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Atlas Culinaire · Nouvelle-Calédonie · Cuisine kanak
Le tubercule qui donne l'heure â les ignames cuites entiĂšres dans la braise ou au four de pierres, ouvertes brĂ»lantes et noyĂ©es de lait de coco frais
Pour comprendre ce plat, il faut renoncer Ă le voir comme un accompagnement. Chez les Kanak, l'igname ne suit pas le calendrier : elle EST le calendrier. La Direction de l'Enseignement de la Nouvelle-CalĂ©donie en publie le dĂ©coupage, et il tient l'annĂ©e entiĂšre. D'avril Ă juin, on prĂ©pare le champ, on dĂ©friche et on laboure. De juillet Ă septembre, on trie les semences et on plante. D'octobre Ă dĂ©cembre, on tuteure et on protĂšge. De janvier Ă mars vient la rĂ©colte, et avec elle les rituels des prĂ©mices. Puis les cĂ©lĂ©brations de l'igname nouvelle essaiment Ă travers le pays jusqu'en juin selon les aires coutumiĂšres, et jusqu'en juillet aux Ăles LoyautĂ©, aprĂšs la rĂ©colte des tubercules.
La ligne de fracture est simple à énoncer : pÚle-t-on l'igname avant de la cuire ? La tradition dit non.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Passez les ignames sous l'eau froide et brossez-les énergiquement pour chasser la terre et les radicelles. Ne les pelez pas : la peau reste, c'est elle qui fait le plat.
Le pourquoiLa peau joue le rÎle du papier d'argent : elle enferme l'humidité pendant l'heure et demie de cuisson et elle encaisse la fumée de la braise, qu'elle transmet à la chair. Pelée, l'igname sÚche et ne prend aucun goût.
Avec la pointe d'un couteau, tracez trois ou quatre entailles superficielles, cinq millimĂštres Ă peine, sur la longueur de chaque tubercule.
Le pourquoiLa chair gorgée d'eau se dilate en chauffant et la vapeur cherche à sortir. Sans issue, elle fait éclater le tubercule dans le foyer. Les entailles sont sa soupape.
La tradition veut le four de pierres, ou tout simplement les braises du foyer : on enfouit les ignames dedans et on les laisse une heure Ă une heure et demie. Ă la maison, un four Ă 200°C en chaleur statique fait trĂšs bien l'affaire â posez-les Ă mĂȘme la grille, sans plaque ni papier, et comptez le mĂȘme temps.
Le pourquoiSous la braise comme au four, c'est une chaleur sĂšche et rayonnante qui travaille. Elle dĂ©shydrate lentement la surface pendant que le cĆur cuit Ă la vapeur de sa propre eau : c'est ce double mouvement qui donne une croĂ»te fumĂ©e et un cĆur farineux et fondant.
Enfoncez la pointe d'un couteau au plus épais : elle doit traverser sans la moindre résistance, comme dans une purée. à la moindre fermeté, remettez un quart d'heure et retestez.
Le pourquoiL'amidon de l'igname ne devient digeste et fondant qu'une fois complĂštement gĂ©latinisĂ©, et ça prend du temps. Une igname Ă moitiĂ© cuite est crayeuse au centre, dĂ©sagrĂ©able et lourde Ă digĂ©rer â il n'y a pas de demi-mesure ici.
Pendant que le four travaille, mélangez dans un pichet le lait de coco frais et épais, une bonne pincée de sel et les oignons nouveaux finement ciselés. Laissez à température ambiante.
Le pourquoiLe lait de coco est laissé à température exprÚs : versé froid sur une igname brûlante, il figerait en surface au lieu de descendre dans la chair ouverte.
Sortez-les et laissez-les tiĂ©dir cinq minutes â elles sont brĂ»lantes Ă cĆur bien plus longtemps qu'on ne le croit. Fendez-les sur la longueur et Ă©crasez lĂ©gĂšrement la chair Ă la fourchette, Ă l'intĂ©rieur mĂȘme de la peau, sans la percer.
Le pourquoiĂcraser la chair sur place crĂ©e mille anfractuositĂ©s qui vont boire le lait de coco. La peau, elle, sert de rĂ©cipient : elle retient le liquide au lieu de le laisser filer dans l'assiette.
Versez le lait de coco frais directement dans la chair ouverte, généreusement, et laissez-le descendre. Un tour de gros sel par-dessus. Servez immédiatement, tant que ça fume.
Le pourquoiLa chaleur de la chair fait fondre le gras du coco Ă l'instant du contact et l'aspire dans les fibres. C'est la seule fenĂȘtre oĂč ça se produit : Ă peine tiĂšde, le lait reste posĂ© en surface et le plat n'est plus le mĂȘme.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
MĂȘme four, mĂȘme braise, autre tubercule â et tout le rang social change. La patate douce kumala est nourriciĂšre et quotidienne ; l'igname est cĂ©rĂ©monielle et structure le calendrier coutumier. On les cuit de la mĂȘme façon, on ne les sert pas dans les mĂȘmes moments.
Voir la recette âCousineLe manioc Ă la braise partage avec l'igname la cuisson la plus dĂ©pouillĂ©e qui soit : un tubercule, du feu, du sel. La diffĂ©rence est dans la chair â le manioc, plus dense et plus fibreux, se mange nature au citron vert, lĂ oĂč l'igname appelle le lait de coco.
Voir la recette âVarianteL'igname seule au four kanak, c'est le bougna rĂ©duit Ă son axe. L'igname n'est pas un fĂ©culent parmi d'autres dans la culture kanak : son cycle rythme le calendrier coutumier, et les rituels des prĂ©mices, qui accompagnent la rĂ©colte de janvier Ă mars, en font le cĆur de l'annĂ©e coutumiĂšre. MĂȘme four, mĂȘme feu, tout le reste retirĂ©.
Voir la recette âCousineLes deux piliers du champ kanak, traitĂ©s Ă l'opposĂ©. L'igname passe Ă la braise sĂšche, seule, et garde son rang cĂ©rĂ©moniel. Le taro mijote dans l'eau puis dans le coco, et reste le plat de tous les jours. Le prĂ©sidium Slow Food de Lifou, fondĂ© en 2009, dĂ©fend prĂ©cisĂ©ment les deux ensemble : ce sont les tubercules quotidiens qui reculent devant le riz.
Voir la recette âSourcer ou se taire
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