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Atlas Culinaire · Autriche · Vienne
La tourte viennoise aux couches de biscuit-meringue aux amandes et crème au beurre, glacée de fondant blanc et signée du motif toile d'araignée au chocolat
L'Esterházytorte est l'un des gâteaux les plus aristocratiques de l'Europe centrale — et peut-être l'un des plus trompeurs. Son nom évoque les fastes d'une grande maison princière ; sa silhouette, avec ce glaçage blanc strié de fils de chocolat en toile d'araignée, est reconnaissable entre toutes les pâtisseries de la Monarchie austro-hongroise. Et pourtant, ni le prince ne l'a commandée, ni le confiseur n'est connu avec certitude, ni même la ville d'origine ne fait l'unanimité.
La famille Esterházy est l'une des dynasties nobiliaires les plus puissantes de l'Europe centrale. Grands propriétaires hongrois, fidèles des Habsbourg, mécènes de Joseph Haydn dont ils financèrent les œuvres pendant près de trente ans au château de Fertőd, les Esterházy hantaient aussi bien les salons de Vienne que les palais de Buda. Le prince le plus souvent cité comme éponyme de la tourte est Paul III Anton Esterházy de Galántha (1786-1866) — diplomate brillant, ministre des Affaires étrangères de la Monarchie, réputé gastronome. Mais les sources hongroises recensent au moins trois candidats Esterházy concurrents, et une hypothèse alternative suggère que le nom vient non de la famille mais du « motif Esterházy » — un dessin à damiers d'origine écossaise en vogue vers 1840 —, d'où le motif de toile d'araignée en chocolat. La certitude manque, et l'honnêteté oblige à le dire.
Ce que l'on sait mieux, c'est le lieu de naissance probable : Budapest. Des confiseurs hongrois créèrent cette tourte à la fin du XIXe siècle en hommage — réel ou commercial — à la gloire de la maison princière. De Budapest, elle se répandit rapidement dans toute la Monarchie, et Vienne l'adopta avec l'enthousiasme qu'elle réserve aux spécialités de ses provinces. Les pâtisseries viennoises l'inscrivirent à leurs vitrines, les cafés l'affichèrent sur leurs cartes, et peu à peu l'Esterházytorte devint aussi viennoise de cœur qu'elle était hongroise d'origine.
La structure de la tourte est d'une précision architecturale. Cinq disques de dacquoise aux amandes — une masse légère de blancs d'œufs montés, de sucre et d'amandes moulues, cuits jusqu'à la noisette — alternent avec cinq couches de crème au beurre parfumée au cognac ou à la vanille. L'ensemble est enrobé d'un fondant blanc, puis décoré du motif emblématique : des spirales de chocolat fondu que l'on tire avec la pointe d'un couteau en cercles concentriques, créant cette toile d'araignée qui est la signature visuelle absolue de la tourte. Sans ce motif, ce n'est pas une Esterházytorte — c'est un autre gâteau. Les amandes grillées pressées sur les côtés complètent l'armure dorée.
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Préchauffer le four à 180°C. Monter les blancs d'œufs en neige ferme avec le jus de citron, puis ajouter le sucre et le sucre vanillé en pluie jusqu'à une meringue brillante et serrée formant des becs. Incorporer délicatement à la spatule les amandes en poudre, les noisettes et la cannelle.
Tracer cinq cercles de 26 cm sur du papier sulfurisé. Répartir la meringue en cinq portions égales et l'étaler en disques fins et réguliers. Cuire un ou deux disques à la fois 10 à 12 min jusqu'à ce qu'ils soient légèrement dorés.
Fouetter les jaunes d'œufs avec le sucre, délayer avec le lait (ou la crème) et faire chauffer à feu doux sans cesser de remuer jusqu'à épaississement, comme une crème pâtissière. Laisser refroidir complètement, filmé au contact.
Travailler le beurre pommade au batteur jusqu'à ce qu'il blanchisse et double de volume. Incorporer la crème refroidie cuillère par cuillère, puis le cognac (ou le rhum), pour obtenir une crème au beurre lisse et homogène.
Poser un premier disque, l'étaler d'une fine couche de crème au beurre, recouvrir du disque suivant et répéter en alternant les cinq disques et la crème. Réserver un peu de crème pour le pourtour. Le dessus doit rester nu pour recevoir le fondant.
Lisser le tour de la tourte avec la crème réservée, puis y appliquer les amandes effilées torréfiées. Réfrigérer 30 min pour raffermir avant de glacer.
Mélanger le sucre glace avec l'eau (ou un blanc d'œuf et un filet de citron) jusqu'à un fondant blanc lisse et nappant. Le couler tiède sur le dessus de la tourte et l'étaler vite en une couche régulière.
Pocher aussitôt des cercles concentriques de chocolat noir fondu sur le fondant encore souple, puis tirer la pointe d'un cure-dent du centre vers le bord en alternant le sens, pour dessiner la toile d'araignée signature. Réfrigérer au moins 2 h avant de servir.
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