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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Un beignet qui porte le nom d'une ruelle d'un mètre de large, et le seul des trois absolus de Tianjin à ne pas avoir suivi les deux autres au registre national
LE RANG : les trois absolus de Tianjin — le baozi de Goubuli, la torsade de la ruelle des Dix-Huit et ce beignet — ont bien été portés ENSEMBLE au patrimoine culturel immatériel MUNICIPAL de Tianjin en 2009.
Mais la suite diverge : les deux premiers figurent au registre NATIONAL comme extensions du projet Ⅷ-160 des techniques traditionnelles de pâtes de blé, tandis que le beignet du Trou d'Oreille n'y apparaît pas.
Écrire que « les trois absolus sont classés au patrimoine national » est donc faux pour celui-ci, et le dire précisément vaut mieux que de l'aligner par commodité sur ses deux voisins.
L'explication est d'ailleurs logique : le projet-parapluie national porte sur les pâtes de BLÉ, et ce beignet est un produit de riz gluant.
LE NOM ensuite : il ne vient d'aucune forme ni d'aucune recette, mais d'une adresse.
Le premier patron, 刘万春, avait accroché à la porte Nord une enseigne au nom de sa famille ; comme sa boutique jouxtait une ruelle si étroite qu'on la surnommait le trou d'oreille, les clients ont pris l'habitude de désigner le beignet par la ruelle plutôt que par l'enseigne, et le sobriquet a fini par remplacer le nom officiel.
LE POINT TECHNIQUE enfin : la pâte est FERMENTÉE, ce qui est rare pour un riz gluant et distingue ce beignet de tous les 炸糕 non levés du reste de la Chine.
C'est la fermentation qui donne l'acidité discrète en arrière-plan et la texture élastique du cœur ; un beignet fait de pâte de riz gluant fraîche est un autre produit.
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Tremper le riz gluant plusieurs heures jusqu'à ce qu'un grain s'écrase entre deux doigts, puis le broyer avec son eau en une pâte lisse et l'égoutter en linge pour obtenir une masse humide et compacte. La cible est une pâte souple, sans grain perceptible. Si la mouture reste granuleuse, repasser au broyeur : un grain résiduel donnera une texture sableuse que la fermentation ne corrigera pas.
Le pourquoiLe broyage humide libère l'amidon du riz gluant sous une forme immédiatement disponible pour les levures et les bactéries lactiques, ce qu'une farine sèche réhydratée ne permet pas au même degré.
Mêler la pâte au levain de la fournée précédente et la laisser fermenter à couvert, à température ambiante, jusqu'à ce qu'une odeur acidulée franche se dégage et que la masse s'assouplisse. La cible est une pâte souple, légèrement alvéolée, à l'acidité perceptible au nez mais discrète en bouche. Si l'odeur devient piquante ou alcoolique, la fermentation est allée trop loin : ajouter un tiers de pâte fraîche non fermentée pour la ramener en arrière.
Le pourquoiC'est la fermentation qui distingue ce beignet des 炸糕 non levés du reste de la Chine. L'acidité produite sert de contrepoint au sucre de la farce et la légère alvéolation donne au cœur son élasticité caractéristique.
Cuire les azuki à l'eau jusqu'à ce qu'ils s'écrasent sans résistance, les passer au tamis pour éliminer les peaux, puis dessécher la purée à la poêle avec le sucre et le corps gras jusqu'à ce qu'elle se détache du fond. La cible est une pâte lisse, brillante et assez ferme pour être roulée en boules. Si elle reste molle, poursuivre le desséchage : une farce humide percera la pâte de riz pendant la friture.
Le pourquoiLa farce doit avoir une activité de l'eau basse pour ne pas se vaporiser au contact de l'huile chaude. Le sucre et le desséchage y contribuent ensemble ; c'est une question de sécurité autant que de texture.
Prélever une portion de pâte fermentée, l'aplatir en disque dans la paume, y déposer une boule de farce et refermer en ramenant les bords, puis rouler entre les paumes pour souder et aplatir légèrement en galet. La cible est une pièce parfaitement close, sans pli ouvert ni bulle d'air emprisonnée. Si une soudure paraît fragile, la retravailler immédiatement : c'est le seul défaut qui rend la friture dangereuse.
Le pourquoiUne poche d'air se dilate violemment dans l'huile chaude et fait éclater la pièce, projetant de la farce brûlante. La soudure complète et l'absence d'air sont donc des exigences de sécurité, pas d'esthétique.
Plonger les pièces dans une huile modérément chaude et les laisser cuire doucement, en les retournant, jusqu'à ce qu'elles gonflent légèrement et remontent en surface sans avoir coloré. La cible est un beignet cuit à cœur, encore pâle. Si la couleur vient tout de suite, l'huile est trop chaude : sortir les pièces, laisser redescendre et recommencer, car un cœur de riz gluant cru ne se rattrape pas.
Le pourquoiLe riz gluant fermenté doit gélatiniser à cœur, ce qui prend du temps et se fait mal au-delà d'une certaine température de surface. La première friture est une cuisson, la seconde sera une coloration.
Remonter le feu en fin de cuisson et laisser les pièces prendre couleur rapidement, jusqu'à un doré franc et une surface qui craque sous l'écumoire. La cible est une croûte FINE, nettement croustillante, autour d'un cœur resté élastique. Si la croûte épaissit et devient dure, la seconde friture a été trop longue : elle se compte en une à deux minutes, pas davantage.
Le pourquoiLa montée finale en température déshydrate brutalement la couche superficielle et y déclenche le brunissement, ce qui produit une croûte mince et cassante sans que la chaleur ait le temps de gagner le cœur.
Égoutter les beignets sur grille, posés de chant plutôt qu'à plat, et les laisser tiédir quelques minutes avant de servir. La cible est une pièce dont la croûte reste sèche sur toute sa surface. Si les beignets reposent à plat sur un papier, la face en contact se ramollit en moins d'une minute. Le repos sert aussi à laisser retomber la température du cœur, qui reste brûlant bien après la croûte.
Le pourquoiLa vapeur qui s'échappe du cœur se condense sur toute surface froide en contact avec le beignet. Une grille laisse cette vapeur partir, un papier la retient et détrempe la croûte à cet endroit précis.
Servir les beignets tièdes, tels quels, avec du thé. Le produit est complet : la fermentation apporte l'acidité, la farce le sucre et la friture le croustillant, et tout ajout de sucre en surface le déséquilibre. La cible à la première bouchée est une croûte qui craque puis un cœur élastique et une farce fondante. Si l'ensemble paraît plat et uniquement sucré, c'est que la fermentation avait été écourtée.
Le pourquoiL'équilibre du produit repose sur l'opposition entre une pâte acidulée et une farce très sucrée. Ajouter du sucre en finition, comme sur beaucoup de beignets occidentaux, efface exactement ce qui distingue ce beignet des autres.
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Sourcer ou se taire
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