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Atlas Culinaire · Cameroun · Grassfields & Ouest
Le Kondrè (nkondrè en orthographe lettrée) est LE plat-totem de fête des Grassfields camerounais — gros tronçons de banane plantain verte non mûre mijotés 2 à 3 heures dans une cocotte unique avec viande de porc (préférée), chèvre noble ou bœuf, huile de palme rouge, et le trio sacré d'épices bamiléké — pèbè (Monodora myristica), djansang/njansa (Ricinodendron heudelotii) et rondelle (4-côtés, esesè) — auxquels s'ajoutent poivre blanc et noir de Penja, clou de girofle, basilic africain, ail, gingembre, oignon. Plat de mariages, deuils, voire-bébé, retours au village, intronisations — la cuisson démarre la veille au soir et tient toute la nuit sur braises douces, donnant aux plantains une coloration sombre signature et un parfum boisé inimitable. À ne pas confondre avec le Poulet DG (CM002 — plantain plus jeune + poulet frit, plat citadin) ni avec la sauce arachide-plantain.
Dans les Grassfields de l'Ouest camerounais, le Kondrè est le plat qui dit « fête ». On ne le sort pas un soir de semaine : il paraît aux mariages, aux deuils, aux naissances (le « voir-bébé »), aux retours au village et, surtout, aux intronisations de chefs. De gros tronçons de banane plantain verte, non mûre, mijotent des heures dans une cocotte unique avec de la viande — le porc de préférence, la chèvre pour les grandes cérémonies, parfois le bœuf en ville — de l'huile de palme rouge et le trio d'épices sacré des chefferies bamiléké.
Le Kondrè aligne les querelles, toutes bien vivantes dans la presse et la diaspora bamiléké.
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Huilez-vous les mains (2 c. à s. d'huile neutre) pour éviter que la sève noire des plantains verts ne tache la peau. Fendez la peau dans la longueur en deux entailles, décollez-la au pouce et libérez la chair entière. Vérifiez que les plantains sont bien VERTS (jaune au pied tout juste toléré, jamais mûrs). Coupez en gros tronçons de 4 à 5 cm. Réservez dans l'eau froide légèrement salée.
Le pourquoiLe plantain vert, riche en amidon et pauvre en sucre, tient les 2-3 h de mijotage sans se défaire : c'est lui qui fait le Kondrè.
Au mortier, concassez grossièrement le pèbè (4 graines) en éclats musqués. Grillez à sec 2 min les graines de djansang, puis concassez-les en éclats moyens. Concassez de même les 3 rondelles (quatre-côtés) au parfum camphré. Pilez à part l'ail (8 gousses) et le gingembre (60 g) en pâte grossière, ainsi que les poivres de Penja et les clous de girofle.
Le pourquoiConcassées grossièrement au mortier, pèbè, djansang et rondelle libèrent leur parfum lentement, tout au long de la mijotée.
Dans une grande cocotte à fond épais, chauffez 4 c. à s. d'huile de palme rouge (mbanga) jusqu'à frémissement cuivré. Saisissez les morceaux de porc (échine, épaule, jarret) en une seule couche, 3 min par face, pour caraméliser. Réservez la viande, puis faites suer les oignons émincés 8 min dans les sucs, jusqu'à translucidité dorée.
Le pourquoiLa saisie caramélise la viande (réaction de Maillard) et fonde les sucs qui donneront sa profondeur au bouillon.
Sur les oignons, ajoutez l'ail-gingembre 1 min sans coloration. Incorporez le trio d'épices concassées, les poivres de Penja et 6 clous de girofle ; remuez 30 s pour libérer les huiles. Ajoutez les tomates pelées concassées (et un peu de concentré) et cuisez 8 min jusqu'à une pâte épaisse rougeoyante. Ajoutez 3 feuilles de laurier et le piment frais entier.
Le pourquoiFaire revenir les épices et la tomate dans l'huile chaude ouvre leurs huiles essentielles et bâtit la couleur cuivrée signature.
Remettez la viande dans la base et enrobez-la. Versez 1,5 L d'eau frémissante à hauteur plus 3 cm, couvrez partiellement et laissez frémir 45 min. Ajoutez alors les tronçons de plantain égouttés, poussez-les pour les couvrir presque, et poursuivez à frémissement très doux 1 h 30, jusqu'à ce que le plantain soit fondant et la viande se détache.
Le pourquoiLa viande démarre seule 45 min pour attendrir, puis le plantain la rejoint : chacun cuit son temps dans le même bouillon.
Quand le plantain est tendre à cœur mais entier et la viande fondante, ajoutez le basilic africain (masepo) ciselé et mélangez sans casser les tronçons. Rectifiez le sel seulement maintenant, poivrez, et relancez d'un trait d'huile de palme rouge fraîche. Retirez piment entier et laurier, couvrez et laissez reposer 10 min.
Le pourquoiLe basilic ajouté en fin parfume sans cuire ; un trait d'huile de palme fraîche ravive la robe cuivrée.
Servez le Kondrè bien chaud dans un grand pot unique au centre de la table (terre cuite idéalement), viande et tronçons cuivrés répartis visibles, parsemés de persil ou coriandre. Posez à côté un ramequin de pili-pili et un filet d'huile de palme rouge pour qui veut. Accompagnez de vin de palme ou de raphia, ou d'une bière camerounaise fraîche.
Le pourquoiLe Kondrè est un plat de partage : un seul grand pot au centre, jamais des assiettes individuelles compassées.
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Le cousin citadin au plantain : le Poulet DG marie poulet frit et plantain plus jeune dans une sauce tomate, là où le Kondrè veut du vert et la longue mijotée.
Voir la recette →CousineL'autre grand plat de fête camerounais, côté Douala-Sawa : feuilles amères et arachides, contrepoint littoral du Kondrè des Grassfields.
Voir la recette →CousineAutre totem bamiléké, la soupe mucilagineuse des deuils : Kondrè et Nkui encadrent les grandes cérémonies de chefferie.
Voir la recette →CousineLa soupe jaune des Grassfields, servie à la chefferie comme le Kondrè, autour du taro pilé et de l'huile de palme.
Voir la recette →La version noble des grandes intronisations : mêmes plantains verts et trio d'épices bamiléké, mais à la chèvre, souvent épaissie de taro.
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