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Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
Une plaque de sucre cuite au grand cassé, si transparente qu'on y lit le journal — le métier de Thu Xà ne tient plus qu'à quelques familles.
Le portail de l'Ủy ban Nhà nước về người Việt Nam ở nước ngoài écrit que le kẹo gương fut servi en dessert à la cour du roi Lê Trung Tông des Lê Trung Hưng, tout en datant l'arrivée de la recette de Triều Châu (Chaozhou) au port de Thu Xà du XVIIᵉ siècle, sous les noms « kia thứng » et « pô lý thứng » (https://scov.gov.vn/ban-sac-van-hoa/huong-vi-que-nha/keo-guong-quang-ngai.html).
Or Lê Trung Tông règne de 1548 à 1556, et son voisin Lê Trang Tông — celui que nomme à sa place le récit repris par Báo Đắk Lắk — meurt en 1548 : aucun des deux n'a pu goûter une confiserie débarquée cinquante à cent ans après sa mort.
Le comptoir de Thu Xà lui-même est une fondation de marchands Minh Hương du XVIIᵉ siècle, ce qui verrouille la date basse.
Deuxième point tranché : la composition.
Le scov.gov.vn et Dân Việt ne listent que trois matières — đường cát, mạch nha, đậu phộng — quand la version de Báo Đắk Lắk ajoute le mè (sésame) et le jus de citron ; le sésame est donc un usage de Thu Xà, pas un invariant national.
Enfin, à ne pas confondre avec le kẹo Sìu Châu de Nam Định (VN145 en base), qui porte les mêmes arachides et le même sésame mais dans une masse opaque liée à la farine de riz cuite : ici, la transparence est le produit fini, pas un ornement.
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Étalez les arachides crues en une seule couche dans une poêle en fonte sèche et grillez-les à feu moyen douze à quinze minutes, en remuant sans arrêt, jusqu'à ce que les peaux rougissent et se craquellent. Versez-les brûlantes dans un torchon propre, refermez et frottez vigoureusement : les pellicules se détachent seules et vous les éliminez en vannant au-dessus d'un saladier, dehors si possible. Vous cherchez un grain entier, blond au cœur quand vous le fendez à l'ongle, qui claque sous la dent et sent la noisette chaude, jamais l'amertume du brûlé. Si quelques graines ont noirci, retirez-les une à une plutôt que de sacrifier la fournée : une seule arachide brûlée suffit à parfumer d'âcre les quatre cent cinquante grammes de sirop qui vont suivre. Réservez-les tièdes, jamais froides.
Le pourquoiLe grillage déclenche la réaction de Maillard entre les acides aminés et les sucres réducteurs de la graine, qui crée les pyrazines de l'odeur de noisette. Il chasse aussi l'eau résiduelle : une arachide humide relâcherait sa vapeur dans le sirop et le ferait grainer.
Torréfiez le sésame blanc à sec, à feu doux, trois à quatre minutes seulement, en secouant la poêle en continu jusqu'à ce que les graines sautent et blondissent à peine. Pendant ce temps, montez votre poste de coulée, car après le feu vous n'aurez plus une seconde : huilez très légèrement une plaque de tôle lisse, saupoudrez-la du sésame en couche régulière, et posez à portée de main un tube de bambou ou un rouleau à pâtisserie huilé, une spatule métallique et un grand couteau de chef. Le sirop au grand cassé fige en moins de deux minutes, et un ustensile cherché est une fournée perdue. Vérifiez enfin que la pièce est sèche et sans courant d'air froid, et que rien ne traîne d'humide sur le plan de travail.
Le pourquoiLe sésame déposé au fond joue le rôle d'agent de démoulage mécanique : il crée un lit de billes entre le sucre et le métal, ce qui évite l'adhérence sans avoir à noyer la tôle d'huile, laquelle ternirait la face visible.
Versez le sucre et l'eau dans une casserole à fond épais, ajoutez le mạch nha et le saindoux, et portez à feu moyen sans jamais remuer avec une cuillère : contentez-vous d'imprimer un mouvement circulaire à la casserole. Laissez fondre entièrement le sucre avant que l'ébullition ne s'installe, sinon des cristaux non dissous serviront d'amorces et toute la masse grainera. Pendant la montée, passez un pinceau mouillé sur la paroi intérieure pour rincer les projections de sirop qui y sèchent, geste que les artisans font machinalement au doigt humide. Vous devez voir un liquide parfaitement limpide, sans un point blanc en suspension, bouillonnant en grosses bulles lentes.
Le pourquoiLe saccharose ne recristallise qu'à partir d'un germe. Le mạch nha, riche en maltose et en dextrines, et le film gras du saindoux perturbent l'empilement régulier des molécules : c'est ce qui permet d'obtenir un verre amorphe transparent plutôt qu'un massepain de sucre.
Plongez un thermomètre à sucre sans qu'il touche le fond et laissez monter à feu moyen-vif, sans intervenir, jusqu'à 150-155 °C : c'est le stade du grand cassé, celui qui donne un sucre dur et vitreux plutôt qu'un caramel mou. Le repère de l'atelier, faute de thermomètre, est celui décrit à Thu Xà : la masse « keo lại » et prend une teinte jaune très pâle, à peine celle du miel clair. Faites le test à l'eau froide en laissant tomber une goutte de sirop dans un bol d'eau glacée : elle doit se figer instantanément en un filament cassant qui claque entre les doigts, et non plier ni coller aux dents. Si le fil est encore souple, il vous manque quelques degrés ; si la couleur vire à l'ambre, vous avez dépassé et le caramel amer a commencé.
Le pourquoiEntre 150 et 155 °C, la concentration en sucre dépasse 99 % et le sirop refroidi se fige en verre amorphe, un solide sans structure cristalline : c'est cette absence d'ordre qui laisse passer la lumière et rend la plaque transparente.
À 150 °C exactement, versez d'un geste le jus de citron le long de la paroi et retirez immédiatement la casserole du feu : le sirop va bouillonner violemment pendant trois ou quatre secondes, c'est normal, l'eau du jus se vaporise au contact. Ne remuez pas, laissez les bulles retomber d'elles-mêmes, puis inclinez la casserole pour homogénéiser. L'acide citrique va inverser une fraction du saccharose en glucose et fructose, deux sucres qui refusent de cristalliser et qui assureront la transparence de la plaque pendant les jours de stockage. Vous devez retrouver, quinze secondes plus tard, un sirop lisse, brillant et immobile, encore parfaitement fluide.
Le pourquoiL'acide catalyse l'hydrolyse de la liaison glycosidique du saccharose et libère du sucre inverti. Ce mélange de deux monosaccharides de tailles différentes ne peut pas s'organiser en réseau cristallin, ce qui verrouille l'état vitreux à long terme.
Versez d'un coup les arachides tièdes dans le sirop hors du feu et mélangez en trois ou quatre gestes larges à la spatule métallique, pas plus, le temps que chaque graine soit enrobée. Le sirop épaissit à vue d'œil : à partir de cet instant, vous disposez d'environ soixante à quatre-vingt-dix secondes avant qu'il ne devienne impossible à étaler. Ajoutez la moitié du sésame restant dans la masse et gardez l'autre moitié pour la face supérieure. Vous devez obtenir une masse dorée, encore coulante, où les arachides sont visibles une à une comme des cailloux au fond d'une rivière — c'est exactement l'image qui a donné son nom à la confiserie. Si la masse durcit avant que vous ayez fini, remettez dix secondes sur feu doux, pas plus.
Le pourquoiLe choc thermique d'un solide froid dans un verre de sucre à 150 °C provoque une prise locale instantanée et des amorces de cristallisation autour de chaque graine. Des arachides tièdes maintiennent la masse dans sa fenêtre de travail.
Renversez toute la masse d'un seul coup au centre de la plaque de tôle sésamée et tiède, sans chercher à racler la casserole : ce qui reste au fond est déjà trop refroidi et ferait des grumeaux. Saisissez immédiatement le tube de bambou huilé et laminez du centre vers les bords, en croisant les passes, jusqu'à obtenir une épaisseur régulière de trois à quatre millimètres, l'épaisseur exacte à laquelle la lumière traverse. Poudrez la face supérieure du sésame réservé et donnez une dernière passe de rouleau pour l'incruster. Vous devez voir apparaître, sous l'ustensile, une nappe qui passe du trouble au translucide en quelques secondes — le moment où l'on distingue le motif de la tôle à travers le sucre est le signal d'arrêt.
Le pourquoiL'épaisseur commande la transparence. Au-delà de cinq millimètres, la diffusion de la lumière par les arachides et les micro-bulles rend la plaque opalescente ; à trois millimètres, le trajet optique est assez court pour que le verre de sucre reste lisible.
Attendez que la plaque tiédisse sans refroidir complètement, environ quatre à cinq minutes, puis marquez le quadrillage de découpe à la pointe du grand couteau, en pressant net sans scier. Laissez ensuite prendre une vingtaine de minutes à température ambiante, durée que donnent les artisans de Thu Xà, puis rompez la plaque le long des marques : elle doit se séparer d'un coup sec, avec un bruit de verre. Emballez immédiatement dans du papier de cuisson ou des feuilles de bananier sèches, puis dans une boîte hermétique avec un sachet dessiccant si vous en avez. Le kẹo gương ne se garde pas : les sources de Quảng Ngãi préviennent qu'au-delà de dix jours il tourne à l'aigre et perd son parfum, et l'humidité ambiante suffit à le poisser en une nuit.
Le pourquoiLe verre de sucre est un matériau fragile et cassant : il se rompt proprement par propagation d'une fissure amorcée, d'où l'entaille préalable. Sa nature hygroscopique lui fait ensuite capter l'humidité de l'air, ce qui dissout la surface et la rend collante.
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Sourcer ou se taire
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