Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Chine · Asie
Un calembour devenu recette : à Ganzhou le vinaigre se dit « petit alcool », et le poisson qui en reçoit s'appelle depuis cinq siècles le petit sauté
Le récit, constant dans les sources locales, situe la scène sous les Ming, quand Wang Yangming — le grand philosophe néoconfucéen, alors gouverneur du sud du Jiangxi — employait un cuisinier du nom de Ling.
Sachant son maître amateur de poisson, celui-ci variait sans cesse les apprêts ; un jour il ajouta du vinaigre à un sauté, le résultat plut, et Wang Yangming demanda le nom du plat.
Le cuisinier, pris de court, répondit 小炒鱼 : à Ganzhou, le vinaigre se dit familièrement 小酒, « petit alcool », et il venait d'inventer un nom qui voulait dire « poisson sauté au petit alcool ».
Le nom est resté, le jeu de mots s'est perdu, et presque personne ne sait plus aujourd'hui que le mot 炒 du titre n'a rien à voir avec le sauté.
Aucune source du seizième siècle ne vient étayer la scène et elle relève du récit de fondation ; ce qui est en revanche solide, c'est l'ancrage du plat dans le répertoire officiel du Gannan, où les sources provinciales le donnent pour le premier plat de la ville.
Le second point est technique et sépare ce poisson de son homonyme le plus célèbre, le poisson au vinaigre du lac de l'Ouest, déjà présent dans cet atlas : celui de Hangzhou est poché entier puis nappé d'une sauce claire aigre-douce, celui de Ganzhou est tronçonné, frit pour être raffermi, puis sauté au wok avec du piment et du gingembre, le vinaigre n'arrivant qu'en fin de course.
L'un est un plat de banquet lettré, l'autre un plat de wok.
Enfin, aucune inscription au patrimoine culturel immatériel n'a pu être confirmée pour cette préparation, contrairement aux nouilles de poisson du même district voisin.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Détailler les filets en morceaux d'environ quatre centimètres, en gardant la peau, puis les mélanger au sel, au vin de riz et au blanc d'œuf et laisser reposer un quart d'heure. La chair se raffermit et l'odeur de rivière s'atténue. Le blanc d'œuf n'est pas facultatif : il forme avec la fécule la pellicule qui protégera le poisson à la friture.
Le pourquoiLes protéines du blanc d'œuf coagulent à la friture en formant une barrière qui limite la perte d'eau de la chair.
Saupoudrer la fécule sur les morceaux marinés et mélanger délicatement pour qu'ils en soient uniformément voilés, sans excès de poudre sèche. L'enrobage doit être fin : une couche épaisse formerait une croûte pâteuse qui se détacherait dans le wok. Laisser reposer deux minutes le temps que la fécule s'humecte au contact de la marinade.
Le pourquoiL'amidon gélatinise instantanément dans l'huile chaude et scelle la surface, empêchant la chair de rendre son eau.
Chauffer l'huile et y plonger les morceaux, en deux fournées, jusqu'à ce qu'ils soient raidis et à peine dorés. Ils remontent et le grésillement s'apaise. Il ne s'agit pas de les cuire à cœur mais de les raffermir : ils finiront au wok, et une friture poussée donnerait un poisson sec au moment du service.
Le pourquoiLa coagulation rapide des protéines de surface crée une structure qui résistera aux manipulations du sauté ultérieur.
Vider l'huile de friture en n'en gardant que deux cuillerées, chauffer le wok à blanc et y jeter les lamelles de gingembre, les piments rouges et les tronçons de ciboule. Ils crépitent immédiatement et embaument en quelques secondes. Le feu est vif du début à la fin : c'est un sauté, pas un mijoté, et l'ensemble de l'opération se compte en minutes.
Le pourquoiLa très haute température du wok volatilise instantanément les composés aromatiques des aromates et les fixe dans le film d'huile.
Remettre les morceaux frits dans le wok et les faire sauter en les retournant à la spatule par en dessous, sans jamais les écraser. Ils reprennent chaleur et se colorent des aromates. L'opération dure moins d'une minute : le poisson est déjà presque cuit et tout ce qu'on cherche ici, c'est le contact avec le gras parfumé.
Le pourquoiLe contact bref avec le film d'huile aromatisé transfère les composés volatils à la surface du poisson sans prolonger sa cuisson.
Verser le vin de riz sur le bord brûlant du wok, laisser s'évaporer une seconde, puis ajouter la sauce soja et le sucre. Enfin, hors du feu vif ou juste avant de couper, verser le vinaigre — toujours par le bord, jamais au centre. Le parfum monte d'un coup : c'est le geste qui donne son nom au plat et il se fait à la dernière seconde.
Le pourquoiL'acide acétique et les esters du vinaigre sont très volatils et se perdent en quelques secondes d'ébullition, d'où l'ajout en toute fin.
Verser la fécule délayée en filet, en secouant le wok, jusqu'à ce que la sauce accroche tout juste aux morceaux. Le liage doit rester quasi invisible : une cuillerée suffit, et l'objectif est que la sauce tienne sur le poisson au lieu de s'accumuler au fond de l'assiette, pas de l'enrober d'une gangue épaisse. Le wok doit rester presque sec à la fin.
Le pourquoiUne faible concentration d'amidon gélatinisé augmente la viscosité juste assez pour l'adhérence, sans opacifier ni masquer les arômes.
Faire glisser le contenu du wok dans un plat chaud et servir immédiatement, avec du riz blanc. Le plat ne se réchauffe pas et ne se transporte pas : le poisson ramollit et le vinaigre disparaît en quelques minutes. C'est un sauté de wok au sens strict, servi dans la minute qui suit la cuisson.
Le pourquoiLa chair de poisson frite puis sautée continue de perdre son eau au repos, ce qui ramollit rapidement l'enrobage.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.