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Atlas Culinaire · Paraguay · Amériques
Le manioc bouilli qui ne quitte jamais la table paraguayenne — pelé, fendu, jeté à l'eau froide salée et cuit jusqu'à s'ouvrir en fleur, il remplace le pain à tous les repas et se retrouve à côté de l'asado, du puchero et du guiso comme une évidence
Cocina Rica rappelle que les Guaranis utilisaient principalement le manioc amer, qui devait etre traite — rape ou pile, puis lave — avant d'etre consomme sous forme de farine.
Le manioc doux, lui, se cuit simplement a l'eau, et c'est celui du mandi'o mimoi.
Ce n'est pas une nuance folklorique : le **Codex Alimentarius FAO/OMS** fixe une teneur maximale de **100 mg d'acide cyanhydrique par kilogramme** pour les produits de manioc, et l'agence FSANZ rappelle que les glucosides cyanogenes se convertissent en cyanure d'hydrogene des que le tissu vegetal est lese, une exposition chronique affectant la fonction thyroidienne et le developpement neurologique.
La regle est donc absolue : **jamais de manioc cru, et toujours jeter l'eau de cuisson**.
Deuxieme debat, domestique celui-la : **eau froide ou eau bouillante au depart ?** Les cuisines paraguayennes tranchent massivement pour le depart a l'eau froide salee, qui permet au coeur de cuire en meme temps que l'exterieur ; jete dans l'eau bouillante, le manioc se defait en surface avant que le centre soit tendre.
Troisieme point, l'objet du plat : le manioc bouilli n'est pas un legume d'accompagnement au sens europeen, c'est **le pain**.
Il est present a presque tous les repas — a cote de l'asado, du puchero, du guiso, des empanadas — et son absence se remarque comme celle du pain sur une table francaise.
Quatrieme divergence, plus subtile : le **coeur fibreux** central.
Certains l'otent systematiquement avant cuisson, d'autres le laissent et le retirent dans l'assiette.
Enfin, le mandi'o mimoi est la matiere premiere d'autres plats du repertoire : c'est le manioc bouilli de la veille qui devient le mandi'o chyryry (PY026), decrit par les sources natives comme fait a partir du manioc reste du dejeuner ou de la veille.
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Choisir des racines fermes, sans taches noires ni zones molles, et les eplucher entierement : la peau brune ET la fine couche rosee qui se trouve juste en dessous doivent partir, car c'est la que se concentrent les composes ameres. Le plus simple est d'entailler la peau sur toute la longueur avec la pointe d'un couteau puis de la decoller par plaques. La cible est une chair d'un blanc franc, sans aucune trace de rose ou de brun. Un manioc dont le coeur presente des marbrures bleutees ou grises est altere et se jette sans discussion.
Le pourquoiLa couche sous-corticale concentre les glucosides cyanogenes et les composes ameres : son retrait integral n'est pas une question d'esthetique.
Couper les racines en troncons de huit a dix centimetres, puis fendre chaque troncon en deux dans la longueur. Reperer le fil central, cette fibre dure qui court dans l'axe de la racine, et le retirer a la pointe du couteau. La cible est une serie de demi-troncons reguliers, sans fibre centrale. Cette etape n'est pas obligatoire — beaucoup de cuisines laissent le fil et l'otent dans l'assiette — mais elle donne une cuisson plus rapide et plus reguliere, et evite le desagrement du fil sous la dent.
Le pourquoiFendre expose le coeur a l'eau bouillante et divise par deux le temps necessaire pour l'attendrir.
Mettre les morceaux dans une grande marmite, couvrir largement d'eau FROIDE, saler au gros sel et porter a ebullition a feu vif. Le depart a froid est le point que les cuisines paraguayennes ne discutent pas : il permet a la chaleur de progresser vers le coeur en meme temps que l'exterieur cuit. La cible est une eau qui monte progressivement en enveloppant les morceaux. Jete dans l'eau deja bouillante, le manioc se delite en surface bien avant que son centre soit tendre.
Le pourquoiLa montee progressive en temperature egalise le gradient thermique entre la surface et le coeur de la racine.
Laisser cuire a fremissement vingt-cinq a trente-cinq minutes selon la grosseur des morceaux et l'age de la racine. Le manioc passe du blanc opaque au blanc translucide, gonfle legerement, puis commence a se fendre le long de sa fibre — les cuisinieres disent qu'il *s'ouvre*. La cible est un morceau qui se laisse traverser sans resistance par la pointe d'un couteau et qui s'entrouvre de lui-meme. Un manioc trop cuit se defait en bouillie ; un manioc pas assez cuit reste caoutchouteux au centre.
Le pourquoiL'amidon de manioc gelatinise autour de 70 °C mais les parois cellulaires demandent une cuisson prolongee pour ceder.
Egoutter immediatement et JETER l'eau de cuisson, puis laisser les morceaux reposer deux minutes a l'air libre dans la passoire ou dans la marmite chaude hors du feu. La vapeur residuelle s'echappe et la chair devient farineuse et seche au lieu de rester gorgee d'eau. La cible est un morceau mat, presque poudreux en surface, qui ne rend plus d'eau dans l'assiette. C'est le detail qui separe un manioc de bonne maison d'un manioc detrempe et fade.
Le pourquoiL'eau residuelle en surface dilue le gout et empeche la chair de developper sa texture farineuse.
Presenter les morceaux dans un plat pose au centre de la table, comme on poserait une corbeille de pain, avec eventuellement un filet d'huile et une pincee de sel fin. Le mandi'o mimoi ne se sert pas en portions individuelles : chacun se sert au fur et a mesure du repas. La cible est un plat de morceaux blancs, ouverts, encore fumants. Il accompagne asado, puchero, guiso, empanadas, cecina et poisson, et se mange a la main autant qu'a la fourchette.
Le pourquoiLa neutralite du manioc en fait un support : il prend le gout des sauces et calme le piquant, exactement comme le pain.
Conserver les morceaux restants au refrigerateur dans une boite fermee, jusqu'a trois jours. Le manioc bouilli froid durcit et devient cireux, mais c'est precisement la matiere premiere d'un autre plat du repertoire : les sources natives decrivent le mandi'o chyryry (PY026) comme fait a partir du manioc reste du dejeuner ou de la veille, saute a la poele avec oignon, oeufs et queso Paraguay. La cible est donc un surplus volontaire. Il se congele egalement tres bien, deja cuit et egoutte.
Le pourquoiLa retrogradation de l'amidon a froid raffermit la chair, ce qui la rend justement ideale a poeler sans se defaire.
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Sourcer ou se taire
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