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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
Le dĂ©jeuner debout de Madagascar â un bĂątard fendu, une poignĂ©e de lasary vinaigrĂ©, et ce qu'on trouve en vitrine par-dessus
Le premier est signalé par un blogueur malgache de la plateforme Mondoblog dans un billet consacré aux plats malgaches à noms français : l'appellation pain l'achards est absurde, puisque le malgache dispose déjà des mots mofo pour le pain et lasary pour les achards.
Le calque français a pourtant gagnĂ©, et les deux noms coexistent sur les mĂȘmes Ă©tals.
Le second problÚme est plus sérieux, car personne ne s'entend sur ce qu'est un lasary.
Le Rakibolana sy Rakipahalalana malagasy en donne une dĂ©finition minimale et fraĂźche : « tongolo voatetika aharo voatabiha ary asiana sakay raha tiana », de l'oignon Ă©mincĂ© mĂȘlĂ© de tomate, avec du piment si on le souhaite.
Wikipédia en français en donne deux autres, incompatibles entre elles : des condiments indiens de mangues, de citrons et de fruits marinés d'une part, et sur les Hautes Terres une salade de haricots verts, chou, carottes et oignon en vinaigrette d'autre part.
Le blog culinaire malgache Le Kanto tranche par la pratique en publiant un lasary de chou, carottes, haricots verts et oignons rouges sautés au curcuma et relevés au citron et au combava, dont il indique explicitement qu'il garnit les sandwichs appelés mÎfo lasary.
Point tranchĂ© : le lasary du sandwich est la version des Hautes Terres, salade de lĂ©gumes blanchis en vinaigrette, dominĂ©e par la carotte â et non l'achard de mangue confite, qui existe mais ne se met pas dans un bĂątard.
TroisiĂšme diffĂ©rend, celui du rĂŽle : le mĂȘme blogueur malgache observe qu'il est devenu indispensable de mettre des achards dans TOUT sandwich malgache, oĂč ils supplĂ©ent ou remplacent les salades, au point qu'on a du mal Ă distinguer les achards des salades Ă Madagascar.
Le lasary n'est donc pas une garniture parmi d'autres : c'est la dĂ©finition mĂȘme du sandwich malgache.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Ămincez le chou aussi finement que possible, taillez les carottes en julienne de deux millimĂštres et coupez les haricots verts en tronçons de deux centimĂštres. Ămincez Ă part les oignons rouges. La finesse de la coupe n'est pas cosmĂ©tique : ces lĂ©gumes vont ĂȘtre blanchis une minute chacun et une julienne Ă©paisse ressortira crue, tandis qu'une julienne fine sera cuite et croquante Ă la fois. RĂ©servez chaque lĂ©gume dans un rĂ©cipient sĂ©parĂ©, car ils n'entreront pas dans l'eau bouillante au mĂȘme moment.
Le pourquoiLe temps de blanchiment nĂ©cessaire est proportionnel Ă l'Ă©paisseur des tissus : une coupe fine permet une cuisson Ă cĆur en quelques dizaines de secondes.
Portez deux litres d'eau salĂ©e Ă Ă©bullition franche. Jetez d'abord les carottes et comptez une minute, puis ajoutez les haricots verts pour une minute de plus, puis le chou, et Ă©gouttez le tout au bout de trois minutes environ au total. L'ordre suit la duretĂ© des lĂ©gumes et il ne se nĂ©gocie pas : un blanchiment collectif donne des carottes encore crues avec un chou dĂ©jĂ en bouillie. Ăgouttez immĂ©diatement et Ă©talez sur un linge pour stopper la cuisson.
Le pourquoiLe blanchiment inactive les enzymes responsables du brunissement tout en assouplissant les fibres, sans provoquer la dégradation des parois qu'entraßnerait une cuisson prolongée.
Faites chauffer les trois cuillerĂ©es d'huile dans un wok ou une grande sauteuse, et jetez-y les oignons rouges Ă©mincĂ©s avec le curcuma en poudre. Faites-les suer Ă feu moyen jusqu'Ă ce qu'ils deviennent translucides, cinq minutes environ, en remuant rĂ©guliĂšrement. Le curcuma doit passer par l'huile et non ĂȘtre saupoudrĂ© sur des lĂ©gumes dĂ©jĂ cuits : dans le corps gras chaud il libĂšre sa couleur et son parfum, Ă sec il reste crayeux et sableux sous la dent.
Le pourquoiLes curcuminoïdes sont liposolubles : ils ne diffusent réellement leur couleur et leurs arÎmes que dans une matiÚre grasse chauffée.
Ajoutez les légumes blanchis et égouttés dans le wok et faites-les sauter à feu vif deux à trois minutes, en les soulevant à la spatule plutÎt qu'en les remuant. Il ne s'agit pas de les cuire davantage mais de les enrober d'huile jaune et de les débarrasser de leur eau résiduelle. Le lasary doit devenir uniformément jaune, brillant, et rester franchement croquant. Salez et poivrez à ce stade, en gardant à l'esprit que le citron viendra encore relever l'ensemble.
Le pourquoiLe passage rapide à feu vif évapore l'eau de surface et permet à l'huile colorée d'adhérer aux légumes, condition d'un lasary jaune et non délavé.
Coupez le feu et versez le jus de citron, puis la pincĂ©e de zeste de combava en poudre. MĂ©langez dĂ©licatement et laissez refroidir complĂštement Ă tempĂ©rature ambiante, une bonne heure. Ce refroidissement fait partie de la recette : le lasary se met dans un sandwich froid, jamais tiĂšde, faute de quoi la vapeur ramollirait la mie avant mĂȘme la premiĂšre bouchĂ©e. L'aciditĂ©, ajoutĂ©e Ă froid, reste vive et c'est elle qui tiendra tĂȘte au gras de la garniture.
Le pourquoiL'acide citrique ajouté à froid n'est pas volatilisé par la chaleur et conserve son intensité, tout en fixant la couleur des légumes.
Coupez les bĂątards en deux dans la longueur, sans aller jusqu'au bout pour que le sandwich reste solidaire, et surtout SANS RETIRER LA MIE. C'est une erreur courante que de creuser le pain pour faire de la place : la mie est prĂ©cisĂ©ment ce qui absorbera le jus vinaigrĂ© du lasary et empĂȘchera qu'il ne coule sur les doigts. Le pain malgache, hĂ©ritĂ© des boulangeries de la pĂ©riode française, a une croĂ»te franche et une mie creuse qui remplit parfaitement cet office.
Le pourquoiLa mie alvéolaire agit comme une éponge capillaire qui retient la phase liquide de la vinaigrette au lieu de la laisser migrer vers la croûte.
Ăgouttez le lasary Ă la fourchette pour ne pas emporter tout son jus, et rĂ©partissez-en une gĂ©nĂ©reuse poignĂ©e dans chaque pain. Ajoutez ensuite la garniture de votre choix : sambos, nems, steak hachĂ©, saucisse grillĂ©e, rondelles d'Ćuf dur ou de tomate. L'ordre compte, le lasary d'abord et la garniture par-dessus, pour que le chaud ne dĂ©trempe pas la mie par en dessous. Ce sont les garnitures que les sources malgaches citent le plus souvent, mais chacun ajoute ce que le marchand a en vitrine.
Le pourquoiLa séparation entre garniture chaude et pain froid limite la condensation à l'intérieur du sandwich, principale cause de ramollissement.
Servez et mangez immédiatement : ce sandwich ne se prépare pas à l'avance et ne supporte pas d'attendre, le jus vinaigré ramollissant la mie en quelques minutes. C'est le déjeuner sur le pouce d'Antananarivo, celui des étudiants entre deux cours et des travailleurs pressés, et il se mange debout, à la main, enroulé dans du papier. Un blogueur malgache le résume d'une mise en garde ironique tirée de sa propre expérience : un sandwich peut remplacer le déjeuner de temps en temps, mais pas tous les jours.
Le pourquoiL'imprégnation de la mie par la phase acide de la vinaigrette est un phénomÚne de diffusion capillaire rapide, irréversible une fois amorcé.
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Sourcer ou se taire
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