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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
Sept heures du matin, le premier lundi aprĂšs le 20 septembre : toute la cĂŽte de BohuslĂ€n relĂšve ses casiers en mĂȘme temps, et le homard suĂ©dois se mange dans les heures qui suivent, Ă peine cuit.
La Havs- och vattenmyndigheten, l'agence suĂ©doise de la mer et de l'eau, fixe la premiĂšre Ă sept heures du matin le premier lundi suivant le 20 septembre, une taille minimale de NEUF centimĂštres de carapace mesurĂ©e du fond de l'orbite au bord postĂ©rieur le long de l'axe mĂ©dian, et un maximum de SIX casiers pour la pĂȘche de loisir contre quarante pour les professionnels â quand plusieurs guides grand public consultĂ©s annoncent quatre-vingt-sept millimĂštres et trois casiers.
Sur un sujet réglementaire, c'est l'agence qui fait foi et l'écart est simplement une erreur de reprise.
Le vrai sujet, lui, est ailleurs : la lutte contre la pĂȘche fantĂŽme.
Un casier suédois doit comporter au moins deux ouvertures d'évasion circulaires de soixante millimÚtres de diamÚtre minimum ET un trou de fuite assez large pour laisser passer un cylindre de quinze centimÚtres, maintenu fermé par un FIL DE COTON simple, non traité, de trois millimÚtres d'épaisseur au plus.
La logique est limpide : le coton pourrit en quelques semaines dans l'eau de mer, si bien qu'un casier perdu s'ouvre tout seul et cesse de capturer.
Le Göteborgs stadsmuseum rappelle que le problĂšme est nĂ© du matĂ©riau â avant la Seconde Guerre mondiale, les casiers Ă©taient des cadres de bois habillĂ©s de filet de coton, qui se dĂ©gradaient naturellement, et ce sont les synthĂ©tiques modernes qui ont créé la pĂȘche fantĂŽme.
Le troisiĂšme point est biologique et non nĂ©gociable : il est interdit de pĂȘcher un homard portant des Ćufs externes, et une semaine d'interdiction totale des engins prĂ©cĂšde la premiĂšre le long de la cĂŽte du Skagerrak et du Kattegat, Ă quelques exceptions prĂšs dont les filets Ă hareng et Ă maquereau et le casier Ă langoustine au-delĂ de trente mĂštres de fond.
Enfin, le savoir de terrain lui-mĂȘme a une source nommĂ©e : l'intendant Olof Hasslöf a menĂ© en 1929 une expĂ©dition documentaire du musĂ©e dans les communautĂ©s de pĂȘcheurs de BohuslĂ€n, notamment aux Ăźles Koster, et sa thĂšse de 1949 reste l'ouvrage de rĂ©fĂ©rence sur la pĂȘche de la cĂŽte ouest.
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Remplir une trĂšs grande marmite d'eau, ajouter le gros sel Ă raison de deux cuillerĂ©es Ă soupe par litre, le sucre et les couronnes d'aneth, puis porter Ă Ă©bullition franche et laisser bouillir cinq minutes pour que l'aneth donne son parfum. L'eau doit sentir l'aneth avant qu'on y mette quoi que ce soit â c'est le repĂšre. La cible est un bouillon trĂšs salĂ©, franchement parfumĂ©, en Ă©bullition vigoureuse. Si l'aneth n'a pas de couronne et qu'on n'a que des brins, en mettre le double et prolonger de cinq minutes : les graines de l'ombelle portent l'essentiel de l'arĂŽme.
Le pourquoiLa carapace du homard est peu perméable ; le sel ne pénÚtre la chair que par les jointures et par osmose pendant le refroidissement, ce qui exige une concentration de départ trÚs élevée pour obtenir une chair correctement assaisonnée.
Saisir chaque homard par le dos, derriĂšre les pinces, et le plonger TĂTE LA PREMIĂRE dans le bouillon en pleine Ă©bullition, puis couvrir. Compter le temps Ă partir de la reprise de l'Ă©bullition : environ douze minutes pour un homard de cinq Ă six cents grammes, quinze pour un de huit cents. Ne cuire que deux homards Ă la fois au maximum, sans quoi la tempĂ©rature s'effondre. La carapace passe du bleu-noir au rouge vif en quelques minutes. La cible est un homard rouge uniforme dont la queue est repliĂ©e sous le corps. Si l'on ne peut se rĂ©soudre Ă la cuisson vivante, tuer le homard d'un coup de couteau ferme et rapide dans la croix marquĂ©e sur le dessus de la tĂȘte juste avant de le plonger â mais jamais plusieurs minutes avant, les enzymes digestives dĂ©gradant la chair trĂšs vite.
Le pourquoiLa couleur rouge vient de l'astaxanthine, un carotĂ©noĂŻde normalement liĂ© Ă une protĂ©ine bleue, la crustacyanine ; la chaleur dĂ©nature cette protĂ©ine et libĂšre le pigment. Le virage complet au rouge signale donc que la chaleur a bien atteint toute la surface, mais pas que le cĆur est cuit â d'oĂč le chronomĂštre.
Retirer la marmite du feu et la poser aussitĂŽt dans un Ă©vier ou une bassine d'eau glacĂ©e, en renouvelant cette eau plusieurs fois jusqu'Ă ce que le bouillon soit franchement froid. Les homards refroidissent DANS leur bouillon et continuent de s'imprĂ©gner de sel et d'aneth pendant tout ce temps. La cible est un homard froid Ă cĆur, encore dans un bouillon parfumĂ©. Ce refroidissement rapide est ce qui sĂ©pare un homard ferme d'un homard cotonneux : laissĂ© tiĂ©dir lentement Ă l'air, il continue de cuire par inertie pendant un quart d'heure. Si l'on veut le manger tiĂšde, Ă©courter Ă dix minutes de refroidissement seulement.
Le pourquoiLa chair de crustacĂ© continue de monter en tempĂ©rature plusieurs minutes aprĂšs le retrait du feu, et ses protĂ©ines se contractent au-delĂ de soixante-dix degrĂ©s Ă cĆur en expulsant leur eau â d'oĂč la texture cotonneuse. Un refroidissement brutal stoppe net cette montĂ©e.
Poser le homard sur le dos, dĂ©tacher les pinces d'une torsion, sĂ©parer la queue du coffre, puis fendre la queue en deux dans la longueur avec un couteau lourd, en appuyant d'un coup net. Casser les pinces d'un coup sec de dos de couteau ou de casse-noix, sans marteler â chaque coup superflu envoie des Ă©clats de carapace dans la chair. Retirer le boyau noir qui court le long de la queue. La chair doit ĂȘtre blanche et nacrĂ©e, ferme, se dĂ©tachant d'un bloc. La cible est une queue en deux demi-queues entiĂšres et des pinces dĂ©gagĂ©es sans esquilles. Si la chair adhĂšre Ă la carapace, c'est que le homard est trop chaud : le laisser refroidir dix minutes de plus.
Le pourquoiLe muscle de la queue se rétracte en refroidissant et se décolle de la carapace ; à chaud il y adhÚre encore, ce qui explique qu'un homard tiÚde se décortique beaucoup moins proprement qu'un homard froid.
Dresser les demi-queues et la chair des pinces sur un plat, parsemer d'aneth en pluches, poser les quartiers de citron Ă cĂŽtĂ© et servir la mayonnaise â enrichie du corail si l'on en a â dans un bol, avec du pain grillĂ© beurrĂ© ou du hönökaka. Le homard se mange froid Ă la mayonnaise ou tiĂšde au beurre fondu, les deux Ă©coles coexistant sur la cĂŽte de BohuslĂ€n. La cible est une chair nacrĂ©e et ferme, Ă peine salĂ©e en surface, qui garde son sucrĂ©. Si le homard a Ă©tĂ© servi trop tĂŽt et paraĂźt tiĂšde et mou, le remettre dix minutes au froid : il se raffermira nettement.
Le pourquoiLes composĂ©s sucrĂ©s de la chair de homard â glycine et autres acides aminĂ©s libres â sont mieux perçus autour de dix Ă quinze degrĂ©s qu'Ă tempĂ©rature de service chaude, oĂč la salinitĂ© domine.
Garder les carcasses et les tĂȘtes, les concasser et les faire revenir Ă l'huile chaude avant de les mouiller d'un peu du bouillon de cuisson : on obtient en vingt minutes un fond de homard qui fera une bisque ou une sauce. Le bouillon de cuisson lui-mĂȘme, salĂ© et parfumĂ© Ă l'aneth, peut servir Ă cuire des moules ou des pommes de terre le lendemain. La cible est de ne rien jeter d'un produit aussi cher. Si l'on ne s'en sert pas tout de suite, le fond se congĂšle parfaitement en portions.
Le pourquoiLes carapaces concentrent l'astaxanthine, des acides aminés libres et des nucléotides ; la torréfaction déclenche des réactions de Maillard sur ces composés et produit les arÎmes rÎtis caractéristiques d'un fond de crustacé, absents d'un simple bouillon.
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Sourcer ou se taire
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