Chargement de lâatlas
Atlas Culinaire · Trinité-et-Tobago · Héritage indo-trini
Le plat du « duck lime » â canard marinĂ© une nuit, curry grillĂ© puis longuement sĂ©chĂ© Ă la cocotte, et du chadon beni Ă ne pas remplacer.
Le curry duck ne se fait pas pour dĂźner : il se fait pour un lime. On se retrouve Ă plusieurs, souvent au bord d'une riviĂšre, avec une cocotte, un rĂ©chaud et des biĂšres ; quelqu'un a marinĂ© le canard la veille, et l'aprĂšs-midi entier passe autour de la marmite. C'est un plat social avant d'ĂȘtre un plat.
La poudre de curry est le premier point ferme, et il ne s'agit pas de chauvinisme de marque.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
DĂ©couper le canard Muscovy en morceaux de 5 cm avec os (couteau de boucher). Dans grande bassine, dĂ©poser les morceaux, frotter Ă©nergiquement avec le jus de 4 citrons verts pendant 2-3 min puis ajouter 2 c.Ă .s. de farine et frotter encore. Rincer abondamment Ă l'eau froide 2-3 fois jusqu'Ă eau claire. Ăgoutter dans une passoire. Ce lavage rituel indo-trini retire l'odeur de gibier du canard et "ouvre" les fibres pour la marinade.
Le pourquoiLe canard est une viande grasse et fortement typĂ©e. Le lavage au citron vert et Ă la farine dĂ©graisse la peau et attĂ©nue le goĂ»t de gibier â c'est le premier geste de toute cuisine caribĂ©enne devant une volaille.
Mixer ou hacher trĂšs fin : chadon beni, coriandre, ail, gingembre, oignons verts, thym, scotch bonnet (gants !), oignon jaune. MĂ©langer dans grand bol avec 2 c.Ă .s. de curry Trinidad, 1 c.Ă .c. d'amchar masala, cumin moulu, curcuma, sel, poivre. Frotter cette pĂąte parfumĂ©e sur chaque morceau de canard en massant. Couvrir, frigo 12h overnight (3h minimum). Selon Naparima Girls' Cookbook, c'est le secret du curry duck rĂ©ussi â les fibres se relaxent et le green seasoning pĂ©nĂštre.
Le pourquoiDouze heures ne sont pas une coquetterie. Le canard a une chair dense que le green seasoning met une nuit Ă traverser ; marinĂ©e deux heures, elle sera parfumĂ©e en surface et fade au cĆur.
pĂąte curry + huile chaude â Dans un karahi (wok lourd) ou cocotte Ă©paisse en fonte, faire chauffer 5 c.Ă .s. d'huile Ă feu vif. Ajouter graines de fenugrec, faire grĂ©siller 20 sec. Dans un petit bol, mĂ©langer 2 c.Ă .s. de curry Trinidad restant avec 100 ml d'eau pour faire une pĂąte. Verser cette pĂąte curry dans l'huile chaude, baisser feu moyen, cuire en remuant constamment 3-4 min jusqu'Ă ce que la pĂąte SĂCHE et commence Ă coller au fond du karahi â l'huile orangĂ©e se sĂ©pare. C'est le BHUNJAO trini signature.
Le pourquoiLa poudre de curry grillée dans l'huile trÚs chaude libÚre ses huiles essentielles. C'est le geste fondateur : sans lui, le curry reste poudreux et rùpe la langue au lieu de parfumer.
Ajouter immĂ©diatement le canard marinĂ© AVEC toute sa marinade dans le karahi sur le bhunjao. MĂ©langer Ă©nergiquement pour enrober chaque morceau de la pĂąte curry caramĂ©lisĂ©e. Saisir Ă feu moyen-vif 10 min en remuant rĂ©guliĂšrement â la viande libĂšre ses sucs et brunit lĂ©gĂšrement. Saler.
Le pourquoiL'eau de la marinade tombe dans le curry brĂ»lant et arrĂȘte net la rĂ©action, en la diluant sur la viande. C'est ainsi que chaque morceau s'enrobe au lieu de flotter dans une sauce.
C'est l'ĂTAPE SIGNATURE indo-trinidadienne identifiĂ©e par Anita's Circadian : couvrir le karahi, baisser Ă feu doux. Cuire 15-20 min en remuant et grattant les sucs caramĂ©lisĂ©s au fond avec une cuillĂšre en bois toutes les 5 min. La viande libĂšre sa propre eau qui se concentre puis sĂšche. Sans cette Ă©tape, "ce n'est pas du curry duck trini". L'arĂŽme intensifiĂ© devient profond, complexe, "boojay flavor".
Le pourquoiVoici le cĆur du curry duck. Un quart d'heure Ă couvert, Ă feu doux, en retournant sans cesse et en grattant les sucs : le canard cuit Ă sec dans son propre jus, et chaque couche caramĂ©lisĂ©e qu'on dĂ©colle retourne dans la viande. C'est ce qui donne la couleur rouge-brune et la profondeur.
Verser 600 ml d'eau chaude (et optionnellement 200 ml de lait de coco pour la variante Simply Trini). Ajouter le scotch bonnet ENTIER non percé pour parfum doux (le percer = piquant intense). Mélanger, gratter le fond pour décoller les sucs. Couvrir, mijoter à feu doux 60-75 min jusqu'à canard trÚs tendre (le couteau pénÚtre sans résistance) et sauce épaisse rouge-brune. Goûter, ajuster sel.
Le pourquoiLe canard muscovy est une viande travailleuse : il lui faut une bonne heure pour s'attendrir. L'eau chaude déglace enfin les sucs du boojay et les transforme en sauce.
En toute fin de cuisson, ciseler la moitiĂ© restante du bouquet de chadon beni frais. Saupoudrer sur le curry duck, ajouter 1 c.Ă .c. d'amchar masala. Couvrir, retirer du feu, laisser reposer 10 min â les parfums se diffusent. Le scotch bonnet entier peut ĂȘtre retirĂ© ou laissĂ© selon prĂ©sentation.
Le pourquoiLe chadon beni jetĂ© Ă la fin ne cuit pas : il parfume Ă cru. C'est ce qui donne au plat son nez vert et vif, par-dessus l'heure de mijotage â et c'est pour ça qu'on en garde la moitiĂ©.
Pendant le mijotage : préparer le Buss-Up-Shut (voir TT009) avec battage spatules à la sortie du tawa, OU faire cuire 400g de riz blanc trinidadien (riz long, 800ml d'eau salée, 18 min, repos 5 min). Le Buss-Up-Shut est canonique pour les "duck lime" festifs, le riz pour le quotidien familial.
Le pourquoiLe curry duck ne se mange pas seul : il lui faut un support pour la sauce. Le buss up shut est le compagnon canonique â ses lambeaux attrapent le curry mieux qu'aucune cuillĂšre.
Disposer le curry duck dans un grand plat creux au centre de la table avec sa sauce généreuse. Servir les Buss-Up-Shut ou le riz à cÎté. Déposer le kuchela (chutney mangue verte) et un peu de pepper sauce à part en condiments. Manger collectivement avec les mains : déchirer un morceau de roti, saisir un bout de canard avec sa sauce, ajouter une pointe de kuchela, plier, manger. C'est le rituel signature du "duck lime" indo-trinidadien, célébré en plein air au bord de la riviÚre, à la plage, ou pour Divali, mariages hindous et Indian Arrival Day.
Le pourquoiC'est un plat de lime : il arrive dans un grand plat au milieu de la table, et chacun se sert Ă la main avec un morceau de roti. Le dresser en assiettes individuelles, c'est manquer le sens du plat.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Le couple canonique du lime trinidadien : le curry duck au centre de la table, les lambeaux de buss up shut autour, et pas une fourchette. Le roti n'accompagne pas le curry, il sert Ă le manger.
Voir la recette âCousineDeux curries trinbagoniens montĂ©s sur la mĂȘme mĂ©thode â griller la poudre de curry dans l'huile chaude avant tout liquide â et sĂ©parĂ©s par leurs Ăźles. Le curry duck est de Trinidad et se fait au bord des riviĂšres ; le curry crab est de Tobago et se mange sur le sable.
Voir la recette âSourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier Ă cuisiner cette recette.