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Atlas Culinaire · Suède · Europe
Le seul plat suédois dont on connaisse l'auteur, la date et la page : un employé du fret aérien, l'été 1976, et le numéro 13 d'Allt om Mat. Poulet rôti, banane, crème fouettée, sauce tomate sucrée, bacon et cacahuètes — l'exotisme de supermarché d'une décennie entière, servi brûlant au rayon husmanskost.
Le Flygande Jakob a un auteur — Ove Jacobsson, employé de fret aérien, d'où « volant » et « Jakob » pour Jacobsson — et une naissance publique : Allt om Mat, numéro 13 de 1976, pages 44 et 45.
Cette paternité l'exclut mécaniquement du patrimoine institué : la förteckning des traditions alimentaires vivantes tenue par l'Isof ne recense que vingt-sept entrées — surströmming, knäckebröd, pitepalt, ostkaka, semlor, kroppkakor — toutes anonymes et transmises, et le Flygande Jakob n'y figure pas, alors même que les restaurants d'entreprise le servent au rayon husmanskost, comme le relève la rédaction d'Allt om Mat elle-même.
Les gastronomes y lisent l'exotisme de supermarché de la décennie : banane importée, cacahuète salée, sauce industrielle, un assemblage qualifié d'« anti-épicurien ».
Mais la défense porte des noms lourds.
Magnus Nilsson écrit dans The Nordic Cookbook que peu de plats sont aussi emblématiques et propres à la culture alimentaire suédoise contemporaine.
Richard Tellström, professeur de sciences de l'alimentation et du repas à l'université de Stockholm, tranche sur le détail qui fait le plat — la chilisås doit être celle de Heinz, une sauce tomate sucrée, jamais une sauce pimentée — et rattache la banane à un siècle de politique commerciale suédoise.
Astrid Abrahamsson, rédactrice d'Allt om Mat en 1976, assume sans détour : « tout ce qui est bon d'un coup ».
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Préchauffer le four à 225 °C en chaleur traditionnelle et poser la grille au milieu, puis lancer le riz : deux décilitres de riz long grain pour quatre décilitres d'eau salée à une demi-cuillère à café, à couvert et à feu très doux. Le four doit être réellement à température avant l'enfournement, faute de quoi la crème monte trop lentement, rend son eau et le gratin baigne au lieu de dorer. On entend le riz siffler doucement sous le couvercle et la vapeur sent le grain chaud ; l'eau disparaît en une quinzaine de minutes. La cible est un riz détaché, encore un rien ferme, qui attendra sous son couvercle sans coller. Si le riz a trop bu et s'agglutine, le renverser sur un plat froid et l'aérer à la fourchette : il se détendra en refroidissant un peu.
Le pourquoiL'amidon du riz gélatinise entre 65 et 80 °C en absorbant l'eau ; couper le feu avant l'absorption complète laisse le cœur du grain cru et crayeux.
Poser le poulet grillé encore tiède sur une planche, retirer la peau si elle a molli, détacher les cuisses et les ailes, lever les blancs, puis effilocher toute la chair à la main en morceaux généreux de la taille d'une grosse bouchée. Le geste se fait tiède parce que la chair se sépare alors du squelette sans se déchirer et parce que les sucs restent dans le muscle. La chair sent le grillé, le jus qui perle est clair et jamais rosé. Répartir dans un plat à gratin beurré, en une couche régulière et sans tasser, puis saupoudrer d'une demi-cuillère à café de mélange d'épices italien. La cible : environ six cents grammes de chair pour quatre personnes. Si le poulet a refroidi et s'effiloche mal, le passer trois minutes au four chaud — la gélatine se ramollit de nouveau et les morceaux se libèrent d'eux-mêmes.
Le pourquoiLe collagène des articulations, déjà partiellement converti en gélatine par la cuisson à la broche, se raffermit en refroidissant et recolle la chair à l'os.
Verser deux décilitres de crème entière bien froide dans un bol froid et la fouetter jusqu'au bec souple, surtout pas ferme, puis incorporer un décilitre de chilisås à la maryse, en trois fois, sans casser le volume. Tout le plat se joue ici : la crème fouettée emprisonne de l'air, et c'est cet air qui donne la texture aérée, presque soufflée, de la version de 1976 — celle que les recettes actuelles à la crème liquide ou à la matlagningsgrädde ont abandonnée. Le mélange prend une couleur saumon pâle, légèrement orangée, et forme un ruban qui s'efface lentement. La cible est un appareil mousseux qui tient sur la cuillère sans couler. S'il retombe et redevient liquide, remettre le bol un quart d'heure au froid et refouetter brièvement : il reprendra du corps, sinon tout le sien.
Le pourquoiLe fouettage déplie les protéines de la membrane des globules gras, qui s'agrègent autour des bulles d'air et forment un réseau stable ; poussé plus loin, ce réseau se rompt et la crème vire en beurre.
Éplucher deux bananes mûres mais encore fermes, les couper en deux dans la largeur puis chaque moitié en deux dans la longueur — quatre morceaux par fruit — et les coucher sur le poulet sans les superposer. Des morceaux épais tiennent la cuisson là où des rondelles fines fondent en purée. Napper ensuite tout le plat de l'appareil crème-chilisås en le lissant à la spatule jusqu'aux bords, de sorte qu'aucun fragment de banane n'affleure. La surface devient lisse, rose orangé, et le plat ne doit pas être rempli au-delà des trois quarts. La cible : une couverture régulière d'un bon centimètre. Si l'appareil manque pour couvrir, l'allonger d'une cuillerée de crème plutôt que de chilisås, sous peine de faire basculer l'ensemble dans le sucré.
Le pourquoiLa chaleur convertit l'amidon résiduel de la banane en sucres simples et dégrade les pectines des parois cellulaires ; un fruit déjà trop mûr n'a plus de structure à perdre et se délite en bouillie.
Enfourner au milieu du four à 225 °C pour vingt minutes, sans couvrir, et surveiller dès la quinzième. Le four doit être vif : c'est la chaleur forte et courte qui colore la surface avant que la crème n'ait le temps de trancher. La cuisine sent le lait chaud et la tomate cuite, la surface se bombe légèrement puis se creuse, des taches dorées apparaissent sur les crêtes et le pourtour bouillonne franchement. La cible : un dessus moucheté d'or et de brun clair, une crème encore nappante, aucun cerne d'huile jaune au bord du plat. Si une pellicule grasse s'est malgré tout séparée, sortir le plat, laisser reposer cinq minutes et remuer doucement la surface à la cuillère : l'émulsion se reprend souvent en refroidissant.
Le pourquoiLes réactions de Maillard entre les protéines laitières et les sucres de la banane et de la chilisås dorent la surface dès 150 °C, tandis qu'un maintien prolongé au-delà de 85 °C au cœur fait coaguler les caséines et exsuder la matière grasse.
Pendant que le plat gratine, couper cent quarante grammes de bacon en lanières courtes et les faire revenir à sec dans une poêle froide que l'on monte progressivement en température, en remuant, jusqu'au croustillant franc. Démarrer à froid laisse la graisse fondre avant que la viande ne saisisse, ce qui donne un lard régulièrement croquant plutôt que brûlé dehors et mou dedans. Le son passe du grésillement gras au claquement sec et l'odeur devient nettement fumée. Égoutter aussitôt sur du papier absorbant. La cible : des morceaux rigides qui cassent net sous le doigt. S'ils restent souples, les remettre deux minutes sur feu vif dans la poêle préalablement essuyée de sa graisse fondue.
Le pourquoiLe croustillant procède d'une déshydratation : tant que l'eau du lard n'est pas évaporée, la température de surface plafonne autour de 100 °C et la réaction de Maillard ne peut pas s'installer.
Sortir le plat, attendre une minute que le bouillonnement se calme, puis disperser à la volée le bacon égoutté et un demi-décilitre de cacahuètes grillées salées sur toute la surface, sans les enfoncer. C'est la règle du plat, et Allt om Mat l'écrit dès 1976 : ces deux éléments arrivent après le four pour que le croustillant survive au service. Le contraste est immédiat — la crème tiède et souple sous la dent, le sel sec du lard, la cacahuète qui craque. La cible : une couche visible et généreuse, pas un semis timide. Servir sans attendre avec le riz et la salade verte relevée d'un filet de vinaigre ; si le service doit être différé, garder bacon et cacahuètes à part et ne les répartir qu'une fois le plat posé sur la table.
Le pourquoiLe croustillant est une propriété mécanique fragile : au contact d'une surface humide, l'eau migre par capillarité dans la structure poreuse du produit sec et l'affaisse en quelques minutes.
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Sourcer ou se taire
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