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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Une tranche de taro, une tranche de lard, une tranche de taro : le plat de banquet du Guangxi, monté à l'envers dans un bol et retourné à la dernière seconde
Le taro de Lipu traîne une légende impériale mettant en scène l'empereur Qianlong et son ministre : on la trouve dans les présentations touristiques, les emballages et les guides.
Or elle ne vient pas d'une chronique mais d'un feuilleton télévisé des années 1990 qui a popularisé le motif.
Ce qui est documenté, en revanche, l'est solidement : le taro de Lipu figurait sous les Qing parmi les produits de tribut du Guangxi, envoyés chaque fin d'année à la cour, et le plat lui-même est rapporté aux cuisiniers du nord de la province sous l'ère Jiaqing.
Un produit de tribut avéré vaut mieux qu'une anecdote impériale inventée, et il suffit largement à situer le plat.
Deuxième point, la construction, et c'est ce qui distingue ce plat de son cousin hakka déjà présent dans cet atlas : là-bas la viande repose sur un LIT de chou de moutarde conservé, ici les tranches de taro sont INTERCALÉES une à une entre les tranches de poitrine.
La différence n'est pas cosmétique : le taro absorbe le gras qui fond pendant la cuisson vapeur et le rend en fondant, si bien que chaque bouchée associe obligatoirement les deux.
Un taro posé à côté, ou en couche unique au fond, ne fait pas ce travail.
Troisième point, le taro lui-même : celui de Lipu est un taro à grande racine, farineux et parfumé, dont la chair montre des veines violettes.
Employer un taro aqueux donne des tranches qui se délitent à la friture puis se dissolvent à la vapeur, et le plat s'effondre au démoulage.
Quatrième point technique, le piquage : la couenne pochée doit être criblée de trous à l'aiguille avant la friture, sinon elle ne boursoufle pas et reste dure sous la dent.
C'est le geste le plus souvent escamoté et le plus déterminant.
Enfin le statut : le plat figure depuis 2018 parmi les dix classiques du Guangxi retenus par le programme national « Cuisine de Chine », mais l'énumération des 4 234 projets du registre national du patrimoine culturel immatériel ne contient aucun projet à son nom, et les portails de la région autonome ne répondent dans aucun des trois modes testés.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Plonger le morceau de poitrine entier dans une grande casserole d'eau froide avec du gingembre et un trait de vin de riz, porter à frémissement et laisser cuire jusqu'à mi-cuisson seulement — une baguette doit entrer dans le maigre en rencontrant encore de la résistance. Égoutter et laisser tiédir. Ce pochage partiel raffermit la viande pour qu'elle se tranche net, sans la cuire à cœur : la vapeur finale s'en chargera.
Le pourquoiLa coagulation partielle des protéines musculaires donne au morceau la cohésion nécessaire à une découpe régulière, impossible sur une viande crue ou entièrement cuite.
Éponger la couenne tiède puis la piquer partout d'une aiguille ou d'une fourchette fine, en trous serrés et réguliers, sans traverser jusqu'au maigre. Frotter ensuite de sauce soja épaisse pour la colorer, et laisser sécher quelques minutes. Ce piquage est le geste le plus souvent escamoté et le plus déterminant : non piquée, la couenne reste lisse, dure et élastique quelle que soit la durée de la cuisson vapeur.
Le pourquoiLes perforations laissent l'eau résiduelle s'échapper sous forme de vapeur pendant la friture, ce qui fait boursoufler la couenne et rompt le réseau de collagène qui la rendrait coriace.
Chauffer l'huile et y descendre le morceau, couenne vers le bas, derrière un couvercle tenu comme un bouclier — la projection est violente. Frire jusqu'à ce que la couenne boursoufle et prenne une couleur ambrée, puis égoutter. Frire ensuite les tranches de taro jusqu'à ce qu'elles dorent sur les arêtes en restant fermes. Les deux fritures sont distinctes et ne se mènent pas ensemble.
Le pourquoiL'eau piégée sous la couenne se vaporise brutalement au contact de l'huile et soulève la peau en alvéoles, structure qui absorbera ensuite le jus pendant la cuisson vapeur.
Détailler la poitrine refroidie en tranches d'environ un demi-centimètre, couenne comprise, et vérifier que les tranches de taro ont la même épaisseur et la même longueur. L'égalité des deux est ce qui permet le montage serré : des tranches inégales laissent des vides, le dôme s'affaisse au démoulage et le jus s'échappe par les interstices au lieu d'imprégner l'ensemble. Écarter les tranches trop courtes et les réserver pour le fond du bol, où elles ne se verront pas au démoulage.
Le pourquoiL'homogénéité dimensionnelle conditionne le contact thermique et la migration du gras fondu vers le taro, qui est le principe même du plat.
Écraser le fromage de soja rouge dans un bol et le délayer avec la sauce soja claire, le vin de riz, le sucre, les cinq-épices, l'ail écrasé et le gingembre. Passer chaque tranche de viande et chaque tranche de taro dans cette sauce, en les enrobant sans les noyer. Le fromage de soja rouge n'est pas un détail régional : c'est lui qui donne la couleur et la profondeur salée-fermentée qui signent tous les plats renversés du Sud.
Le pourquoiLe tofu fermenté apporte à la fois des acides aminés libres issus de la protéolyse et des pigments, ce qui donne simultanément le goût umami et la teinte acajou.
Ranger les tranches dans un bol creux en commençant par la viande, PEAU VERS LE BAS, contre le fond, puis en alternant strictement une tranche de taro et une tranche de viande, bien serrées les unes contre les autres. Verser le reste de sauce. Ce montage inversé est ce qui donne, une fois le bol retourné, un dôme régulier où la couenne brille sur le dessus — le plat s'appelle littéralement « viande renversée ».
Le pourquoiLe contact serré permet au gras fondu de la viande de migrer directement dans le taro voisin au lieu de s'écouler au fond du bol.
Poser le bol dans un cuit-vapeur et cuire à vapeur soutenue au moins deux heures, en surveillant le niveau d'eau du chaudron. La viande devient fondante, la couenne gélatineuse et tremblante, le taro s'imbibe du gras qui a fondu. C'est ici que le plat se fait, et le temps ne se raccourcit pas : à une heure, la couenne est encore ferme et le taro n'a pas pris le gras.
Le pourquoiLa conversion du collagène de la couenne en gélatine demande plusieurs heures à température de vapeur, et c'est le gras fondu simultanément qui imprègne le taro.
Sortir le bol brûlant, poser le plat de service dessus en le plaquant fermement, et retourner l'ensemble d'un seul geste assuré avant de soulever le bol. Le dôme apparaît, couenne luisante sur le dessus, tranches alternées visibles sur les flancs, et le jus s'écoule autour. Parsemer de coriandre et de ciboule et servir immédiatement. Une hésitation à mi-parcours renverse le jus bouillant et défait le montage.
Le pourquoiLa gélatine encore chaude est fluide et ne tient pas le montage ; c'est la rapidité du geste, et non la structure, qui préserve la forme au démoulage.
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Sourcer ou se taire
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