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Atlas Culinaire · Thaïlande · Asie
Une dentelle de riz coulée en filets croisés sur l'huile brûlante, pliée comme une étoffe : à Nakhon Si Thammarat, ce gâteau habille les ancêtres revenus pour la fête du dixième mois.
16 nᵒ 2), fondée sur six groupes d'informateurs — anciens du village, artisans populaires, responsables communautaires — et qui lui reconnaît quatre fonctions sociales, dont la transmission orale du savoir-faire et le maintien des normes de conduite (https://so04.tci-thaijo.org/index.php/nakboot/article/view/265453).
Le point que les sources natives tranchent sans hésiter est celui de sa place dans le หมฺรับ (hmrap), le panier d'offrandes à quatre étages : les trois premiers reçoivent le riz, les épices, l'huile et les objets du quotidien, et seul le quatrième, le sommet, accueille les cinq gâteaux obligatoires, où le khanom la tient le rôle du vêtement parce que son maillage évoque une étoffe tissée puis pliée, tandis que ขนมพอง figure le radeau qui fait traverser l'océan des morts, ขนมบ้า la bille du jeu de saba, ขนมดีซำ la monnaie de cauris et ขนมกง le bijou.
La reconnaissance patrimoniale, elle, reste communale et non nationale : la municipalité de Pak Phanang, sous le maire Phichet Klasukhon et en présence du vice-gouverneur Wirat Rakphan, a tenu du 23 au 29 septembre 2562 (2019) la 25ᵉ édition de sa journée du khanom la (งานประเพณีเดือนสิบ วันขนมลา) autour de la communauté de Si Sombun–Hoi Rak, en qualifiant le gâteau de « มรดกทางวัฒนธรรมที่ทรงคุณค่าต่อชุมชนและท้องถิ่น », patrimoine culturel de valeur pour la communauté et le territoire (https://naewna.com/likesara/443005).
En revanche, aucune inscription au registre national du patrimoine culturel immatériel n'a pu être ouverte depuis les portails institutionnels joignables, et la fiche OTOP de la municipalité de Pak Phanang répond 403 depuis cet environnement : le statut OTOP est donc attesté par la production commerciale et la presse locale, pas par un document institutionnel consultable ici, et cette réserve est assumée telle quelle.
Reste enfin l'étymologie, que personne n'a tranchée : la Wikipédia thaïe et le recueil aroifin renvoient le nom soit à la กะลา, la coque de noix de coco percée qui servait d'entonnoir, soit au geste de ลามัน, l'essuyage gras de la plaque.
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Faire tremper le riz local avec une petite part de riz gluant environ deux heures, l'égoutter, le sécher au soleil, le laisser reposer une nuit, puis le moudre, le tamiser et le presser pour en chasser l'eau, comme le décrit la fiche de la bibliothèque de l'université Walailak consacrée à la la de Wat Thewadaram. Ce détour d'une nuit n'a rien de décoratif : le repos humide amorce une légère acidification et assouplit les grains, ce qui donne une farine plus fine et une pâte qui file au lieu de casser. Le riz gonflé doit crisser doucement sous les doigts et sentir le lait de riz frais, jamais l'aigre piquant. La farine est bonne quand une pincée serrée dans le poing garde sa forme puis se défait sans grumeau. À défaut de temps ou de moulin, partir d'une farine de riz du commerce tamisée deux fois : la dentelle sera un peu moins souple, ce que les ateliers assument eux-mêmes pour la production quotidienne.
Le pourquoiLe trempage hydrate les granules d'amidon et autorise une mouture fine ; le repos nocturne enclenche une fermentation lactique légère qui abaisse le pH, affaiblit la matrice protéique du grain et rend la pâte plus extensible.
Casser 150 g de sucre de palmier à sucre (น้ำตาลโตนด) dans 200 ml d'eau, porter à frémissement doux, laisser réduire jusqu'à un sirop qui nappe la cuillère, puis le filtrer à travers un linge et le laisser refroidir complètement. Le filtrage n'est pas facultatif : le sucre de palme artisanal porte des fibres et des grains durs qui boucheront les trous de l'outil de coulée dès la première dentelle. Le sirop passe du brun trouble au brun ambré brillant et sent le caramel humide et la sève cuite, sans amertume de fond. La cible est un sirop à peine épais, qui coule encore en filet continu une fois froid. S'il a trop réduit et se fige en refroidissant, le détendre à l'eau chaude cuillère par cuillère plutôt que de le recuire, ce qui l'amèrerait.
Le pourquoiLe sucre de palme mêle saccharose et sucres réducteurs (glucose, fructose) : ces derniers brunissent vite en friture par réaction de Maillard et par caramélisation, et donnent à la dentelle sa couleur d'ambre sans cuisson prolongée.
Mélanger 250 g de farine de riz et 125 g de fécule de tapioca, incorporer le sirop entièrement froid, puis le jaune d'œuf et une pincée de sel, et travailler longuement à la main jusqu'à une pâte lisse avant de la laisser reposer une trentaine de minutes. Le pétrissage prolongé disperse les agglomérats d'amidon : c'est lui qui décide si les filets sortiront réguliers ou hachés. Sous la paume, la pâte devient soyeuse et lourde, et fait un bruit de succion quand les doigts s'en retirent. La cible est une pâte qui, soulevée à la cuillère, retombe en ruban continu pendant deux à trois secondes avant de se rompre. Trop épaisse, la détendre à l'eau par cuillerées de 10 ml ; trop fluide, la reprendre à la farine de riz tamisée et refaire dix minutes de repos.
Le pourquoiLe repos laisse l'eau migrer au cœur des granules d'amidon et relâche les tensions du pétrissage ; une pâte non reposée s'écoule par à-coups et ses filets se rompent dès qu'ils touchent l'huile.
Percer une demi-coque de noix de coco (กะลา) d'une dizaine de trous fins répartis en cercle — le nombre varie d'un artisan à l'autre — ou reprendre la boîte de conserve percée (กระป๋องเจาะรู) qu'emploient les ateliers de Tha Sala, puis faire un essai au-dessus d'un bol pour lire la vitesse d'écoulement. Le diamètre des trous fixe l'épaisseur du fil : trop larges, la dentelle devient un filet grossier ; trop fins, la pâte s'arrête et sèche à l'intérieur. En basculant l'outil, la pâte doit sortir en pluie de fils réguliers avec un chuintement discret, jamais en goutte à goutte. La cible est une coulée qui vide l'outil en cinq à six secondes lorsqu'il est tenu incliné. Si un trou se bouche, le dégager aussitôt à l'aiguille et refiltrer la pâte, car un seul trou muet laisse une bande vide au milieu de la dentelle.
Le pourquoiLa coulée relève de l'écoulement d'un fluide non newtonien : la pâte de riz se fluidifie sous cisaillement en traversant le trou puis reprend de la tenue à la sortie, ce qui permet au fil de garder sa forme le temps de toucher l'huile.
Chauffer une poêle plate à feu modéré, y verser une louche d'huile, puis l'essuyer avec le tampon de bourre de coco (กาบมะพร้าว) taillé en triangle de manière à ne laisser qu'un film gras : c'est très exactement le geste qui donne son nom à la ลาเช็ด, la la essuyée. Ce film mince suffit à empêcher l'accroche tout en laissant les fils se souder entre eux, alors qu'un bain d'huile les ferait flotter et se séparer. L'huile est à température quand un filet de pâte grésille aussitôt sans fumer ni sauter. La cible tourne autour de 160 °C, mais le repère fiable reste le grésillement et non le thermomètre. Si l'huile fume, retirer la poêle du feu une trentaine de secondes et l'essuyer de nouveau avant de reprendre.
Le pourquoiL'huile transmet la chaleur par conduction et convection bien plus vite que l'air : le fil de pâte gélatinise et se déshydrate en surface en quelques secondes, ce qui fige le maillage avant qu'il ne s'affaisse.
Tenir l'outil au-dessus de la plaque et le promener en va-et-vient rapides d'un bord à l'autre, puis recommencer perpendiculairement pour croiser les fils, en tournant enfin la main pour fermer le pourtour. Les passes croisées sont ce qui fait la dentelle : c'est le maillage, et non la quantité de pâte, qui donne une feuille tenant en un seul morceau et évoquant le tissu. Le bruit est celui d'une pluie fine sur l'huile, et la trame passe du blanc laiteux au blond en une trentaine de secondes. La cible est un disque de la taille d'une petite assiette, ajouré, sans trou de plus d'un centimètre ni zone pleine. Si la trame reste percée, repasser un ou deux filets sur les manques tant que la première couche est encore humide, jamais après.
Le pourquoiChaque fil qui rencontre un fil déjà posé se soude par gélatinisation de l'amidon encore humide ; passé quelques secondes, la surface est sèche et les couches ne collent plus, d'où l'obligation de croiser vite.
Glisser une baguette pointue sous un bord, décoller la feuille, la plier en deux sur elle-même puis une fois encore pour obtenir une demi-lune ou un carré d'éventail, tant qu'elle est chaude. Ce pliage est ce qui fait naître l'image du vêtement offert aux ancêtres : c'est de lui que le gâteau tire sa fonction rituelle dans le หมฺรับ. La feuille doit rester assez souple pour se courber sans craquer, et le pli doit tenir seul en refroidissant. La cible est une pièce épaisse, mate, à peine grasse, qui plie comme une étoffe et non comme une feuille de papier. Si elle craque déjà, c'est qu'elle a trop cuit : la reposer dix secondes sur la plaque tiède pour la ramollir avant de reprendre le pli.
Le pourquoiTant que la température reste haute, l'amidon gélatinisé demeure plastique ; en refroidissant il rétrograde, se réorganise en zones cristallines et devient cassant — d'où l'obligation absolue de plier à chaud.
Pour la version croustillante, saupoudrer les feuilles de la chet de sucre de palme râpé puis les faire sécher au soleil, ou bien monter une pâte plus riche en farine de riz et en huile et rouler la dentelle brûlante en bâtonnet dès la sortie de plaque, les deux voies étant décrites par la Wikipédia thaïe et par Thairath. Elles ne visent pas la même chose : le séchage au soleil déshydrate lentement et donne un croquant sec de longue garde, tandis que le roulage à chaud fabrique la ลางู, la la serpent de Pak Phanang, vendue toute l'année en souvenir. Le sucre doit fondre à peine puis recristalliser en voile blanc mat, et la pièce doit claquer sèchement à la cassure. La cible est une teneur en eau assez basse pour que le gâteau tienne plusieurs semaines en boîte hermétique. Si le croustillant faiblit après quelques jours, repasser les pièces dix minutes au four à 90 °C plutôt que de les remettre au soleil, qui les ternit.
Le pourquoiLe croustillant tient à la teneur en eau : une fois l'eau libre partie, la matrice d'amidon passe à l'état vitreux et casse net au lieu de plier ; le sucre recristallisé en surface fait en plus barrière à la reprise d'humidité.
Disposer les pièces au sommet du หมฺรับ (hmrap), le panier d'offrandes à quatre étages, avec les quatre autres gâteaux obligatoires — ขนมพอง le radeau, ขนมบ้า la bille du jeu de saba, ขนมดีซำ la monnaie de cauris et ขนมกง le bijou — ou, hors rituel, les servir simplement empilées sur un plateau. L'ordre compte : les trois premiers étages du panier portent le riz, les épices, l'huile et les objets d'usage, et seul le quatrième reçoit les cinq gâteaux, qui forment la part symbolique de l'offrande. Le plateau doit rester sec et à l'ombre, car la moindre condensation ramollit la trame en quelques minutes. La cible est un empilement stable, chaque pièce séparée de la suivante, qui ne se tasse pas sous son propre poids. Si les pièces ont ramolli, les repasser au four doux et les laisser refroidir à découvert avant de reformer la pile.
Le pourquoiL'amidon rétrogradé reprend l'humidité de l'air avec avidité : dès que l'atmosphère est humide, une dentelle croustillante redevient molle en moins d'une heure, d'où le stockage en boîte hermétique.
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Sourcer ou se taire
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