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Atlas Culinaire · Roumanie · Europe
Le paquet de foi-foite des patiseries roumaines : un feuilletage monté pùton par pùton, et rien d'autre dedans que du fromage.
« Merdenea » vient du turc merdane, qui veut dire sucitor â l'outil avec lequel on abaisse la pĂąte â, et l'ironie est qu'en Dobrogea le mot a gardĂ© ce sens premier : Gina Bradea, dans sa recette de cherdele, Ă©crit qu'on abaisse les feuilles « cu o merdenea (sucitor) ».
Ă deux cents kilomĂštres de lĂ , Ă Bucarest, le mĂȘme mot ne dĂ©signe plus l'outil mais la pĂątisserie qu'on en tire.
Le second débat porte sur la pùte, et il partage les sources natives en deux écoles.
CaTine.ro décrit une pùte levée : levure délayée, pousse de trente à quarante minutes, feuilles étirées puis beurrées et pliées en enveloppe.
Laura LaurenÈiu, elle, ne met pas un gramme de levure â « din fÄinÄ, apÄ, oÈet Èi sare se frÄmĂąntÄ aluat » â et monte un feuilletage individuel : chaque pĂąton de 65 Ă 70 grammes est abaissĂ© en carrĂ© de quinze centimĂštres, largement beurrĂ©, pliĂ© en trois puis en quatre, filmĂ© et passĂ© au froid.
Ce n'est ni une pùte à pain ni un foietaj en bloc : c'est une lamination pùton par pùton, et c'est elle qui donne les foi-foite caractéristiques.
L'origine de cette version vaut d'ĂȘtre racontĂ©e : Laura LaurenÈiu l'a recueillie sur le forum culinar.ro, oĂč une internaute, Lorena Diaconu, l'avait publiĂ©e sous un tout autre nom â « Macedonia ».
En la lisant, l'auteure a reconnu ce qu'elle soupçonnait ĂȘtre « reÈeta de merdenele pÄstratÄ la secret de patiserii », la recette que les pĂątissiers gardaient pour eux.
Le secret de métier a donc refait surface anonymement, sur un forum, sous une fausse identité.
Ces trois pĂątes â levĂ©e pour les cherdele, laminĂ©e pĂąton par pĂąton pour les merdenele, foietaj en bloc pour les pateuri â ne sont pas interchangeables, et Gina Bradea, formĂ©e en pĂątisserie Ă GalaÈi, les Ă©numĂšre d'ailleurs comme trois apprentissages distincts : « cum se fac plÄcinta dobrogeanÄ, merdenelele, foietajul, pateurile ».
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Mélangez la farine et le sel, ajoutez l'eau froide et le vinaigre, puis pétrissez jusqu'à obtenir une pùte élastique qui ne colle plus aux mains. Il n'y a pas de levure dans cette recette et c'est volontaire : le volume viendra du feuilletage, pas de la fermentation. Une fois pétrie, posez la pùte sur un plan de travail bien huilé plutÎt que fariné, et laissez-la se détendre le temps de préparer le beurre.
Le pourquoiLe vinaigre abaisse le pH et fragilise les liaisons du gluten : la dĂ©trempe devient extensible sans ĂȘtre Ă©lastique au rappel, ce qui permettra de l'abaisser finement sans qu'elle se rĂ©tracte entre les tours.
Divisez la pĂąte en dix Ă douze morceaux aussi Ă©gaux que possible. Laura LaurenÈiu est prĂ©cise sur ce point et conseille la balance : chaque pĂąton doit peser entre 65 et 70 grammes. L'Ă©galitĂ© n'est pas de la coquetterie â les pĂątons vont ĂȘtre laminĂ©s puis cuits ensemble, et des tailles inĂ©gales donneront des merdenele inĂ©galement cuites, certaines pĂąles, d'autres sĂšches. Boulez chaque morceau et couvrez-les d'un linge.
Le pourquoiLe rapport masse de pùte sur masse de beurre détermine l'épaisseur des couches ; le tenir constant d'un pùton à l'autre est la seule façon d'obtenir un feuilletage homogÚne.
Travaillez un pùton à la fois. Abaissez-le en un carré d'environ quinze centimÚtres de cÎté sur le plan huilé. Assouplissez sa portion de beurre en la malaxant briÚvement pour qu'elle devienne étalable sans fondre, puis étalez-la généreusement sur toute la surface du carré. Repliez ensuite le carré en trois sur l'un de ses cÎtés, comme une lettre, pour obtenir un rectangle étroit et allongé.
Le pourquoiLe pliage en trois multiplie par trois le nombre de couches beurre-pùte ; à la cuisson, l'eau de la pùte se vaporise entre ces couches et les écarte, ce qui produit le feuilletage.
Prenez le rectangle Ă©troit et pliez-le Ă nouveau, cette fois en quatre, en effectuant les pliures sur son grand cĂŽtĂ© : vous obtenez un petit paquet dense et carrĂ©. Faites de mĂȘme avec tous les pĂątons, enveloppez-les de film alimentaire et placez-les au rĂ©frigĂ©rateur au moins trente minutes. C'est l'Ă©tape que l'on saute quand on est pressĂ©, et c'est celle qui dĂ©cide de tout : un beurre ramolli ne feuillette pas.
Le pourquoiLe refroidissement resolidifie la matiÚre grasse et détend simultanément le gluten travaillé : à l'abaisse suivante, les couches glissent l'une sur l'autre au lieu de se mélanger.
Ăcrasez le fromage frais bien Ă©gouttĂ© Ă la fourchette, ajoutez la telemea rĂąpĂ©e, l'aneth ciselĂ© et l'oignon vert si vous en mettez, puis liez avec le blanc d'Ćuf cru â le blanc seul, pas l'Ćuf entier. GoĂ»tez avant de saler : entre la telemea et le sel de la dĂ©trempe, il y a souvent dĂ©jĂ tout ce qu'il faut. La farce doit ĂȘtre crĂ©meuse et tenir en boule, jamais couler.
Le pourquoiLe blanc d'Ćuf est presque exclusivement protĂ©ine et eau : il coagule et lie sans apporter le gras du jaune, qui dĂ©tremperait le feuilletage par le dessous.
Sortez les paquets un par un et abaissez chacun en une feuille fine, presque translucide, sans appuyer comme un forcenĂ© â la pĂąte est feuilletĂ©e, elle doit s'Ă©tendre, pas s'Ă©craser. Posez une boule de farce au centre, puis rabattez les quatre coins par-dessus pour refermer en enveloppe. Soudez les bords en les humectant d'un doigt mouillĂ© et en pressant fermement. Retournez la merdenea soudure dessous sur la plaque.
Le pourquoiPoser la soudure contre la plaque la maintient fermée sous le poids de la garniture pendant que la pùte prend, avant que la vapeur n'ait la force de l'ouvrir.
Alignez les merdenele sur une plaque garnie de papier cuisson, en les espaçant largement â elles s'Ă©largissent en cuisant. Battez l'Ćuf et dorez-en gĂ©nĂ©reusement le dessus. Enfournez Ă 180 °C pour vingt-cinq Ă trente minutes, jusqu'Ă ce qu'elles soient bien dorĂ©es et qu'on distingue nettement les feuilles sur les cĂŽtĂ©s. Ne les sortez pas dĂšs qu'elles sont blondes : un feuilletage sous-cuit retombe et devient mou.
Le pourquoiLa dorure apporte protéines et sucres réducteurs qui brunissent par réaction de Maillard, et forme un film qui limite le dessÚchement pendant les trente minutes de cuisson.
Laissez tiĂ©dir cinq minutes sur une grille, le temps que la farce cesse de brĂ»ler la bouche et que le feuilletage se raffermisse. La merdenea se mange chaude, Ă la main, tenue dans un carrĂ© de papier â c'est un aliment de rue et de patiserie de quartier avant d'ĂȘtre un plat de table. Elle se rĂ©chauffe correctement le lendemain Ă 160 °C, mais elle ne retrouve jamais tout Ă fait le craquant du premier jour.
Le pourquoiEn refroidissant légÚrement, les couches de pùte cuites se rigidifient tandis que le fromage fondu reprend du corps : c'est à ce moment précis que texture et tenue coïncident.
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Sourcer ou se taire
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