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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Un tubercule que la Colombie a presque cessĂ© de manger, mijotĂ© avec une poule de basse-cour â le plat qui porte le nom de sa racine et non de sa viande
L'inventaire du Ministerio de Cultura décrit la malangada comme une « gallina guisada con malanga (mafafa o bore), un tubercule similaire au ñame ; le guiso de la préparation se compose de tomates mûres, oignon, ajà dulce et poivron », source Sånchez & Sånchez, « Paseo de Olla » (MinCultura, 2012, p.
55), avec le SINIC â le systĂšme national d'information culturelle â comme porteur.
Que le plat porte le nom de la racine et non de la volaille indique la hiérarchie réelle : la poule est un apport, la malanga est le sujet.
Or c'est précisément ce tubercule qui a reculé.
Connue selon les régions sous les noms de malanga, mafafa, bore ou otoe (Xanthosoma sagittifolium et espÚces voisines), c'est une racine de culture facile et d'excellent rendement, longtemps centrale dans les cuisines caribéennes et andines colombiennes, aujourd'hui largement remplacée par la pomme de terre, la yuca et le ñame sur les marchés urbains.
Documenter la malangada, c'est documenter une racine en voie de disparition d'usage.
DeuxiÚme point technique et non négociable : la malanga, comme toutes les Aracées, contient des cristaux d'oxalate de calcium qui irritent la peau, la gorge et les muqueuses.
Elle S'ĂPLUCHE AVEC DES GANTS et se cuit COMPLĂTEMENT â une malanga crue ou mal cuite provoque une sensation de brĂ»lure et de picotement en bouche qui n'est pas une question de goĂ»t mais de sĂ©curitĂ©.
TroisiÚme point : la poule utilisée est une gallina criolla, poule de basse-cour adulte, dont la chair ferme exige une heure et demie de mijotage.
Un poulet industriel serait défait en trente minutes et le plat perdrait à la fois sa texture et le bouillon gélatineux qui le lie.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Rincer les morceaux de poule Ă l'eau froide, les frotter au demi-citron vert et au gros sel, laisser dix minutes puis rincer et essuyer. Retirer l'excĂ©dent de peau et de gras des morceaux les plus gras, mais en garder assez : c'est ce gras qui va enrichir le bouillon pendant l'heure et demie de mijotage. La cible est une volaille propre, ferme, sans plume rĂ©siduelle ni odeur. Une gallina criolla est nettement plus grasse et plus ferme qu'un poulet de supermarchĂ© â c'est normal et c'est ce qu'on cherche.
Le pourquoiL'acide citrique et le sel dénaturent les protéines de surface et éliminent les composés volatils responsables de l'odeur forte des volailles fermiÚres adultes.
Chauffer l'huile dans une grande marmite et faire dorer les morceaux de poule sur toutes les faces, huit Ă dix minutes, par petites quantitĂ©s. Retirer et rĂ©server. Couvrir ensuite d'eau les morceaux dorĂ©s remis dans la marmite, saler lĂ©gĂšrement, porter Ă frĂ©missement et cuire quarante-cinq minutes Ă couvert partiel, en Ă©cumant. La cible est une volaille qui commence Ă cĂ©der sous la fourchette et un bouillon devenu dorĂ© et parfumĂ©. Une gallina criolla demande ce temps â vouloir le raccourcir donne une viande ferme et un bouillon plat.
Le pourquoiLa cuisson prolongée hydrolyse le collagÚne abondant d'une volaille adulte en gélatine, ce qui attendrit la chair ET donne au bouillon le corps qui liera tout le plat.
Dans une poĂȘle, faire suer l'oignon, la ciboule, l'ajĂ dulce et le poivron dans un peu d'huile, dix minutes, sans coloration. Ajouter l'ail, le cumin et le color, une minute, puis les tomates concassĂ©es et laisser compoter douze Ă quinze minutes, jusqu'Ă ce que l'eau s'Ă©vapore et que l'huile remonte, orangĂ©e, sur les bords. C'est le guiso caribĂ©en classique, et la fiche officielle en donne exactement les quatre composants. La cible est une base compacte, brillante, trĂšs parfumĂ©e, oĂč plus rien n'est aqueux. Un guiso non rĂ©duit ajoutĂ© au bouillon le dilue au lieu de le parfumer.
Le pourquoiLa remontée de l'huile signale que l'eau de la tomate s'est évaporée : les composés aromatiques liposolubles passent alors dans la matiÚre grasse, qui les redistribuera à tout le plat.
Enfiler des gants. Ăplucher la malanga en retirant gĂ©nĂ©reusement la peau brune et fibreuse et la couche immĂ©diatement en dessous, jusqu'Ă la chair blanche ou lĂ©gĂšrement rosĂ©e. Rincer abondamment et couper en cubes de quatre centimĂštres, en les rĂ©servant au fur et Ă mesure dans de l'eau citronnĂ©e â elle noircit en quelques minutes Ă l'air. La cible est un lot de cubes blancs, fermes, sans trace de peau. Le port de gants n'est pas une prĂ©caution excessive : les cristaux d'oxalate de calcium des AracĂ©es provoquent des dĂ©mangeaisons tenaces sur les mains nues.
Le pourquoiLes raphides d'oxalate de calcium sont des cristaux en aiguilles qui pénÚtrent mécaniquement la peau et les muqueuses ; ils se dissolvent partiellement à l'eau et se dégradent à la cuisson prolongée.
Incorporer le guiso au bouillon de poule, mĂ©langer, puis ajouter la malanga Ă©gouttĂ©e. Poursuivre la cuisson trente Ă quarante minutes Ă frĂ©missement, Ă couvert partiel, jusqu'Ă ce que la malanga soit COMPLĂTEMENT tendre â c'est une exigence de sĂ©curitĂ© autant que de texture. Elle libĂšre son amidon et Ă©paissit sensiblement le plat. Remuer dĂ©licatement de temps en temps en raclant le fond, qui attache facilement une fois le plat Ă©paissi. La cible est une malanga fondante qui garde sa forme, dans une sauce nappante et ambrĂ©e.
Le pourquoiL'amidon de la malanga gĂ©latinise et Ă©paissit le bouillon ; cette mĂȘme cuisson prolongĂ©e dĂ©grade les cristaux d'oxalate, ce qui rend le tubercule sĂ»r et agrĂ©able.
GoĂ»ter et rectifier le sel et le poivre â c'est seulement maintenant, une fois la rĂ©duction achevĂ©e, que l'assaisonnement se juge. Couper le feu, ajouter le cilantro ciselĂ©, couvrir et laisser reposer cinq minutes. La cible est un plat oĂč la volaille se dĂ©tache de l'os, oĂč la malanga est fondante et oĂč la sauce, ambrĂ©e et nappante, tient sur la cuillĂšre. Si le plat est trop Ă©pais, allonger d'un peu de bouillon chaud ; s'il est trop liquide, Ă©craser davantage de malanga plutĂŽt que de prolonger la rĂ©duction, qui dessĂ©cherait la volaille.
Le pourquoiLes composés volatils du cilantro sont détruits au-dessus de 70 °C ; ajoutés hors du feu, ils diffusent dans la vapeur et parfument sans se dégrader.
Servir chaud, dans des assiettes creuses, avec du riz blanc et du bollo limpio. La malangada est un plat de midi et de tous les jours, et son intĂ©rĂȘt tient prĂ©cisĂ©ment Ă ce qu'il met au centre un tubercule que la Colombie urbaine a presque cessĂ© de cuisiner. Il se conserve trois jours au frais et s'amĂ©liore le lendemain, la malanga ayant fini d'absorber le guiso. Le rĂ©chauffer Ă feu doux en le rallongeant d'un peu de bouillon, car il Ă©paissit beaucoup en refroidissant.
Le pourquoiLe repos au froid permet aux composĂ©s aromatiques liposolubles du guiso de diffuser au cĆur des cubes de malanga gĂ©latinisĂ©s â un transfert que la cuisson seule ne rĂ©alise pas.
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Sourcer ou se taire
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