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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
Le fruit du cactus qui a nourri l'Androy et dont la disparition, en 1924, a tuĂ© un district entier â aujourd'hui vendu en pots de 350 grammes
Le raketa n'est pas une plante indigĂšne : Raymond Decary Ă©tablissait dĂšs 1947, dans le Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquĂ©e, que l'espĂšce n'existait pas dans l'ExtrĂȘme Sud au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle, et que son nom vernaculaire raketa ou raiketa dĂ©rive du mot français raquette, ce qui signe une introduction europĂ©enne.
En moins de deux siÚcles, ce cactus est devenu le socle de la vie antandroy : fourrage pour le bétail quand l'herbe manque, et fruits mûrissant de décembre à mars, c'est-à -dire précisément pendant la saison de soudure.
Puis vint la catastrophe.
Per Larsson, dans l'étude de terrain qu'il a conduite dans dix sites de l'Androy pour l'Université suédoise des sciences agricoles, rappelle les faits : une cochenille du genre Dactylopius est introduite à Madagascar en 1923, se propage depuis Toliara à partir de 1924 au rythme de cent kilomÚtres par an, et en quatre ans seulement le raketa disparaßt de régions entiÚres.
Le pastoralisme s'effondre, des dizaines de milliers de bovins meurent, une famine sévÚre suit, des villages sont abandonnés, et dans le seul district de Tsihombe la moitié d'une population de soixante mille personnes meurt ou émigre.
Point non tranché, et Larsson le dit explicitement : on débat toujours de la question de savoir si l'administration coloniale française a introduit la cochenille délibérément.
Des Opuntia sans épines et résistants sont réintroduits en 1930 et le cactus redevient une base économique du Sud.
DeuxiÚme controverse, contemporaine celle-là : le raketa doit-il rester un aliment de famine ? L'Association pour l'Avance des jeunes de l'Androy, dont L'Express de Madagascar rapportait en 2017 les travaux à Ambovombe, transforme le fruit en confiture vendue 8 000 ariary le pot de 350 grammes à Taolagnaro, Toliara et Antananarivo, et son vice-président Tafitason Mandovaraza résume l'enjeu d'une phrase : ce n'est pas seulement un fruit de consommation en période de kere.
TroisiÚme point, sanitaire : les informateurs de Larsson signalent qu'au-delà d'une vingtaine de fruits par jour mangés seuls, le raketa provoque des constipations, mais que le problÚme disparaßt s'il est consommé avec du lait caillé, de la mangue ou du manioc.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Cueillez ou achetez des figues de Barbarie bien mĂ»res, souples sous la pression et de couleur soutenue. Ne les touchez Ă aucun moment sans gants Ă©pais : leur peau porte des glochides, ces minuscules Ă©pines en harpon pratiquement invisibles qui s'implantent dans le derme et dĂ©mangent pendant plusieurs jours. L'Ă©tude de terrain conduite dans l'Androy signale mĂȘme que ces Ă©pines fines peuvent provoquer des problĂšmes pulmonaires. Transportez les fruits dans un seau et non dans un sac de tissu, qui se chargerait d'Ă©pines pour toujours.
Le pourquoiLes glochides sont des Ă©pines barbelĂ©es microscopiques qui se dĂ©tachent au moindre frottement et pĂ©nĂštrent la peau sans ĂȘtre visibles.
Placez les fruits dans une bassine et brossez-les vigoureusement Ă la brosse dure sous un filet d'eau courante, un par un, en les retournant. L'autre mĂ©thode, plus expĂ©ditive, consiste Ă les passer rapidement au-dessus d'une flamme vive, qui brĂ»le les Ă©pines fines en quelques secondes. Rincez ensuite abondamment et jetez l'eau de lavage Ă l'Ă©gout et non dans un Ă©vier oĂč vous mettrez les mains ensuite. C'est l'Ă©tape qui dĂ©courage la plupart des cuisiniers, et c'est aussi celle qui rend le reste possible.
Le pourquoiLes glochides se détachent mécaniquement sous l'action combinée de la brosse et du ruissellement, ou se consument instantanément à la flamme.
Coupez les deux extrémités de chaque fruit, puis fendez la peau dans la longueur d'un coup de couteau et dégagez-la : la pulpe se détache alors en un seul bloc. Travaillez toujours ganté, sur une planche que vous laverez à grande eau ensuite. Réunissez la pulpe dans une casserole à fond épais avec les deux cents millilitres d'eau. Vous devez obtenir environ un kilo deux cents de chair à partir de deux kilos de fruits entiers, la peau représentant une part importante du poids.
Le pourquoiLa séparation nette entre peau et pulpe est possible parce que le fruit du figuier de Barbarie possÚde un mésocarpe charnu peu adhérent à l'exocarpe épineux.
Portez la casserole sur feu doux et laissez la pulpe chauffer une quinzaine de minutes, Ă couvert, en Ă©crasant de temps en temps au presse-purĂ©e. La chair se dĂ©fait rapidement et libĂšre un jus abondant, rouge, rose ou orangĂ© selon la variĂ©tĂ©. Les pĂ©pins, eux, restent parfaitement intacts : ils sont durs et ne se ramolliront Ă aucune cuisson, ce qui rendra le tamisage indispensable. N'ajoutez surtout pas le sucre Ă ce stade, il durcirait les parois cellulaires et empĂȘcherait la pulpe de se dĂ©faire.
Le pourquoiLa chaleur humide dĂ©grade les parois pectocellulosiques du mĂ©socarpe et libĂšre la pectine dans la phase aqueuse, oĂč elle deviendra disponible pour la gĂ©lification.
Passez toute la préparation encore chaude au tamis fin ou au moulin à légumes, en poussant énergiquement à la maryse pour extraire un maximum de pulpe. Les pépins du raketa sont durs, nombreux et ne se broient à aucune cuisson : leur élimination n'est pas négociable si l'on veut une confiture lisse. Ne jetez pas ces graines sans y penser à deux fois, puisque c'est précisément d'elles qu'est extraite l'huile de pépins de figue de Barbarie, dont le potentiel est réguliÚrement souligné par la presse malgache.
Le pourquoiLes graines lignifiées d'Opuntia sont incompressibles et ne s'hydratent pas : aucune cuisson ne les rend acceptables en bouche.
Pesez la pulpe tamisée et ajoutez sept cents grammes de sucre par kilo, le jus de citron vert, la gousse de vanille fendue et la pincée de sel. Mélangez, couvrez et laissez macérer deux heures à température ambiante. Le sucre tire l'eau de la pulpe par osmose et le mélange devient nettement plus liquide, ce qui raccourcira d'autant la cuisson. Le citron n'est pas là pour le goût : le fruit du raketa est doux et pauvre en acide, et sans correction du pH la pectine ne gélifiera jamais.
Le pourquoiLa pectine gĂ©lifie autour d'un pH de 3, seuil auquel les charges des chaĂźnes sont neutralisĂ©es et oĂč elles peuvent s'associer en rĂ©seau tridimensionnel.
Portez à ébullition et laissez cuire à feu vif vingt-cinq à trente-cinq minutes, en écumant et en remuant réguliÚrement pour que rien n'attache. La confiture fonce, épaissit et les bulles deviennent plus lentes et plus grosses. Vérifiez la prise sur une assiette gardée au congélateur : une cuillerée déposée dessus doit figer en une minute et se rider quand on pousse du doigt. Attention aux projections, une goutte de confiture bouillante colle à la peau et brûle sérieusement.
Le pourquoiLe réseau pectine-sucre-acide ne se forme qu'au-delà d'environ 65 % de matiÚre sÚche, seuil que le test sur assiette froide permet d'objectiver.
Ăbouillantez les pots et leurs couvercles dix minutes, sĂ©chez-les au four tiĂšde, et remplissez-les Ă ras bord avec la confiture bouillante Ă l'aide d'une louche et d'un entonnoir. Vissez immĂ©diatement et retournez les pots sur le couvercle pendant dix minutes : la chaleur stĂ©rilise l'espace de tĂȘte et crĂ©e le vide Ă l'affaissement. Remettez-les Ă l'endroit et laissez refroidir vingt-quatre heures sans y toucher. Les producteurs d'Ambovombe conditionnent la leur en pots de 350 grammes, vendue 8 000 ariary.
Le pourquoiLe retournement porte l'air rĂ©siduel de l'espace de tĂȘte Ă la tempĂ©rature de la confiture, ce qui l'assainit et crĂ©e la dĂ©pression assurant l'Ă©tanchĂ©itĂ©.
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Sourcer ou se taire
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