coupe, en carrés d'une centaine de grammes. L'osmanthe se pose après cuisson et jamais avant, son parfum étant très volatil et vingt minutes de vapeur l'effaçant entièrement. Les couches doivent rester nettes en tranche et la lame passer sans écraser. Sur les parts destinées aux aînés, planter un petit drapeau de papier : le geste est attesté depuis le douzième siècle, et dans les plaines sans relief il remplace symboliquement l'ascension des hauteurs.
Le pourquoiLes composés aromatiques de l'osmanthe sont des terpénoïdes très volatils, entraînés en totalité par une cuisson vapeur prolongée.
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Sourcer ou se taire
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