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Atlas Culinaire · Bosnie-Herzégovine · Europe
Le premier produit alimentaire des Balkans occidentaux inscrit au registre europĂ©en des indications gĂ©ographiques â une meule dorĂ©e du karst de Livno, au goĂ»t de cerneau de noix qui devient piquant en vieillissant.
La Bosnie n'étant pas membre de l'Union, l'enregistrement passe par la procédure ouverte aux pays tiers, et il a été précédé d'une protection nationale en oznaka zemljopisnog podrijetla auprÚs de l'Agencija za sigurnost hrane.
Trois points mĂ©ritent d'ĂȘtre tranchĂ©s.
Le premier tient Ă une confusion frĂ©quente dans le registre bosnien lui-mĂȘme, qui porte DEUX entrĂ©es voisines : le « Livanjski sir » en indication gĂ©ographique et le « Livanjski izvorni sir », le Livanjski originel, sous oznaka izvornosti â une appellation d'origine, donc un rĂ©gime plus strict.
Les deux coexistent et ne dĂ©signent pas la mĂȘme chose ; parler du « Livanjski » sans prĂ©ciser lequel revient Ă confondre une IGP et une AOP.
Le deuxiĂšme point porte sur le lait.
Le fromage est nĂ© en 1886 et il Ă©tait alors exclusivement au lait de brebis ; aujourd'hui le cahier des charges admet le lait de vache, celui de brebis ou un mĂ©lange des deux, ce qui a beaucoup fait dĂ©bat localement â les puristes tiennent que seule la brebis donne le goĂ»t de cerneau de noix caractĂ©ristique.
Le troisiĂšme point est gĂ©ographique et il surprend : l'aire ne se limite pas Ă la commune de Livno mais couvre aussi Tomislavgrad, Kupres, GlamoÄ, Grahovo et Drvar, c'est-Ă -dire l'ensemble des hauts plateaux karstiques du sud-ouest.
Ce n'est pas une extension de complaisance : l'arÎme du fromage vient des herbes aromatiques de ces pùturages d'altitude, et c'est cette végétation, plus que la ville, qui fait le produit.
Enfin, et c'est notable, Alija LakiĆĄiÄ ne le mentionne pas dans son « Bosanski kuhar » de 1975, oĂč il dĂ©crit pourtant longuement les fromages bosniens â le Livanjski, nĂ© d'une initiative austro-hongroise et de facture alpine, est restĂ© longtemps en marge du canon culinaire ottoman que recense cet ouvrage.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Partir d'un lait cru de la traite du jour, issu de troupeaux pĂąturant les plateaux karstiques entre Livno, Kupres et GlamoÄ. Filtrer et contrĂŽler l'aciditĂ© et la propretĂ©. Le lait doit sentir franchement le pĂąturage, sans aucune note d'Ă©table. C'est ici que se joue l'arĂŽme final : ce sont les herbes aromatiques de ces hauts plateaux qui donnent au fromage sa signature, et aucun affinage ne rattrapera un lait de fourrage sec. Amener Ă 32-34 °C.
Le pourquoiLes composés terpéniques des plantes de pùturage passent dans la matiÚre grasse du lait et survivent à l'affinage ; c'est le mécanisme documenté du lien entre végétation et arÎme.
Ajouter la prĂ©sure diluĂ©e et brasser une minute pour la rĂ©partir, puis IMMOBILISER complĂštement le lait. Laisser coaguler 30 Ă 40 minutes sans y toucher. Le caillĂ© est prĂȘt quand il se dĂ©tache proprement de la paroi et qu'une lame introduite en biais puis soulevĂ©e fait une cassure nette et franche, aux bords vifs, laissant sourdre un sĂ©rum limpide et lĂ©gĂšrement verdĂątre. Si la cassure est molle et le sĂ©rum blanchĂątre, il faut attendre encore.
Le pourquoiLa présure clive la caséine kappa et déstabilise les micelles, qui s'agrÚgent en un gel ; couper trop tÎt disperse la matiÚre grasse dans le sérum et fait chuter le rendement.
DĂ©couper le caillĂ© Ă la lyre en quadrillage, puis affiner le tranchage jusqu'Ă obtenir des grains de la taille d'un grain de maĂŻs. ProcĂ©der LENTEMENT et rĂ©guliĂšrement â un tranchage brutal fait des fines qui partent dans le sĂ©rum et emportent le rendement. Laisser reposer cinq minutes aprĂšs le dĂ©coupage, puis brasser doucement. Les grains doivent se raffermir et rouler librement les uns sur les autres. Plus le grain est fin, plus le fromage sera sec et dur ; pour un Livanjski, on vise petit.
Le pourquoiLa taille du grain détermine la surface d'égouttage : un grain fin expulse davantage de sérum, ce qui donne la pùte dure et le taux de matiÚre sÚche élevé exigés par le cahier des charges.
Remonter progressivement la tempĂ©rature jusqu'Ă 45-48 °C, sur trente minutes environ, en brassant sans arrĂȘt. Cette cuisson du grain est ce qui fait la pĂąte dure. Les grains se contractent, expulsent leur sĂ©rum et deviennent Ă©lastiques et brillants. Ne jamais monter brutalement : un choc thermique croĂ»te l'extĂ©rieur du grain et emprisonne le sĂ©rum au cĆur. Poursuivre le brassage jusqu'Ă ce qu'une poignĂ©e de grains pressĂ©e dans la main forme une masse qui se ressoude, puis se sĂ©pare de nouveau quand on la frotte.
Le pourquoiLa chaleur accĂ©lĂšre la synĂ©rĂšse, la contraction du rĂ©seau de casĂ©ine qui expulse le sĂ©rum ; graduelle, elle Ă©galise l'humiditĂ© entre le cĆur et la surface du grain.
Soutirer le sĂ©rum, rassembler les grains et les transfĂ©rer dans des moules cylindriques garnis de toile. Presser progressivement, en augmentant la charge par paliers et en retournant la meule plusieurs fois dans les premiĂšres heures â chaque retournement Ă©galise l'Ă©gouttage et referme la surface. Presser au total 6 Ă 12 heures. La meule doit sortir compacte, Ă surface lisse et fermĂ©e, sans fissure ni ouverture visible sur les faces.
Le pourquoiLe pressage soude les grains entre eux en une pĂąte continue et chasse le sĂ©rum interstitiel ; une pĂąte mal soudĂ©e garde des interstices oĂč se dĂ©velopperont des moisissures internes.
DĂ©mouler et plonger les meules dans une saumure saturĂ©e et froide, entre 10 et 12 °C. Compter environ un jour par kilo de fromage. Retourner les meules Ă mi-parcours, car la partie Ă©mergĂ©e sale moins. Le sel pĂ©nĂštre lentement de la surface vers le cĆur et continuera de s'Ă©quilibrer pendant tout l'affinage. La meule ressort ferme, la croĂ»te commence Ă se dessiner. Un salage insuffisant donnera un fromage fade qui s'affine mal ; un salage excessif bloque l'affinage et durcit la pĂąte.
Le pourquoiLe sel régule l'activité de l'eau et sélectionne la flore d'affinage ; il freine les bactéries indésirables tout en laissant travailler les protéolyses lentes qui feront l'arÎme.
Placer les meules en cave d'affinage, entre 12 et 15 °C, Ă 80-85 % d'humiditĂ©. Les retourner et les frotter rĂ©guliĂšrement pendant toute la durĂ©e. Le cahier des charges fixe un minimum de 60 jours, l'optimum se situant autour de 90. La croĂ»te se forme naturellement, lisse, dure et jaune dorĂ© â sans cire ni enduit. La pĂąte dĂ©veloppe d'abord son goĂ»t caractĂ©ristique de cerneau de noix, lĂ©gĂšrement sucrĂ©, puis gagne en piquant avec le temps. Le produit fini doit atteindre au moins 60 % de matiĂšre sĂšche et 45 % de matiĂšre grasse sur extrait sec.
Le pourquoiLa protéolyse et la lipolyse lentes libÚrent peptides et acides gras courts, responsables à la fois du goût de noix et du piquant qui s'installe avec l'ùge.
Sortir le fromage du froid une bonne heure avant de le servir : sous 15 °C, la matiĂšre grasse est figĂ©e et le goĂ»t de cerneau de noix reste totalement inaccessible. Casser la pĂąte en ĂCLATS irrĂ©guliers Ă la pointe d'un couteau Ă fromage plutĂŽt que de la trancher â la pĂąte dure se fend selon ses propres lignes et libĂšre mieux ses arĂŽmes. Servir en meze avec du prĆĄut, des olives d'HerzĂ©govine, du pain de mĂ©nage et un verre de Ćœilavka. Ne pas le rĂąper sur un plat chaud, oĂč il se sĂ©pare et devient huileux.
Le pourquoiLes arÎmes volatils ne se libÚrent qu'au-dessus de 15-18 °C, quand la matiÚre grasse redevient partiellement fluide et relargue les composés qu'elle retenait.
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Sourcer ou se taire
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