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Atlas Culinaire · Autriche · Vienne
La couronne cannelĂ©e Ă trou central de la Kaffeehaus-Kultur viennoise â pĂąte levĂ©e au beurre piquĂ©e de raisins, moule chemisĂ© d'amandes effilĂ©es et neige de sucre glace
Avant mĂȘme que Vienne n'existe sous ce nom, le moule qui donnerait au Gugelhupf sa silhouette avait dĂ©jĂ traversĂ© des siĂšcles. Des fouilles archĂ©ologiques Ă Carnuntum, l'ancien camp lĂ©gionnaire romain Ă une trentaine de kilomĂštres de l'actuelle capitale autrichienne, ont mis au jour des moules en bronze cannelĂ©s Ă cheminĂ©e centrale datant d'environ deux mille ans. La forme Ă©tait lĂ , presque identique Ă celle que l'on trouve aujourd'hui dans chaque cuisine autrichienne : la roue de soleil creuse, le moule Ă couronne que les Romains garnissaient dĂ©jĂ de pĂątes sucrĂ©es ou Ă©picĂ©es au miel.
Le nom lui-mĂȘme porte l'histoire. Le mot Gugelhupf dĂ©rive du vieux haut-allemand "gugel" â la capuche pointue des moines et des pĂšlerins mĂ©diĂ©vaux â et de "hopf", forme dialectale pour Hefe, la levure. Un gĂąteau en forme de capuche levĂ© par la fermentation : l'Ă©tymologie dessine la recette entiĂšre avant qu'on ait ouvert un livre de cuisine.
C'est pourtant au XIXe siĂšcle viennois, sous le Biedermeier et l'Ăšre de François-Joseph Ier, que le Gugelhupf atteint sa gloire absolue. Le moule cannelĂ© envahit les cuisines bourgeoises, les fours des Konditoreien, les tables du dimanche dans tout l'Empire austro-hongrois â de Vienne Ă Prague, de Budapest Ă Cracovie. Les livres de cuisine de l'Ă©poque, dont le monumental Viennese Cook Book de Katharina Prato (1858), lui consacrent des pages entiĂšres avec des variantes Ă la levure de boulanger, aux amandes, aux raisins de Corinthe trempĂ©s dans le rhum.
La lĂ©gende la plus attachante du Gugelhupf viennois implique l'Empereur en personne. François-Joseph Ier, rĂ©putĂ© pour ses habitudes matinales spartaniates, aurait trouvĂ© dans le salon de la comĂ©dienne Katharina Schratt la seule vraie douceur de sa vie publique. L'ImpĂ©ratrice Ălisabeth elle-mĂȘme avait arrangĂ© cette amitiĂ© en 1885, comme une porte de sortie offerte Ă un mari trop rigide. Schratt servait Ă l'Empereur, lorsqu'il venait prendre son cafĂ© du matin Ă sa villa d'Hietzing ou Ă la Villa Felicitas de Bad Ischl, un Gugelhupf prĂ©parĂ© selon la recette de sa mĂšre. Par prudence â car les boulangeries ont leurs jours sans inspiration â, elle commandait en parallĂšle un "Gugelhupf de rĂ©serve" Ă la Konditorei Zauner, la confiserie historique de Bad Ischl. C'est ce double rituel, public et intime, qui donna naissance au Kaisergugelhupf : une pĂąte levĂ©e au beurre, aux raisins et aux amandes effilĂ©es, cuit dans le moule Ă couronne qui porte dĂ©sormais le nom de l'Empereur.
Aujourd'hui, le Gugelhupf trĂŽne au centre de la Kaffeejause viennoise, ce moment de l'aprĂšs-midi suspendu entre le travail et le soir oĂč l'on s'asseoit, oĂč l'on respire, oĂč l'on mange quelque chose de doux. Il incarne ce que les Viennois nomment la GemĂŒtlichkeit â une convivialitĂ© Ă©paisse comme la pĂąte briochĂ©e, aussi impossible Ă traduire que la recette elle-mĂȘme.
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Ămietter la levure fraĂźche dans le lait tiĂšde, ajouter une cuillĂšre de sucre et un peu de farine prĂ©levĂ©e sur les 500 g. Fouetter en pĂąte fluide, couvrir et laisser pousser au chaud jusqu'Ă ce que la surface mousse et se craquĂšle.
Battre le beurre pommade avec le sucre et le sucre vanillĂ© jusqu'Ă une masse claire et mousseuse, puis incorporer les jaunes d'Ćufs un Ă un en continuant de fouetter. C'est l'abaissse riche du Germteig.
Ajouter le Dampfl mûr, le zeste de citron et le sel à la masse beurre-jaunes, puis incorporer le reste de la farine. Travailler en une pùte levée souple, lisse et légÚrement collante.
Monter les blancs d'Ćufs en neige bien ferme avec une pincĂ©e de sel. Les plier dĂ©licatement dans la pĂąte avec les raisins secs Ă©gouttĂ©s (prĂ©alablement macĂ©rĂ©s au rhum), par mouvements de bas en haut.
Badigeonner généreusement de beurre fondu le moule à Gugelhupf cannelé à cheminée centrale, puis le tapisser d'amandes effilées en les faisant adhérer à toute la paroi, cheminée comprise.
Verser la pùte dans le moule sans dépasser les deux tiers, lisser la surface. Couvrir d'un linge et laisser pousser au chaud, à l'abri des courants d'air, jusqu'à ce qu'elle monte presque au bord du moule.
Enfourner Ă 170-180°C (chaleur tournante) pour 40 Ă 45 minutes, jusqu'Ă ce que la couronne soit dorĂ©e et qu'une brochette plantĂ©e au cĆur ressorte sĂšche. Couvrir d'aluminium si le dessus colore trop vite.
Laisser tiédir quelques minutes, puis démouler sur une grille, amandes apparentes. Laisser refroidir, puis saupoudrer généreusement de sucre glace juste avant de servir avec un café viennois.
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