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Atlas Culinaire · Autriche · Wachau
Les petites « nouilles » roulées à la main dans une pâte de pomme de terre, pochées puis enrobées de beurre, de pavot gris moulu et de sucre glace — la Mehlspeise viennoise et bohémienne servie en plat sucré
Les Mohnnudeln sont l'enfant secret de deux traditions qui ne se parlent pas toujours — la paysannerie du Waldviertel et la bourgeoisie viennoise des Mehlspeisen. Ce pays de granit et de bruyère, au nord-ouest de la Basse-Autriche, entretient avec le pavot une relation qui remonte aux registres de l'abbaye de Zwettl : dès 1280, les moines cisterciens cultivaient le pavot gris dans leurs jardins pour ses vertus médicinales contre la douleur et l'insomnie. Ce n'était pas encore de la cuisine — c'était de la pharmacopée monastique. Mais les graines débordèrent des herbiers pour gagner les celliers, puis les cuisines.
Le Waldviertler Graumohn — le pavot gris du Waldviertel — est aujourd'hui protégé par une appellation d'origine européenne (g.U., règlement CE 1065/97) qui délimite précisément son territoire : les districts de Zwettl, Gmünd, Waidhofen an der Thaya, Horn, et le nord danubien de Krems et Melk. Cette géographie n'est pas arbitraire. Les sols granitiques et le climat continental frais de ce plateau produisent un pavot singulier, plus riche en huile que son cousin bleu (43 à 48 % de matière grasse), aux flaveurs intenses de noix et de noisette. Jusque vers 1934, le Zwettler Graumohn était coté à la Bourse des marchandises de Londres — signe que ce pavot paysan avait acquis une stature internationale bien avant que les gastronomies régionales ne reviennent à la mode.
Les Mohnnudeln naissent de la rencontre de ce pavot d'exception avec l'Erdäpfelteig — la pâte de pomme de terre, cousine germaine de celle des Schupfnudeln. Les pommes de terre, introduites massivement en Autriche au XVIIIe siècle sous l'impulsion de Marie-Thérèse, donnèrent naissance à toute une famille de pâtes molles et moelleuses que l'on façonne à la paume en fuseaux allongés. La technique du « Wuzeln » — rouler doucement entre les deux paumes pour former ces petites saucisses bombées — est un geste transmis de mère en fille dans les villages du Waldviertel depuis des générations. On cuit les pommes de terre la veille, on les passe au presse-purée quand elles sont refroidies : c'est seulement ainsi, froides et compactes, qu'elles absorbent la juste quantité de farine sans rendre la pâte élastique.
Ce plat appartient à la grande famille des « Süßspeisen als Hauptspeise » — les plats principaux sucrés — tradition typiquement viennoise et mitteleuropéenne que nos contemporains jugent parfois déroutante, mais qui incarne une époque où le sucre était une richesse, pas un vice. Les Mohnnudeln partagent ce statut ambigu avec le Germknödel, le Scheiterhaufen, les Palatschinken. Plat du jeûne, plat du vendredi, plat du dimanche frugal, ils voyagèrent avec les cuisinières bohémiennes qui peuplèrent les maisons viennoises au XIXe siècle — on les retrouve sous le nom de « makovné nudle » en Bohême-Moravie, quasi identiques dans leur âme. À Vienne, on les sert avec une Apfelmus (compote de pommes) dont l'acidité tranchante fait chanter le velours du pavot.
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La veille, cuire les pommes de terre farineuses en robe des champs dans de l'eau salée jusqu'à ce qu'elles soient tendres. Les laisser refroidir, puis les éplucher. Cuites à l'avance, elles sèchent et absorbent moins de farine.
Passer les pommes de terre épluchées au presse-purée (Erdäpfelpresse) sur le plan de travail fariné, en une couche fine. Laisser tiédir légèrement la purée avant de la travailler.
Ajouter à la purée la farine, le jaune d'œuf, le beurre ramolli et une pincée de sel. Mélanger rapidement et brièvement jusqu'à obtenir une pâte lisse et souple, sans la pétrir longuement.
Sur le plan fariné, façonner des rouleaux de l'épaisseur d'un pouce, les couper en tronçons de 2 cm, puis rouler chaque morceau à la paume creuse en petite nouille fuselée pointue aux deux bouts (gewuzelte Mohnnudeln).
Plonger les nouilles dans une grande casserole d'eau légèrement salée à frémissement. Les pocher doucement, sans gros bouillons, environ 10 à 12 minutes, jusqu'à ce qu'elles remontent à la surface. Égoutter soigneusement.
Faire fondre le beurre dans une poêle avec le sucre vanillé et, si on le souhaite, un filet de rhum. Y faire rouler les nouilles égouttées quelques instants pour les enrober et les réchauffer.
Mélanger le pavot gris fraîchement moulu avec le sucre glace. Rouler les nouilles beurrées dans ce mélange pour bien les enrober de pavot.
Dresser les Mohnnudeln dans les assiettes, saupoudrer d'un voile de sucre glace supplémentaire et servir aussitôt, chaud, accompagné de compote de pommes ou de compote de fruits — en plat principal sucré ou en dessert.
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