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Atlas Culinaire · Suède · Europe
Des feuilles de chou blanc ébouillantées, roulées sur une farce de viande et de riz au lait, laquées de beurre fondu et de sirop clair, puis rôties jusqu'au brun luisant : le plat que la Suède raconte comme un butin de guerre ottoman, et que les dates racontent autrement.
Le récit national veut que Karl XII, réfugié à Bender en Moldavie ottomane après Poltava de 1709 à 1714, ait rapporté le dolma, ou que ses créanciers ottomans l'aient apporté en le suivant à Stockholm.
Cette seconde version n'est pas du folklore de table : elle sort du SAOB, le dictionnaire historique de l'Académie suédoise, qui écrit noir sur blanc en 1920 qu'il est « assez tentant de supposer » — rätt frestande att antaga — que le mot soit venu directement de Turquie, « peut-être avec les compagnons de Karl XII, ou avec ses créanciers orientaux qui séjournèrent en Suède de 1716 à 1732 ».
Une conjecture avouée comme telle par le lexicographe, que le siècle suivant a convertie en certitude nationale.
Les dates la contredisent.
Le même SAOB fixe la première attestation écrite du mot dolma en suédois à 1765, dans le Bihang — le supplément — de Cajsa Warg, à la page 26 : le mot est absent de l'Hjelpreda i hushållningen de 1755, et l'attestation tombe cinquante et un ans après le retour de Bender, quarante-sept ans après la mort du roi.
Quant au composé kåldolma lui-même, le SAOB ne le relève qu'en 1860, chez Robert von Kræmer, dans un récit de voyage intitulé Två resor i Spanien — cent cinquante ans après Bender, et dans un livre sur l'Espagne.
Le chou n'est pas davantage une improvisation suédoise faute de vigne : le SAOB relève lui-même, dans son étymologie turque, le lahaná dolmasí — viande hachée en feuille de chou — à côté du japrák dolmasí en feuille de vigne.
La version au chou existait en turc, sous son nom propre.
Et Warg elle-même écrit que celui qui n'a pas accès aux feuilles de vigne, coûteuses, prendra des feuilles de chou blanchies : la substitution est une économie domestique inscrite dans le texte source, pas une invention patriotique.
Le plus beau du dossier est que deux organismes d'État suédois se contredisent aujourd'hui par écrit.
Smaka Sverige, plateforme du Jordbruksverket, range le récit au rang de skröna et le juge « högst osannolikt », aucun élément probant n'ayant été trouvé dans la documentation contemporaine des régimes alimentaires ; le Historiska museet affirme au contraire dans son propre communiqué que « le plat est venu en Suède au XVIIIe siècle, comme conséquence du séjour de plus de cinq ans du roi Karl XII et de l'armée dans l'Empire ottoman turc », et a bâti sur cette phrase quatre années d'événements publics.
L'historien Dick Harrison, lui, juge l'importation royale improbable sans se résoudre à l'écarter tout à fait.
Reste un fait que personne ne conteste et qui vaut mieux que la légende : des rouleaux de chou farcis, il en existe dans toute l'Europe de l'Est, mais la Suède est le seul pays où ils portent un nom turc.
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Porter le riz rond et l'eau à ébullition dans une petite casserole, laisser absorber deux ou trois minutes, puis verser le lait et cuire à couvert et à feu très doux jusqu'à obtenir une bouillie épaisse, en remuant de temps à autre. On cherche l'amidon libéré, pas du riz en grains détachés : c'est lui qui retiendra le jus de la viande. La bouillie chante doucement, épaissit, et la cuillère y laisse un sillon qui se referme lentement. La cible est une risgrynsgröt serrée, tiède puis franchement froide avant d'entrer dans la farce. Si elle attache au fond, transvaser aussitôt dans un saladier froid sans gratter le fond brûlé — un goût de lait roussi traverserait les dix-huit paquets.
Le pourquoiLes amidons du riz rond gélatinisent dans le lait et forment une panade : ils immobilisent l'eau et la graisse que la viande libérera au four, ce qui empêche la farce de se contracter en une masse dense et sèche.
Retirer les feuilles extérieures abîmées, évider le trognon au couteau en cône profond, puis plonger la tête entière dans une grande marmite d'eau bouillante légèrement salée. Ne pas arracher : laisser cuire quatre à cinq minutes, et cueillir à la pince les feuilles extérieures à mesure qu'elles se décollent d'elles-mêmes, en replongeant la tête entre chaque prélèvement. Le chou vire au vert translucide, les nervures ploient sans casser, et l'eau prend une odeur douce et sucrée. La cible est un jeu de dix-huit feuilles entières, souples, égouttées à plat sur un torchon, plus cinq décilitres de kålspad réservés. Si une feuille casse, la garder : deux morceaux se chevauchent très bien pour envelopper un paquet.
Le pourquoiLe blanchiment ramollit la pectine des parois cellulaires du chou et le rend pliable sans le cuire à cœur ; il désactive aussi les enzymes qui donnent au chou trop cuit son odeur sulfurée, ce qu'une cuisson prolongée de la tête entière ferait au contraire ressortir.
Faire fondre l'oignon haché et le trognon de chou finement haché dans le beurre, à feu doux et sans coloration, puis laisser refroidir complètement. Mêler à la viande hachée avec la bouillie de riz froide, l'œuf, le sel, le poivre blanc et le piment de la Jamaïque, en travaillant à la main juste assez pour homogénéiser. Faire cuire une noix de farce à la poêle et la goûter : c'est le seul moment où l'assaisonnement se règle encore. La farce doit être souple, légèrement collante, parfumée. La cible est une masse qui se façonne à la cuillère sans couler. Si elle paraît trop molle, ajouter une cuillerée de bouillie de riz ; si elle est sèche, deux cuillerées de kålspad froid.
Le pourquoiPétrir longuement solubilise les protéines myofibrillaires de la viande, qui se lient en un réseau élastique : la farce devient alors caoutchouteuse et se rétracte au four, chassant son eau dans le jus. Un mélange bref garde une texture friable.
Poser une feuille nervure vers soi, déposer une bonne cuillerée à soupe de farce au tiers inférieur, rabattre d'abord le bord épais sur la farce, puis replier les deux côtés vers l'intérieur et rouler jusqu'au bout en serrant modérément. Ranger les paquets côte à côte dans un plat beurré, couture en dessous et bien tassés les uns contre les autres. Le paquet doit être ferme mais pas comprimé : la farce gonfle légèrement à la cuisson. La cible est un plat rempli d'une seule couche de rouleaux réguliers qui se tiennent mutuellement. Si un paquet refuse de se fermer, l'envelopper d'une seconde feuille ou d'un fragment — mieux vaut deux épaisseurs qu'un rouleau qui s'ouvre.
Le pourquoiLa couture placée dessous se soude sous le poids du paquet et sous l'effet des protéines coagulantes de la farce, qui collent littéralement la feuille au contact ; retournée, elle s'ouvre par simple dilatation de la vapeur emprisonnée.
Préchauffer à deux cents degrés. Mélanger le beurre fondu et le sirop clair, en badigeonner généreusement les paquets, et enfourner dans le bas du four pour quarante-cinq minutes. La surface passe du vert pâle au brun doré brillant, le sirop coule dans le fond du plat et commence à caraméliser, et la cuisine sent le chou sucré. La cible est un plat de rouleaux uniformément brun luisant, fermes au toucher. Si la surface fonce trop vite avant la vingtième minute, couvrir d'une feuille d'aluminium sans baisser la température : c'est la cuisson à cœur qui a besoin de sa durée, pas la coloration.
Le pourquoiLe sirop apporte des sucres réducteurs qui réagissent avec les acides aminés de la farce et du chou en surface : c'est une réaction de Maillard doublée d'une caramélisation, et c'est elle qui donne à la fois la couleur brune et les arômes torréfiés du plat.
Après vingt-deux ou vingt-trois minutes de four, mélanger le kålspad et le fond de veau et verser le liquide chaud autour des paquets, jamais dessus, pour ne pas rincer le laquage. Poursuivre la cuisson jusqu'au terme des quarante-cinq minutes. Le liquide frémit, dissout le caramel du fond et vire au brun ambré ; les paquets finissent de cuire à la fois par le dessus, au sec, et par le dessous, au mouillé. La cible est un plat où les rouleaux sont colorés dessus et baignent d'un centimètre de jus brun. Si le jus s'évapore trop vite, en rajouter un demi-décilitre chaud — jamais froid, ce qui arrêterait net la cuisson.
Le pourquoiLe mouillage tardif crée deux régimes thermiques simultanés : la surface reste au-dessus de cent degrés et poursuit sa réaction de Maillard, tandis que la base cuit en milieu aqueux à cent degrés et ne dessèche pas. Mouiller dès le départ interdirait toute coloration.
Verser le jus du plat dans une casserole, porter à ébullition, le laisser réduire deux ou trois minutes, puis le lier avec la maïzena délayée dans un peu d'eau froide et rectifier le sel. Laisser les dolmar reposer cinq minutes sous une feuille d'aluminium pendant ce temps. Le jus doit napper la cuillère sans être gélatineux, et sentir à la fois le chou et le caramel. Servir trois paquets par personne avec les pommes de terre bouillies très chaudes, le jus versé dessus, et une cuillerée d'airelles crues écrasées à part. Si le jus est trop salé après réduction, l'allonger de kålspad et non d'eau. Le plat se réchauffe remarquablement bien le lendemain, à couvert et à cent soixante degrés.
Le pourquoiL'amidon de maïs gélatinise entre soixante-quinze et quatre-vingt-cinq degrés et emprisonne l'eau du jus en un réseau qui nappe ; il faut donc porter à ébullition franche, sans quoi la liaison reste trouble et se délite en assiette.
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Sourcer ou se taire
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