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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Le bol que Xi'an réserve à ceux qui aiment l'abat : un gros intestin lavé une dizaine de fois, et un pain qu'on n'immerge jamais mais qu'on arrose
Dans le bol au mouton du quartier musulman, déjà présent dans cet atlas, le pain émietté part cuire dans le bouillon et en ressort gonflé.
Ici, rien de tel : le pain est disposé au fond, l'intestin tranché, le porc, le poulet et les vermicelles par-dessus, et le cuisinier verse du bouillon bouillant sur l'ensemble puis le reverse dans la marmite, trois ou quatre fois de suite, jusqu'à ce que la chaleur ait traversé le bol.
Le pain s'attendrit sans jamais se déliter et garde du mordant.
Confondre les deux gestes, c'est obtenir une bouillie.
Le deuxième point est le seul qui compte vraiment pour la réussite : le nettoyage du gros intestin, que les sources locales décrivent en une dizaine d'opérations successives — retournement, dégraissage, frottage au sel et à la farine, rinçages répétés, blanchiments — et dont dépend entièrement le fait que le plat soit délicieux ou immangeable.
Il n'existe aucun raccourci.
Troisième point, celui de la légende : le nom viendrait du médecin Sun Simiao, le roi des remèdes des Tang, qui aurait trouvé la préparation d'un marchand trop grasse et malodorante et lui aurait laissé une gourde emplie de plantes médicinales pour la corriger ; en reconnaissance, le marchand aurait baptisé son plat « tête de gourde ».
Aucune source d'époque ne l'atteste, l'explication concurrente étant simplement que la portion la plus prisée de l'intestin, renflée, a la forme d'une gourde.
La légende se raconte, elle ne s'affirme pas.
Sur le statut enfin, la formulation exacte compte : ce qui est inscrit au deuxième lot du 非物质文化遗产 provincial du Shaanxi, en juin 2009, est la SÉRIE de savoir-faire d'une maison — le 春发生 — et non le plat pris isolément.
C'est la même logique que la doctrine pékinoise déjà documentée dans cet atlas : on classe des enseignes et des répertoires, pas des recettes.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Retourner le gros intestin comme une chaussette, à l'aide d'une baguette, et retirer au couteau toute la graisse et les membranes accrochées à la paroi interne. L'opération est longue et ingrate. C'est pourtant la première d'une dizaine que les sources locales décrivent, et elle conditionne tout : la graisse interne est le principal réservoir d'odeur.
Le pourquoiLa graisse périviscérale et le mucus retiennent les composés soufrés et les amines responsables de l'odeur caractéristique des abats.
Frotter énergiquement l'intestin retourné avec du sel gros, puis avec de la farine, puis rincer, et recommencer autant de fois qu'il le faut en terminant par un passage au vinaigre. Le sel décolle le mucus, la farine capte le gras résiduel. L'eau de rinçage sort d'abord trouble et grise, puis de plus en plus claire : c'est le seul indicateur fiable.
Le pourquoiLe sel agit par abrasion et par osmose sur la couche de mucus, la farine par adsorption sur les lipides, et le vinaigre neutralise les amines volatiles.
Plonger l'intestin dans une grande eau froide avec du gingembre et porter à frémissement, écumer abondamment, puis jeter cette eau et rincer à l'eau tiède. Il se raffermit et blanchit. Ce blanchiment est le dernier filtre : ce qui n'est pas parti à ce stade ne partira plus, et un intestin qui sent encore après cette étape se jette.
Le pourquoiL'ébullition dénature les protéines de surface et volatilise les composés odorants résiduels, qui remontent avec l'écume.
Réunir les os, la couenne, la poitrine de porc, le blanc de poulet et les épices en nouet, couvrir largement d'eau et laisser cuire longuement à frémissement soutenu. Le bouillon blanchit, s'épaissit et prend du corps. Il doit être franchement corsé : il sera versé et reversé plusieurs fois sur le bol et c'est lui, et lui seul, qui apportera la chaleur et le goût.
Le pourquoiL'agitation disperse les globules gras dans la phase aqueuse et la gélatine des os les stabilise, produisant l'émulsion qui donne l'aspect laiteux.
Plonger l'intestin blanchi dans le bouillon et le laisser mijoter jusqu'à ce qu'il soit tendre sous la dent sans être mou. Il prend la couleur du bouillon et devient translucide sur les bords. Le point de cuisson est étroit : sous-cuit il est caoutchouteux, surcuit il se défait et perd toute tenue à la découpe.
Le pourquoiLe collagène de la paroi intestinale s'hydrolyse en gélatine autour de quatre-vingts degrés, ce qui attendrit sans dissoudre la structure musculaire.
Casser les galettes à la main en morceaux de la taille d'un ongle et en tapisser le fond d'un grand bol. Trancher l'intestin en biais, disposer les tranches avec le porc et le poulet effilochés sur le lit de pain, ajouter les vermicelles. Le pain se casse à la main et jamais au couteau : la surface déchirée boit le bouillon, la surface tranchée le repousse.
Le pourquoiUne surface de rupture irrégulière multiplie la surface d'échange et les capillaires ouverts, ce qu'une coupe nette referme.
Verser une grande louche de bouillon bouillant sur le bol garni, laisser quelques secondes, puis reverser le liquide dans la marmite à travers une passoire. Recommencer trois ou quatre fois. Chaque tour élève la température du bol sans y laisser d'excès de liquide, et le pain s'attendrit progressivement de l'extérieur vers le cœur. C'est ce geste, et non un mijotage, qui définit le plat.
Le pourquoiLes arrosages successifs transfèrent la chaleur par convection sans immersion prolongée, ce qui hydrate le pain sans dissoudre son amidon de surface.
Verser une dernière louche de bouillon qu'on laisse cette fois dans le bol, parsemer de coriandre et servir immédiatement avec les condiments à part : gousses d'ail cru, huile pimentée et vinaigre du Shaanxi. Chacun assaisonne à sa main, et l'ail cru croqué entre deux cuillerées est l'usage local, pas une excentricité. Le vinaigre se verse par filets successifs plutôt qu'en une fois.
Le pourquoiL'allicine libérée par la mastication de l'ail cru agit sur la perception du gras beaucoup plus vivement qu'un ail dissous dans un liquide chaud.
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Sourcer ou se taire
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