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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
« Enjalmar », c'est mettre le bât à une bête de somme — ici on le met à la poule, sous forme d'une croûte de vieux pain au vin qui sort du four craquante
« Enjalmar » signifie mettre l'enjalma, le bât rembourré qu'on sangle sur le dos d'une mule ; appliqué à la volaille, le mot désigne le fait d'envelopper chaque morceau d'une couverture qui l'habille et le protège au four.
L'inventaire du Ministerio de Cultura le décrit sans ambiguïté : cuisses de poule préalablement marinées « que s'enjalman ou s'enveloppent d'une masse élaborée à partir de pain rassis, de mie de pain, de vin, entre autres ingrédients, portée au four jusqu'à ce qu'elle soit croustillante » (Caldas, MinCultura / Artesanías de Colombia / Tridha, « Colombia Sabe.
Un fogón para un país », 2014).
Le point est tranché : ce n'est ni une panure ni une pâte à frire, c'est une couverture de pain rassis liée au vin, et le plat est un rôti, pas une friture.
Deuxième point, daté et attribué : la gallina enjalmada a remporté le deuxième prix du Premio Nacional a las Cocinas Tradicionales de Colombia 2014 dans la catégorie innovation, présentée par Rosa Helena Macía Mejía, Saúl Andrés Valdés Castillo, Gloria Beatriz Salazar de la Cuesta et Juan Manuel Sarmiento Nova, et le dossier de concours la place explicitement en hommage à Sofía Ospina de Navarro, Tomás Carrasquilla et Justiniano Macías Vélez — les trois auteurs qui ont consigné par écrit les cuisines de la montagne paisa (MinCultura, « Premio Nacional a las cocinas tradicionales de Colombia », 2016, p.
92-99).
Troisième point : le plat ne se sert jamais seul.
Le dossier lauréat impose son cortège — un sango de arracacha et une salade de cidra au poivron, à la carotte, à la coriandre, à l'oignon rouge et à la chulupa.
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Réunir les morceaux de poule avec la moitié du vin, l'oignon rouge, l'ail, le thym, le laurier, du sel et du poivre. Masser, couvrir, et laisser mariner au froid au minimum quatre heures, idéalement toute une nuit. La cible est une chair colorée en surface, parfumée jusque sous la peau. La poule est une viande ferme : la marinade n'est pas décorative, elle prépare une chair qui va cuire longtemps. Si le temps manque, une heure à température ambiante vaut mieux que rien.
Le pourquoiL'acidité du vin dénature partiellement les protéines de surface et facilite la pénétration des composés aromatiques dans les premiers millimètres de chair.
Égoutter les morceaux et les éponger, puis les colorer sur toutes les faces dans une cocotte beurrée à feu vif. Déglacer avec la marinade filtrée, ajouter de l'eau à mi-hauteur, couvrir et cuire à feu doux une heure vingt. La cible est une chair qui commence à se détacher de l'os mais tient encore fermement — pas une poule effilochée. Une poule fermière peut demander vingt minutes de plus : vérifier au couteau plutôt qu'à la montre.
Le pourquoiLe collagène des muscles d'une poule adulte ne se convertit en gélatine qu'après une heure et demie au-dessus de 80 °C — d'où la cuisson préalable, impossible à obtenir au four sous une croûte.
Émietter grossièrement le pain rassis à la main, l'arroser du vin restant et laisser absorber cinq minutes sans écraser. Ajouter la chapelure, le beurre fondu, les œufs battus, le persil, la coriandre, du sel et du poivre. Mélanger du bout des doigts. La cible est une masse humide et grumeleuse, qui se tient quand on la presse mais reste faite de morceaux identifiables. Si elle devient lisse et pâteuse, elle a été trop travaillée : ajouter deux poignées de pain émietté à sec.
Le pourquoiLes fragments de pain rassis, déjà déshydratés, réabsorbent le liquide sans que leur structure alvéolaire s'effondre, ce qui préserve les aspérités qui croustillent au four.
Égoutter les morceaux de poule tiédis et envelopper chacun de fines tranches de lard, en les croisant pour couvrir toute la surface. Fixer d'un tour de ficelle de cuisine si nécessaire. La cible est un morceau entièrement habillé, sans zone de chair nue. Ce bardage n'est pas décoratif : c'est lui qui arrose la volaille de gras fondu pendant le rôtissage sous la couverture, et qui empêche la chair de sécher.
Le pourquoiLe gras du lard fond entre 30 et 45 °C et se dépose en film continu sur la chair, ce qui limite l'évaporation pendant les vingt minutes de four à haute température.
Déposer les morceaux bardés dans un plat, puis presser la masse de pain sur le dessus et les flancs de chacun, en couche d'un bon centimètre. Enfourner à 200 °C pour vingt à vingt-cinq minutes. La cible est une couverture dorée, craquante, qui garde la forme du morceau et ne s'effondre pas quand on la soulève. Si elle colore trop vite, poser une feuille d'aluminium sans serrer — et non baisser le four, qui ne ferait que ramollir l'ensemble.
Le pourquoiÀ 200 °C le beurre et les œufs de la masse coagulent et fixent la structure du pain avant que la vapeur montant de la volaille n'ait le temps de la ramollir.
Pendant le rôtissage, cuire les arracachas à l'eau salée vingt-cinq minutes, les égoutter et les écraser grossièrement à la fourchette avec le hogao — c'est le sango, une purée rustique, volontairement irrégulière. Mélanger à part la cidra en fine julienne, le poivron, la carotte, l'oignon rouge, la coriandre et la pulpe de chulupa, sel et une pointe de sucre. La cible est une purée orangée et grumeleuse d'un côté, une salade croquante et acide de l'autre. Ce sont les deux compagnons imposés par le dossier lauréat.
Le pourquoiL'arracacha contient un amidon à granules fins qui donne une purée soyeuse ; écrasée à la fourchette plutôt que passée au moulin, elle garde des morceaux et ne devient pas collante.
Poser une cuillerée de sango, la salade de cidra à côté, et le morceau enjalmé dessus ou contre, en nappant l'assiette d'un trait du jus réduit. Servir immédiatement : la croûte perd son craquant en dix minutes sous la vapeur du morceau. La cible est une assiette à trois textures — le craquant de l'enjalma, le fondant du sango, le croquant acide de la cidra. C'est un plat de dimanche et de concours, pas un plat de semaine : il demande quatre heures et n'attend pas.
Le pourquoiLa croûte croustillante est une structure sèche : la moindre condensation la réhydrate et la ramollit de façon irréversible.
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Sourcer ou se taire
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