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Atlas Culinaire · Paraguay · Amériques
Ni milanesa ni beignet : le bife paraguayen marinĂ© Ă l'ail et Ă la moutarde, puis trempĂ© dans une pĂąte liquide d'Ćuf et de farine qui gonfle Ă la friture au lieu de paner
La diffĂ©rence n'est pas d'assaisonnement mais de technique : la milanesa se pane, c'est-Ă -dire qu'elle passe par la farine, l'Ćuf puis la chapelure, alors que la marinera se trempe dans une pĂąte liquide d'Ćufs, d'eau et de farine qui enveloppe la viande et gonfle en friture.
C'est une logique de beignet, pas de panure, et elle produit une croĂ»te irrĂ©guliĂšre et boursouflĂ©e lĂ oĂč la milanesa donne une surface rĂ©guliĂšre et granuleuse.
L'origine du nom entretient la confusion : plusieurs sites la rattachent Ă une origine française, sans jamais produire de document, et l'hypothĂšse la plus Ă©conomique reste que le terme renvoie simplement Ă la marinade prĂ©alable â l'ail, la moutarde, le poivre et le sel dans lesquels la viande repose de deux Ă douze heures avant d'ĂȘtre frite.
Josefina Velilla de Aquino tranche partiellement le dĂ©bat par un dĂ©tail de nomenclature : le sommaire de Tembi'u Paraguai porte « Bife a la marinera » dans la section des carnes, Ă cĂŽtĂ© du bife a la criolla et du bife a la plancha, c'est-Ă -dire comme une maniĂšre d'apprĂȘter un bife et non comme un plat autonome importĂ©.
La marinera est donc moins une recette étrangÚre naturalisée qu'une désignation paraguayenne d'un mode de cuisson, ce qui explique qu'aucune institution ne l'ait jamais revendiquée ni classée.
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Trancher la bola de lomo en escalopes d'un demi-centimĂštre d'Ă©paisseur, en coupant perpendiculairement au sens des fibres. Poser chaque tranche entre deux feuilles de film alimentaire et l'aplatir au rouleau ou au plat d'un couperet, sans chercher Ă la rendre transparente. L'objectif est d'obtenir une Ă©paisseur rĂ©guliĂšre plutĂŽt qu'une finesse extrĂȘme. Une escalope inĂ©gale cuit inĂ©galement sous une pĂąte qui, elle, brunit partout Ă la mĂȘme vitesse.
Le pourquoiCouper perpendiculairement aux fibres raccourcit les faisceaux musculaires, ce qui rend la viande tendre sous la dent ; coupĂ©e dans le sens des fibres, la mĂȘme piĂšce reste caoutchouteuse quelle que soit la marinade.
Disposer les escalopes dans un grand récipient et les frotter une à une avec l'ail haché fin, la moutarde, le poivre et le sel, en veillant à couvrir les deux faces. Empiler ensuite les tranches, couvrir et réserver au frais. Le temps de repos va de deux à douze heures selon le formulaire de Filas, l'entreprise carnée du Chaco : deux heures suffisent pour parfumer, douze heures donnent une viande nettement plus tendre. C'est cette marinade qui donne son nom au plat.
Le pourquoiL'acidité de la moutarde dénature progressivement les protéines de surface, ce qui relùche la structure des premiers millimÚtres de chair et facilite la pénétration des arÎmes de l'ail.
Battre les Ćufs avec l'eau et une pincĂ©e de sel jusqu'Ă obtenir un mĂ©lange parfaitement homogĂšne. Ajouter ensuite la farine en pluie, par petites quantitĂ©s, en fouettant sans interruption. La pĂąte doit atteindre une consistance intermĂ©diaire : elle nappe la cuillĂšre et s'en Ă©coule lentement en un ruban continu. Cesser d'ajouter de la farine dĂšs ce point atteint, mĂȘme s'il reste de la farine pesĂ©e. Laisser reposer dix minutes avant utilisation.
Le pourquoiLe repos permet aux granules d'amidon de finir d'absorber l'eau et au gluten de se détendre, ce qui rend la pùte plus lisse et nettement plus adhérente à la viande.
Sortir les escalopes de leur marinade et les laisser s'égoutter quelques instants sur une grille, puis les tamponner au papier absorbant sans les frotter, pour retirer l'excÚs de liquide tout en conservant l'ail et la moutarde accrochés à la surface. Cette étape est presque toujours omise et c'est elle qui décide de l'adhérence de la pùte. Une viande ruisselante repousse l'enrobage, qui se détachera dans l'huile en laissant l'escalope nue.
Le pourquoiUne pellicule d'eau libre entre la viande et la pùte se vaporise brutalement au contact de l'huile chaude et décolle l'enrobage par la pression de la vapeur.
Verser l'huile dans une poĂȘle profonde ou une sauteuse sur une hauteur d'au moins deux centimĂštres et la porter Ă feu moyen. La tempĂ©rature visĂ©e est celle oĂč une goutte de pĂąte jetĂ©e dans l'huile remonte aussitĂŽt en grĂ©sillant rĂ©guliĂšrement, sans colorer instantanĂ©ment. C'est le point le plus souvent manquĂ© : l'huile trop chaude est la premiĂšre cause de marinera crue Ă l'intĂ©rieur. Ajuster le feu entre les fournĂ©es plutĂŽt que de le laisser monter.
Le pourquoiAutour de cent soixante-dix degrĂ©s, la croĂ»te se forme assez vite pour empĂȘcher l'huile d'entrer mais assez lentement pour que la chaleur atteigne le centre de l'escalope avant que la pĂąte ne brunisse.
Plonger chaque escalope dans la pĂąte en la retournant pour l'enrober entiĂšrement, laisser l'excĂ©dent s'Ă©goutter deux secondes, puis la glisser dans l'huile en la dĂ©posant Ă ras de la surface et en l'Ă©cartant de soi. Frire deux Ă trois par fournĂ©e au maximum, sans surcharger la poĂȘle. Laisser dorer une face avant de retourner d'un seul geste Ă la pince. La pĂąte gonfle et boursoufle en cuisant, c'est le comportement attendu.
Le pourquoiUne poĂȘle surchargĂ©e fait chuter la tempĂ©rature de l'huile de plusieurs dizaines de degrĂ©s d'un coup, ce qui laisse la pĂąte absorber l'huile au lieu de la repousser, et donne une marinera grasse et molle.
Retirer les marineras à la pince et les poser sur une double épaisseur de papier absorbant, en une seule couche et jamais empilées. Les empiler ferait ramollir la croûte de celles du dessous par condensation. Laisser égoutter une minute avant de servir. Si plusieurs fournées s'enchaßnent, garder les premiÚres au four à soixante degrés, porte entrouverte, sur une grille et non sur une plaque, pour que l'air circule sous l'enrobage.
Le pourquoiL'huile résiduelle en surface est retenue par capillarité dans le papier tant que la piÚce est chaude ; une fois refroidie, elle reste dans la croûte et la rend grasse.
Servir immédiatement, avec un quartier de citron à presser sur la croûte, du riz, du manioc bouilli et une salade de tomate et d'oignon. La marinera se glisse aussi telle quelle dans un pain, en concurrence directe avec le sandwich de milanesa des comptoirs paraguayens. Dans les deux cas, elle ne se réchauffe pas : la croûte gonflée retombe et devient molle, ce qui supprime la seule chose qui la distingue d'une escalope panée ordinaire.
Le pourquoiL'acidité du citron tranche la perception du gras de friture en stimulant la salivation, ce qui explique que l'usage se soit imposé sur toutes les fritures de viande paraguayennes.
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Sourcer ou se taire
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