Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Thaïlande · Asie
Un palet de coco fraîchement râpée, doré des deux côtés à la poêle, croustillant sur les bords et fondant au centre : la douceur de marché la plus tenace de Thaïlande, née à Tha Ruea.
Sombat Plainoi (สมบัติ พลายน้อย), dans son recueil « ขนมแม่เอ้ย », rapporte la version populaire d'une « tante Bin » (ป้าบิ๋น) qui aurait fabriqué la première fournée et donné son nom au gâteau — « ขนมป้าบิ๋น » déformé en « บ้าบิ่น » —, mais il signale lui-même dans le même passage qu'une autre lecture fait venir le mot d'une pâtisserie étrangère appelée « บาร์บิล », et le témoignage recueilli auprès de Khun Yai Pao, une Sino-Thaïe de quatre-vingts ans, ne fait que confirmer l'existence de la tradition orale, pas celle de la personne (https://www.sanook.com/campus/928427/).
Le camp adverse, porté par le chercheur Phairoj Bunpook et institutionnalisé par l'exposition sur les douceurs d'influence portugaise organisée en 2001 par le département des langues orientales de l'université Chulalongkorn, rattache le ba bin aux queijadas de Coimbra, dont les Siamois n'auraient conservé que la dernière syllabe « bra » avant d'y accoler « bin » (https://cooking.kapook.com/view72924.html).
Le rapprochement séduit mais ne résiste pas à l'examen matériel : la queijada est une tartelette de pâte de blé garnie de fromage frais et de beurre, alors que le ba bin ne contient ni blé, ni fromage, ni beurre — rien que de la coco râpée, de la farine de riz gluant et du sucre —, et le canon des sucreries portugaises acclimatées au XVIIᵉ siècle par Maria Guyomar de Pinha (ท้าวทองกีบม้า) est celui des confiseries au jaune d'œuf et au sirop, thong yip, thong yot et foi thong, auquel le ba bin n'a jamais appartenu, pas plus qu'il n'appartient au répertoire luso-siamois de la communauté de Kudi Chin, dont la pâtisserie emblématique reste le khanom farang kudi chin (https://archive.siamrath.co.th/n/592990).
Le seul ancrage qui tienne est géographique et tardif : le district de Tha Ruea, dans la province de Phra Nakhon Si Ayutthaya, reconnu comme le berceau et la capitale du ba bin, soit deux siècles après le passage des confiseurs portugais, et l'étymologie purement taïe — « ba », fou, et le vieux mot du Nord « bin », légèrement fendu, éclaté — décrit exactement la croûte crevassée du palet sans avoir besoin d'aucun emprunt.
Verdict honnête : la filiation portugaise est une hypothèse phonétique jamais démontrée, la tante Bin est une étymologie populaire assumée comme telle par celui-là même qui la rapporte, et le seul fait établi est que le ba bin est un gâteau de riz gluant et de coco du centre de la Thaïlande, documenté à Tha Ruea et vendu aujourd'hui encore à la pièce devant l'hôtel de ville d'Ayutthaya (https://www.bangkokbiznews.com/lifestyle/990299).
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Ouvrir une noix de coco mi-mûre, récupérer la chair et la râper en copeaux fins sur une râpe thaïe ou à la grosse grille d'une râpe-boîte, en laissant de côté la peau brune qui noircit à la cuisson. Cette maturité intermédiaire, appelée thuen thuek, est l'unique état de la noix qui réunit les deux qualités nécessaires : une chair encore humide qui garde le cœur fondant, et assez d'huile pour que le palet dore au lieu de sécher. Les copeaux doivent sortir nacrés et souples, coller à peine entre eux, et libérer un parfum lacté dès qu'on les froisse dans la paume. Viser 250 g de copeaux, pesés après râpage et jamais tassés dans le verre doseur. Si la chair se révèle trop mûre et cassante, compenser en montant la coco jeune à 200 g et en réduisant la crème de coco de 10 ml pour ne pas noyer la pâte.
Le pourquoiLa chair de coco mi-mûre contient encore une fraction importante d'eau libre et des lipides non cristallisés ; à la cuisson, cette eau s'évapore et crée la vapeur interne qui gonfle le cœur pendant que l'huile migre en surface et permet le brunissement.
Détacher la chair d'une noix de coco jeune à la cuillère, l'égoutter, puis la détailler en lanières fines plutôt que la hacher, afin qu'elle reste identifiable sous la dent. Mixer ensuite quatre à cinq feuilles de pandan avec 60 ml d'eau, presser dans une étamine et récupérer 40 ml de jus vert. La coco jeune apporte le jus et la douceur, le pandan la note herbacée et vanillée qui signe les khanom du Centre. Les lanières doivent rester translucides et fermes, le jus de pandan d'un vert franc et nettement parfumé au nez. Si la coco jeune rend beaucoup d'eau à l'égouttage, presser légèrement et retirer d'autant la crème de coco de la pâte, faute de quoi les palets s'étaleront à la poêle.
Le pourquoiLe pandanus amaryllifolius doit son parfum à la 2-acétyl-1-pyrroline, molécule volatile qui se dégrade à la chaleur prolongée ; l'extraire à froid par mixage-pressage préserve l'arôme que la cuisson ne fera qu'atténuer.
Réunir dans un grand saladier la farine de riz gluant, la fécule de tapioca, le sucre blanc, le sucre de coco et le sel, puis mélanger à la main en soulevant la masse jusqu'à obtenir une poudre homogène. Passer les farines au tamis si elles ont pris en mottes, car un grumeau de farine de riz gluant ne se dissout plus une fois le liquide ajouté et laisse un point cru dans le palet cuit. Le mélange doit couler entre les doigts comme du sable fin, sans amas ni cristaux de sucre agglomérés. Viser une poudre parfaitement uniforme avant d'introduire la moindre goutte de liquide. En cas de sucre de coco humide et pâteux, l'écraser d'abord seul entre les doigts avec une cuillerée de farine avant d'incorporer le reste.
Le pourquoiDisperser le sucre et le sel dans la farine sèche évite la formation de grumeaux à l'hydratation : les grains de sucre s'intercalent entre les particules d'amidon et ralentissent leur agglomération quand l'eau arrive.
Verser 80 ml de crème de coco en trois fois sur le mélange sec, en travaillant à la main entre chaque ajout, puis ajouter le jaune d'œuf de cane et le jus de pandan. Procéder par petites quantités permet de sentir la pâte se former et d'arrêter avant l'excès de liquide, car la coco râpée qui arrive ensuite libérera encore de l'humidité. La pâte doit passer de la poudre au sable mouillé puis à une masse épaisse qui tombe lourdement de la main, sans couler en ruban. Viser une consistance de pâte à cookie ferme, pas de pâte à crêpe. Si le mélange devient liquide, ne pas rattraper à la farine sèche mais ajouter 30 g de coco râpée supplémentaire, qui absorbe sans dénaturer le ratio farine-coco.
Le pourquoiLes lipides de la crème de coco enrobent les grains d'amidon et limitent leur hydratation immédiate, ce qui retarde la gélatinisation et donne à la cuisson un cœur tendre plutôt qu'un bloc élastique.
Verser d'un coup les 250 g de coco mi-mûre et les 150 g de coco jeune sur la pâte, puis pétrir à pleine main pendant quatre à cinq minutes en pressant et en retournant, jamais en fouettant. Ce froissement prolongé fait suinter l'huile des copeaux, qui parfume la pâte et sert de matière grasse interne à la cuisson : c'est la raison pour laquelle les vendeuses de marché pétrissent toujours à la main. La masse passe du sec au brillant, se met à sentir franchement la coco chaude, et les doigts sortent gras au retrait. Viser une pâte lourde, homogène, où chaque copeau est enrobé et où plus aucune poche de farine blanche n'apparaît. Si la pâte reste sèche et s'effrite, ajouter la crème de coco restante cuillère par cuillère, jamais plus de deux, avant de considérer un filet d'eau de coco jeune.
Le pourquoiLa pression mécanique rompt les parois cellulaires de l'albumen de coco et libère l'huile qu'elles retiennent ; cette huile s'émulsionne avec l'eau de la pâte et joue à la cuisson le rôle d'un shortening réparti dans toute la masse.
Couvrir le saladier d'un linge et laisser reposer trente minutes à température ambiante, sans réfrigérer. Ce repos, prescrit par plusieurs recettes thaïes publiées qui vont jusqu'à une heure, laisse à l'amidon de riz gluant le temps d'absorber complètement le liquide disponible et à la coco de rendre son eau résiduelle. La pâte s'épaissit visiblement, sa surface devient mate et le mélange cesse de s'affaisser quand on incline le saladier. Viser une masse qui se laisse façonner en palet sans coller aux paumes humidifiées. Si après repos la pâte s'est trop raffermie, la détendre avec une cuillerée d'eau de coco jeune ou d'eau, jamais avec de la crème de coco qui la rendrait grasse à la cuisson.
Le pourquoiL'hydratation complète des granules d'amidon avant cuisson conditionne une gélatinisation homogène ; une farine mal hydratée gélatinise en surface et laisse au centre des zones crues au goût de craie.
Chauffer une poêle antiadhésive à feu moyen-doux, la graisser au pinceau d'un voile d'huile, puis déposer la pâte soit à la cuillère en aplatissant légèrement, soit dans des cercles à pâtisserie de six à huit centimètres pour obtenir des palets réguliers. Les échoppes utilisent un moule à ba bin en fonte percé d'alvéoles, mais la poêle de tous les jours suffit et c'est précisément ce que les recettes grand public thaïes revendiquent : il ne faut rien d'autre qu'une poêle antiadhésive. L'épaisseur visée est d'un centimètre au maximum, car au-delà le cœur reste cru quand la surface est déjà brune. Espacer les palets de deux doigts pour pouvoir glisser la spatule sans en écraser un autre. Si la pâte colle à la cuillère, humidifier légèrement le dos de celle-ci à l'eau froide entre chaque dépôt plutôt que de rajouter de l'huile dans la poêle.
Le pourquoiUne poêle à feu moyen-doux maintient la surface autour de cent quarante à cent soixante degrés, la fenêtre où les réactions de Maillard et la caramélisation du sucre se déclenchent assez lentement pour que la chaleur atteigne le centre avant que la croûte ne noircisse.
Laisser cuire six à sept minutes sans jamais déplacer les palets, le temps que la face au contact prenne une couleur ambrée et que le pourtour s'assèche visiblement. Le geste juste consiste à ne rien faire : chaque tentative de soulever prématurément déchire la croûte en formation et laisse la moitié de la pâte collée. La bordure passe du brillant au mat, se rétracte légèrement, et une odeur de coco grillée mêlée de caramel monte de la poêle. Viser un dessous uniformément doré, marbré de brun sur les points de contact, quand la spatule glissée sur le côté décolle le palet d'un seul tenant. Si un palet résiste et se déchire, le laisser trente secondes de plus : la croûte n'était pas formée, et il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre.
Le pourquoiLa croûte se forme par gélatinisation puis déshydratation de la couche en contact ; tant que l'eau n'a pas quitté cette couche, l'amidon reste plastique et adhère au métal, ce qui explique que la galette se décolle seule une fois cuite.
Retourner chaque palet d'un geste franc et poursuivre cinq à six minutes sur la seconde face, en pressant légèrement au dos de la spatule pour égaliser l'épaisseur. La cuisson sur les deux faces est ce qui distingue le ba bin de marché du ba bin de boutique, qui se cuit lui au four en moules carrés, à cent quatre-vingts degrés voûte et sole, environ trente-cinq minutes en deux temps : deux gestes légitimes pour deux textures différentes, la poêle donnant les bords croustillants et le four un gâteau plus moelleux et régulier. Le palet fini doit être doré des deux côtés, gonflé au centre, et rendre un son mat quand on le tapote. Compter environ douze à quinze minutes de cuisson totale par fournée et déposer aussitôt sur les carrés de feuille de bananier. Si les bords ont bruni trop vite alors que le cœur reste mou, terminer la fournée suivante à feu plus doux et en palets plus minces plutôt que de prolonger celle-ci, qui deviendrait amère.
Le pourquoiLa cuisson sur les deux faces crée deux croûtes déshydratées qui emprisonnent la vapeur au centre ; c'est ce gradient d'humidité, sec dehors et saturé dedans, qui produit le contraste krop nok num nai, croustillant dehors et fondant dedans, revendiqué par les recettes thaïes.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.