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Atlas Culinaire · Autriche · Europe
Crêpe déchirée à la fourchette, saupoudrée sucre glace, servie avec Zwetschgenröster : attribuée à l'Empereur François-Joseph selon Austria.info, ou à une femme de chambre maladroite selon Leo Baeck Institute.
Il était une fois, au fond des alpages tyroliens et des cuisines paysannes de l'arc alpin, un geste simple : des restes de pâte à crêpe jetés à la poêle, déchirés à la fourchette faute de vaisselle convenable, saupoudrés d'un peu de sucre et mangés chauds. Ce plat de pauvre, que les bûcherons et les bergers de Haute-Autriche appelaient Holzfällerschmarrn, n'avait d'autre ambition que de rassasier des hommes fatigués. Le mot « Schmarrn » lui-même dit tout : en dialecte autrichien, il signifie « bêtise », « fatras », « n'importe quoi ». Ce n'est qu'un gâchis, et c'est précisément pour ça qu'il est parfait.
La légende impériale, elle, est moins humble — et nettement plus disputée. Quatre versions coexistent, aucune historiquement prouvée, toutes délicieuses à raconter. La plus célèbre : lors d'une chasse dans le Salzkammergut, vers Bad Ischl — résidence d'été favorite de l'Empereur François-Joseph Ier — un modeste Holzfällerschmarrn fut servi à Sa Majesté. Pour l'honorer, le cuisinier improvisa : il ajouta du lait entier, des raisins dorés trempés au rhum, des blancs d'œufs montés en neige. L'Empereur goûta, eut le regard qui brille, et réclama le plat à chaque visite. De la chaume à la Hofburg, il n'y avait qu'un aller sans retour.
La deuxième légende est plus cinglante : le pâtissier de la cour rate sa crêpe impériale — trop épaisse, trop déchirée — et la sert en tremblant. L'Empereur, bienveillant ou affamé, la dévore avec enthousiasme. La troisième version implique l'Impératrice Sissi : obsédée par sa ligne, elle refuse le dessert sucré qu'on lui avait préparé. L'Empereur s'en saisit avec ces mots désormais gravés dans le folklore : « Was hat uns denn der Leopold da wieder für einen Schmarrn gemacht ? » — « Quelle bêtise Leopold nous a-t-il encore cuisinée ? » La quatrième version, plus politique, voit dans le plat une métaphore de l'Empire lui-même : un gâchis délibéré, déchiré, mais tenu ensemble par le sucre et le beurre.
Ce qui est certain, en revanche, c'est la codification : le Bundesministerium für Land- und Forstwirtschaft autrichien le classe officiellement parmi les « Traditionelle Lebensmittel », et le plat figure sur les menus de la Hofburg viennoise dès les années 1860. Salzbourg et Vienne se disputent encore la paternité — les Salzbourgeois arguent de la résidence impériale de Bad Ischl, les Viennois de leur Kaffeehaus — et l'office du tourisme autrichien a tranché avec diplomatie : « plat impérial autrichien », sans région unique.
Aujourd'hui, le Kaiserschmarrn est partout : dans les Kaffeehäuser historiques du Ring (Café Central, Café Demel, Café Sacher), dans les Almhütten enneigées du Tyrol, dans les brasseries de village du Mostviertel. On le sert en dessert ou comme plat sucré principal — une assiette de Kaiserschmarrn fumant avec son Zwetschkenröster (compote de prunes chaude) est, à 14h après le ski, l'un des rituels les plus tendres de l'hiver alpin. Et chaque cuisinier qui le prépare rejoue, sans le savoir, le geste du bûcheron et l'erreur glorieuse du pâtissier impérial.
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Verser les raisins secs dans un petit bol, recouvrir de rhum brun, laisser gonfler 30 min. Pendant ce temps : mettre les quetsches dénoyautées dans une casserole avec sucre, cannelle, clous de girofle, jus de citron et 50 ml d'eau. Couvrir, cuire à feu doux 15 min jusqu'à compote épaisse. Retirer les clous de girofle. Réserver chaud.
Dans un saladier, fouetter les 4 jaunes avec 30 g de sucre fin et le sucre vanillé jusqu'à blanchiment. Verser le lait tiède en filet. Ajouter le zeste de citron râpé. Incorporer la farine tamisée en fouettant pour éviter les grumeaux. La pâte doit être lisse et fluide. Laisser reposer 10 min couvert.
Dans un bol propre et sec, monter les 4 blancs en neige FERME avec une pincée de sel — ils doivent former un bec d'oiseau ferme à l'extraction du fouet. Incorporer DÉLICATEMENT à la pâte aux jaunes en 3 fois, à la maryse, mouvement enveloppant du bas vers le haut. La pâte doit rester aérienne et bombée.
Dans une grande poêle (28 cm minimum) anti-adhésive ou en fonte, faire fondre 40 g de beurre à feu moyen. Saupoudrer 20 g de sucre cristallisé sur le beurre fondu — laisser caraméliser 1 min jusqu'à coloration ambre clair. Égoutter les raisins secs (réserver le rhum) et les disposer en pluie sur le caramel.
Verser TOUTE la pâte d'un coup sur le caramel-raisins. Niveler grossièrement à la maryse. Laisser cuire à feu MOYEN-DOUX 4 à 5 minutes sans toucher — la pâte doit prendre dessous, gonfler, dorer en formant une croûte. Le dessus reste légèrement crémeux.
Décoller les bords avec une spatule. Avec deux fourchettes, retourner grossièrement le Schmarrn (en quatre morceaux suffit, pas besoin de retournement parfait). Ajouter 20 g de beurre frais en parcelles. Continuer à cuire 2-3 min en DÉCHIRANT activement la pâte aux deux fourchettes en morceaux irréguliers de 3-4 cm. Le but : zones dorées + zones encore moelleuses.
Saupoudrer 1 c.à.s. de sucre cristallisé directement sur les morceaux dans la poêle. Augmenter à feu vif 1 min en remuant pour caraméliser le sucre frais sur les arêtes du Schmarrn. Le rhum réservé du trempage des raisins peut être versé en filet pour flamber court (optionnel théâtral).
Transférer le Schmarrn dans des assiettes individuelles ou un grand plat de service au centre de la table. Saupoudrer GÉNÉREUSEMENT de sucre glace au tamis — la couche doit être épaisse et neigeuse. Servir IMMÉDIATEMENT, fumant, avec le Zwetschgenröster chaud à part en saucière. Décorer d'une pluche de menthe fraîche si saison.
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