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Atlas Culinaire · Nouvelle-Calédonie · Cuisine kanak
Le cĆur battant de la cuisine kanak â tubercules de la terre rouge, lait de coco fraĂźchement extrait, viande de roussette ou poulet, le tout mijotĂ© pendant 2 heures sous les pierres brĂ»lantes du four enterrĂ©.
Plat emblĂ©matique de la culture kanak (peuple autochtone mĂ©lanĂ©sien de Nouvelle-CalĂ©donie), au cĆur de dĂ©bats identitaires et politiques. (1) ĂTYMOLOGIE DREHU : 'bougna' vient du mot drehu 'puhnya' = 'paquet' ou 'bundle' (langue de Lifou, Ăles LoyautĂ©). Le terme s'est gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă toutes les langues kanak (28 langues vernaculaires reconnues) et au français calĂ©donien. (2) PLAT DE LA CULTURE KANAK MAIS PAS PLAT NATIONAL : la Nouvelle-CalĂ©donie est un territoire français au statut institutionnel particulier (accord de NoumĂ©a 1998, rĂ©fĂ©rendums 2018-2021). Le bougna est revendiquĂ© par les Kanak comme leur patrimoine culturel â appropriation par les Caldoches (descendants colons français) parfois mal vĂ©cue. Le bougna n'est pas le 'plat national' officiel : c'est LE plat kanak. Distinction politique. (3) FOUR KANAK vs BOUGNA MARMITE : tradition stricte = four kanak (fosse 60 cm + pierres chauffĂ©es 2h + paquets bananier + couverture terre). Le bougna marmite (cuit en cocotte sur le feu) est une version 'urbaine' adoptĂ©e Ă NoumĂ©a par praticitĂ© â acceptĂ© mais considĂ©rĂ© comme dĂ©gradĂ© par les anciens des Ăźles LoyautĂ©. (4) ROUSSETTE (CHAUVE-SOURIS FRUGIVORE) : viande traditionnelle = roussette (Pteropus ornatus, chauve-souris frugivore, 'flying fox'), poulet ou poisson. La roussette est protĂ©gĂ©e mais sa chasse est autorisĂ©e 2 fois par an (juin-octobre) pour les Kanak â symbole de la chasse traditionnelle. Aujourd'hui, poulet domine pour praticitĂ©. (5) IGNAME = ARBRE DE VIE KANAK : l'igname (Dioscorea alata) n'est pas un simple tubercule â c'est l'AXE COSMIQUE de la culture kanak. Cycle de l'igname structure le calendrier rituel (fĂȘte de l'igname nouvelle = mars-avril, cĂ©rĂ©monie majeure). Bougna sans igname = sacrilĂšge. (6) FEUILLES DE BANANIER OBLIGATOIRES : double couche, pliage en croix kanak. Sans bananier = perte de la dimension symbolique 'paquet venu de la terre nourriciĂšre'. (7) PIERRES VOLCANIQUES : pierres de basalte ou roches de riviĂšre, surtout pas calcaires (explosent Ă la chaleur). Tradition = ramasser les pierres au lit de la riviĂšre la plus proche. (8) GENRES DANS LA CUISSON : Ă Lifou, les femmes prĂ©parent les paquets, les hommes creusent la fosse et gĂšrent les pierres â rĂ©partition genrĂ©e stricte. Ă NoumĂ©a diaspora, dĂ©mocratisĂ©.
Servi avec un Manou Tropical (jus de fruits calĂ©doniens) ou une Number One biĂšre (brassĂ©e Ă NoumĂ©a depuis 1989). Pour version cĂ©rĂ©monielle : kava du Vanuatu (importĂ©, plus fort que le kava fidjien). Pour les enfants : eau de coco fraĂźche directement dans la noix. Fromage : pas de tradition fromage kanak â alternative caldoche : Bondard du Mont-Dore.
10/10 â plat emblĂ©matique de la culture kanak, servi lors des cĂ©rĂ©monies coutumiĂšres (mariage, deuil 'la coutume', fĂȘte de l'igname nouvelle mars-avril, anniversaires de chefferie). Star de tous les hĂŽtels touristiques calĂ©doniens (Le MĂ©ridien Ăle des Pins, Sheraton Deva), du Festival des Arts MĂ©lanĂ©siens, du Centre Culturel Tjibaou (NoumĂ©a, Renzo Piano architecte). PrĂ©sent sur toutes les cartes des restaurants 'tribu' (Nekweta Tribu, Lifou Tribu Wenedjy). RĂ©fĂ©rence dans la diaspora kanak en France (~5000 personnes), Australie, Sydney. DocumentĂ© par Office du Tourisme NC, anthropologue Alban Bensa, Wikipedia EN, plusieurs blogs spĂ©cialisĂ©s Pacifique Sud.
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Avec gants (sĂšve irritante) : Ă©plucher l'igname (peau brune Ă©paisse) et la couper en gros morceaux de 5-6 cm. Ăplucher le taro et le couper en cubes de 3 cm. Ăplucher la patate douce, cubes de 3 cm. Ăplucher les bananes plantain mĂ»res, couper chacune en 3 tronçons. RĂ©server tous les tubercules dans un grand saladier d'eau froide pour Ă©viter l'oxydation. Ăgoutter avant utilisation. Peser le total : env. 1,7 kg.
Découper le poulet en 6-8 morceaux (cuisses, ailes, hauts de cuisse). Saler généreusement chaque morceau (1 c.à .c. de sel total), poivrer si version moderne. Frotter avec 1 gousse d'ail haché. Réserver 15 min à température ambiante. Si poisson entier : vider, écailler, inciser la peau en croix, frotter de sel et citron vert.
Si noix fraĂźche : casser, extraire la chair, rĂąper finement. Verser 350 ml d'eau tiĂšde sur la pulpe, mĂ©langer 5 min. Presser Ă travers un linge fin propre dans un bol â rĂ©cupĂ©rer 500 ml de lait Ă©pais blanc neige. Ă dĂ©faut : 500 ml de conserve premium agitĂ©e. Le lait extrait Ă la main est PLUS gras et plus parfumĂ© â diffĂ©rence majeure au goĂ»t final.
Couper 4 grands rectangles de feuille de bananier (40x30 cm). Pour les assouplir : passer briĂšvement (10 sec) au-dessus d'une flamme â le vert s'intensifie, la feuille devient pliable. Essuyer avec un linge humide. Sur le plan de travail, Ă©taler 2 feuilles en croix (l'une horizontale, l'autre verticale au-dessus, pour double couverture).
Au centre des feuilles de bananier en croix, dĂ©poser en STRATES : 1) couche d'igname et taro au fond (les plus durs, les plus longs Ă cuire) ; 2) couche de morceaux de poulet ; 3) couche de patate douce et bananes plantain ; 4) tomates en quartiers, oignons en lamelles, cive Ă©mincĂ©e, ail (option), persil (option) Ă©parpillĂ©s sur le dessus. Saler entre chaque strate avec une pincĂ©e de sel. Verser doucement les 500 ml de lait de coco par-dessus, qui imbibera tout. Replier les feuilles de bananier en paquet rectangulaire. Ficeler en 4 sens (croix). Ce paquet gĂ©ant, c'est LE bougna â entitĂ© unique, partagĂ©e Ă 6.
VRAI FOUR KANAK : creuser fosse 60 cm de profondeur, allumer feu de bois durs (cocotier, gaĂŻac), poser 12-15 pierres volcaniques (basalte, taille du poing), attendre 2h jusqu'Ă pierres blanches. Retirer cendres avec une branche verte. Ătaler la moitiĂ© des pierres au fond. DĂ©poser le paquet bougna par-dessus. Recouvrir des autres pierres. Recouvrir de feuilles de bananier, puis de toile de jute mouillĂ©e, puis de terre (geste hommes). Cuire 2h30 minimum. Ouverture cĂ©rĂ©monielle par le patriarche â geste collectif sacrĂ©.
ALTERNATIVE NOUMĂA : dĂ©poser 1 cm de lait de coco au fond d'une grande cocotte en fonte. Y dĂ©poser le paquet bougna entier (ne pas dĂ©monter). Verser 100 ml d'eau autour. Couvrir hermĂ©tiquement. Cuire Ă FEU DOUX (thermostat 4-5) pendant 2h en vĂ©rifiant qu'il reste du liquide au fond toutes les 30 min. Le paquet doit Ă©tuver, pas frire. Au bout de 2h, ouvrir : tout doit ĂȘtre tendre et imbibĂ©.
Sortir le bougna entier sur un grand plat de service. Couper la ficelle. DĂ©plier les feuilles de bananier en CROIX, lentement, geste cĂ©rĂ©moniel â les arĂŽmes s'Ă©lĂšvent, fumĂ©e + coco + igname grillĂ©e. Sans toucher aux strates : laisser chaque convive piocher avec ses doigts ou une cuillĂšre Ă servir. Servir IMMĂDIATEMENT avec une coupe de kava (cĂ©rĂ©moniel) ou une biĂšre Number One (festif). Le bougna se mange Ă la main au village kanak â geste Ă respecter.
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Sourcer ou se taire
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