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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
La mĂȘme boulette change de pĂąte Ă chaque frontiĂšre de province : crue et cuite Ă Ăland, cuite au SmĂ„land, presque tout crue en Blekinge â et l'on se dispute publiquement Ă Borgholm chaque annĂ©e.
Quatre provinces, quatre pĂątes.
L'ĂLĂNDSKA, la version de rĂ©fĂ©rence, mĂȘle pomme de terre CRUE et pomme de terre CUITE avec de la farine de blĂ©.
La SMĂ LĂNDSKA emploie de la pomme de terre cuite, de la farine et un Ćuf.
La GOTLĂNDSKA s'en tient Ă la pomme de terre cuite et Ă la farine.
Et la version de BLEKINGE n'emploie presque QUE de la pomme de terre crue avec trĂšs peu de farine â celle qui, note l'inventaire, demande le temps de cuisson le plus long.
Ce n'est donc pas une recette avec des variantes, ce sont quatre boulettes qui portent le mĂȘme nom.
Le service diffĂšre tout autant : Ăland les sert au beurre clarifiĂ© avec de la crĂšme lĂ©gĂšre ou du lait et parfois de la confiture d'airelles, Gotland avec une sauce blanche, et le SmĂ„land y ajoute parfois de la MOUTARDE â ce qui dĂ©concerte quiconque a grandi avec la version d'Ăland.
DeuxiĂšme point, souvent ignorĂ© : il existe une version NON FARCIE, appelĂ©e blinning, que l'inventaire mentionne au mĂȘme titre que la version farcie.
TroisiĂšme point, et il est social : la tradition a ses institutions publiques.
Une kroppkakefest se tient depuis la fin du XIXᔠsiÚcle aux nations de Kalmar de Lund et d'Uppsala, et Borgholm organise chaque année une kroppkakedag avec préparations locales et concours de mangeurs.
Enfin, la parenté avec le pitepalt du Norrbotten est réelle mais la frontiÚre est nette : la kroppkaka est plus petite, comporte une part de pomme de terre cuite dans la plupart de ses versions, et se parfume systématiquement au piment de la Jamaïque, que le palt du Nord ignore le plus souvent.
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Peler les pommes de terre cuites la veille et refroidies, puis les passer au presse-purĂ©e directement dans un grand saladier. Elles doivent ĂȘtre franchement froides : une pomme de terre chaude libĂšre un amidon gonflĂ© qui rend la pĂąte collante et donne une boulette Ă©lastique. La purĂ©e obtenue doit ĂȘtre sĂšche et floconneuse, pas lisse. La cible est un tas de purĂ©e aĂ©rĂ©e, sans grumeau. Ne JAMAIS employer un robot : les lames rompent les cellules et libĂšrent l'amidon, ce qui produit une pĂąte Ă la colle.
Le pourquoiLes granules d'amidon gélatinisés d'une pomme de terre chaude sont gonflés et fragiles ; toute contrainte mécanique les rompt et libÚre l'amylose, qui rend la masse gluante. En refroidissant, ils rétrogradent et recristallisent, ce qui les rend beaucoup plus résistants.
RĂąper les pommes de terre crues Ă la grille fine, verser la rĂąpure dans un torchon et la tordre au-dessus d'un saladier jusqu'Ă ce qu'il n'en sorte plus rien. Laisser reposer le jus dix minutes, jeter le liquide clair et rĂ©cupĂ©rer au fond la fĂ©cule blanche dĂ©posĂ©e, qu'on remet dans la pĂąte. La rĂąpure bien essorĂ©e est presque sĂšche et commence Ă rosir. La cible est une rĂąpure sans eau libre et une cuillerĂ©e de fĂ©cule rĂ©cupĂ©rĂ©e. C'est exactement le geste du pitepalt, et pour la mĂȘme raison : chaque cuillerĂ©e d'eau laissĂ©e devra ĂȘtre rachetĂ©e par de la farine.
Le pourquoiLa pomme de terre crue est composée à environ quatre-vingts pour cent d'eau retenue dans les cellules ; la rùpe les rompt et libÚre cette eau ainsi que l'amidon. Récupérer la fécule décantée concentre le liant naturel au lieu de le remplacer par du gluten.
MĂ©langer la purĂ©e froide, la rĂąpure essorĂ©e, la fĂ©cule rĂ©cupĂ©rĂ©e, le sel et Ă©ventuellement l'Ćuf, puis incorporer la farine par petites poignĂ©es du bout des doigts, en s'arrĂȘtant dĂšs que la pĂąte se tient. Elle doit pouvoir ĂȘtre roulĂ©e sans coller aux paumes mais rester souple. La cible est une pĂąte qui contient le moins de farine possible. Si elle colle malgrĂ© une farine gĂ©nĂ©reuse, c'est que la rĂąpure n'a pas Ă©tĂ© assez essorĂ©e â mieux vaut la repasser au torchon que continuer Ă charger.
Le pourquoiTravailler longuement une pùte de pomme de terre développe le gluten de la farine ET rompt davantage de granules d'amidon : les deux mécanismes concourent à l'élasticité, qui est exactement le défaut qu'on cherche à éviter.
MĂȘler les dĂ©s de lard, l'oignon et le piment de la JamaĂŻque. Diviser la pĂąte en douze parts, aplatir chacune dans la paume humide, creuser un puits au pouce, y dĂ©poser une cuillerĂ©e de farce, refermer en pinçant et rouler jusqu'Ă obtenir une boule lisse, sans pli ni fissure. La kroppkaka est plus PETITE que le palt du Norrbotten â de la taille d'une grosse noix plutĂŽt que d'une mandarine. La cible est une boule tendue et mate. Si l'une se fend au roulage, l'ouvrir franchement, ajouter une pincĂ©e de pĂąte et refermer : un rapiéçage de surface ne tient pas trente minutes dans l'eau.
Le pourquoiUne surface lisse forme dĂšs les premiĂšres secondes dans l'eau chaude une pellicule d'amidon gĂ©latinisĂ© qui referme la boulette. Un pli empĂȘche cette pellicule de se souder et devient le point de rupture.
Porter une grande marmite d'eau salĂ©e Ă Ă©bullition puis BAISSER le feu jusqu'au simple frĂ©missement. DĂ©poser les boulettes Ă l'Ă©cumoire, sans les entasser. Elles descendent, puis remontent : compter Ă partir de lĂ vingt-cinq Ă trente minutes pour la version d'Ăland. La version de Blekinge, presque toute crue, demande sensiblement plus longtemps â l'inventaire national le signale explicitement. La cible est une kroppkaka gonflĂ©e, ferme sous le doigt. Cuire une boulette d'essai avant la fournĂ©e : c'est le seul contrĂŽle fiable, la teneur en eau des pommes de terre variant d'un sac Ă l'autre.
Le pourquoiL'amidon gélatinise entre soixante et soixante-dix degrés et prend alors sa structure définitive ; une ébullition franche agite mécaniquement la boulette avant que cette prise soit achevée et la déchire.
Sortir les kroppkakor Ă l'Ă©cumoire et les servir brĂ»lantes, trois par personne. Ă la mode d'Ăland, napper de beurre clarifiĂ© et verser un peu de crĂšme lĂ©gĂšre ou de lait froid, avec Ă©ventuellement de la confiture d'airelles. Ă la mode de Gotland, servir avec une sauce blanche. Au SmĂ„land, on ajoute parfois de la moutarde. La cible est une boulette brĂ»lante que le beurre et le liquide froid contrastent. Les kroppkakor froides se coupent en deux et se poĂȘlent au beurre le lendemain, exactement comme le palt.
Le pourquoiL'amidon chaud est perçu comme sec et pĂąteux ; un liquide froid et gras le lubrifie et abaisse la tempĂ©rature de la bouchĂ©e dans la zone oĂč les arĂŽmes du lard et du piment de la JamaĂŻque sont le mieux perçus.
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Sourcer ou se taire
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