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Atlas Culinaire · Suède · Europe
La bouillie de poing du Värmland : de l'avoine grillée, de l'eau, du sel, et rien d'autre. On la rompt en mottes que l'on trempe dans le gras fondu du lard avant de les écraser dans les airelles crues. Elle figure à l'inventaire suédois du patrimoine culturel immatériel tenu par l'Isof sous l'intitulé « Nävgröt med fläsk och lingon ».
L'association « Värmländskt skrädmjöl », domiciliée au moulin de Stöpafors à Sunne, a déposé le 28 mai 2020 auprès du Livsmedelsverket un dossier d'indication géographique protégée qui n'admet qu'un seul grain : l'avoine Avena sativa L., calibre de 2 à 4 mm, matière grasse inférieure ou égale à 5 %, humidité inférieure ou égale à 14 %, grillée environ deux heures dans des fours chauffés au bois de bouleau vers 220 °C, décortiquée puis moulue entre deux meules de pierre à une granulométrie de 0,3 à 2 mm — la totalité de la chaîne devant se dérouler dans le seul Värmland.
L'IGP a été validée et annoncée par SVT Nyheter le 7 janvier 2022, avec deux moulins habilités : Stöpafors kvarn et Nedre Femtå Qvarn à Ambjörby.
Or le même dossier reproduit en annexe les relevés dialectaux du Nordiska museet, qui rappellent que la bouillie de poing des Finlandais des forêts se faisait aussi à l'orge, et que la version de fête, romgröt ou flötgröt, se battait à la crème et à la farine d'orge : la patrimonialisation a figé une farine et laissé l'orge dehors.
Deuxième point tranché, le geste.
On lit partout que manger au poing serait un rite ; les archives disent l'inverse.
Le relevé de Brunnskog (E.U.
1261) précise que la bouillie « était cuite si dure qu'on pouvait la couper en tranches, et qu'aucun autre ingrédient que le sel n'y entrait ».
Celui d'Alster (E.U.
3377) décrit la farine enfoncée dans l'eau bouillante au rouleau, l'interdiction formelle de remuer, et précise que le nävgröt fut importé sur le Näset par les charretiers de la Fryksdalen venus y travailler.
La main vient de la texture et du transport — Smaka Sverige rappelle que la motte se roulait contre la jambe du pantalon et pouvait s'enfiler sur le manche d'une hache —, pas d'un cérémonial.
Reste la question de la disette : le même moulin qui broyait l'avoine broyait aussi, note le relevé de Bjurbäcken (E.U.
45506), « l'écorce, l'oseille et la paille de seigle hachée », ces « en-cas de la misère », et la page de la Finnskogen admet sans détour que le motti passait pour de la nourriture de pauvre.
La réhabilitation n'a rien de récent : c'est Selma Lagerlöf qui l'ouvre vers 1920 en vendant son skrädmjöl sous le nom de « Mårbacka Havrekraft » dans les épiceries fines de Stockholm, et jusqu'en Amérique.
La Nävgrötsakademin de Torsby, fondée en 2006, a achevé le travail en décrétant le 10 septembre « Nävgrötens dag ».
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Verser deux cuillerées de farine dans le creux de la main et la sentir longuement : un skrädmjöl conforme au cahier des charges est jaune pâle, de la nuance claire d'une pelure d'oignon jaune, et sent le grain fraîchement battu, avec une note grasse et noisetée de torréfaction. Cette odeur vient des deux heures de grillage au bois de bouleau vers 220 °C, qui chassent l'eau résiduelle et fabriquent l'intégralité du goût du plat. Frottée entre les doigts, la mouture doit rester sableuse, de 0,3 à 2 mm, jamais poudreuse comme une farine de blé. La cible : une farine qui crisse légèrement, ne colle pas et laisse les doigts propres. Si elle sent le carton, le rance ou strictement rien, elle a vieilli ou n'a jamais été grillée — mieux vaut renoncer, car aucune cuisson ne rattrapera une avoine crue.
Le pourquoiLe grillage déclenche les réactions de Maillard entre les acides aminés et les sucres de l'avoine, et inactive au passage la lipase du germe — d'où à la fois l'arôme noiseté et la conservation.
Laisser dégeler les airelles si elles sortent du congélateur, les verser dans un bol froid avec le sucre, puis remuer à la cuillère de bois pendant quelques minutes, jusqu'à ce que le sucre ait entièrement disparu. On ne cuit jamais ces lingon : la baie est déjà protégée par son acide benzoïque, et la chaleur détruirait le mordant acide qui doit trancher le gras du lard. Le mélange fait un bruit mat, les baies éclatent une à une sous la cuillère et rendent un jus rouge sombre, presque violet. La cible est une confiture crue, encore granuleuse, où l'on distingue nettement des baies entières. Si le sucre crisse encore au fond du bol, laisser reposer une demi-heure au frais et remuer de nouveau, plutôt que d'ajouter de l'eau.
Le pourquoiL'acide benzoïque naturellement présent dans l'airelle inhibe levures et moisissures, ce qui rend la stérilisation thermique parfaitement inutile ici.
Détailler le rimmat sidfläsk en tranches d'environ un demi-centimètre : plus fines, elles brûleraient avant d'avoir rendu leur gras ; plus épaisses, elles resteraient molles au centre. L'objectif n'est pas seulement d'obtenir du lard croustillant, c'est de récolter assez de gras fondu pour la trempette du repas — la quantité de matière compte donc autant que la cuisson. La couenne se reconnaît à son grain serré et se retire si elle est très épaisse. La cible : des tranches régulières et bien marbrées, où le gras occupe nettement plus de place que le maigre. Si le lard est très salé sous le doigt, le passer sous l'eau froide et l'éponger soigneusement, sans jamais le faire tremper, car l'eau retenue le ferait bouillir au lieu de rissoler.
Le pourquoiLe gras de poitrine est un tissu adipeux qui fond entre 30 et 40 °C ; il lui faut une montée lente pour se libérer avant que les protéines du maigre ne se contractent et ne durcissent.
Poser les tranches à froid dans une poêle large, sans aucune matière grasse ajoutée, et monter le feu très progressivement pour que le gras s'écoule avant que la couenne ne saisisse. Le lard chante d'abord doucement, puis le grésillement se resserre et l'odeur passe du salé au grillé. Retourner à mi-parcours et compter huit à douze minutes en tout. La cible : des tranches ambrées et cassantes sur les bords, encore souples au centre, et un bon demi-verre de gras limpide au fond de la poêle. Réserver le lard sur une assiette chaude et garder le gras liquide, à couvert, hors du feu. S'il a foncé et sent l'amer, le jeter sans hésiter et recommencer à feu plus doux : un gras brûlé rendrait toute la bouillie âcre, et la bouillie représente les trois quarts du plat.
Le pourquoiLa fonte du tissu adipeux demande une chaleur douce et prolongée ; au-delà de 180 °C, les acides gras se dégradent et libèrent de l'acroléine, responsable de l'amertume.
Porter l'eau et le sel à pleine ébullition dans une casserole plus large que haute, puis verser la totalité du skrädmjöl d'un seul geste, de façon qu'il recouvre entièrement la surface de l'eau comme une couverture. Appuyer doucement dessus avec le dos d'une cuillère en bois pour l'enfoncer, et surtout ne pas remuer : les relevés dialectaux du Nordiska museet reproduits dans le dossier IGP décrivent précisément ce geste, la farine « enfoncée » à l'aide d'un rouleau, et interdisent explicitement de touiller. C'est ce qui laisse la vapeur monter en cheminées à travers la masse au lieu de former une pâte lisse. On entend l'eau bouillonner sous le tapis de farine et l'on voit des cratères s'ouvrir en surface. La cible : une couche mouillée par en dessous et encore sèche sur le dessus. Si l'on a remué par réflexe, ne pas insister — baisser le feu, allonger le repos et accepter une bouillie plus lisse pour cette fois.
Le pourquoiEn ne remuant pas, on cantonne la gélatinisation de l'amidon à la seule zone hydratée ; le reste de la farine demeure en grains, et c'est cette hétérogénéité assumée qui produit les mottes sèches caractéristiques.
Couper le feu, couvrir hermétiquement et laisser la casserole tranquille une dizaine de minutes, sans jamais soulever le couvercle. La vapeur emprisonnée traverse alors toute l'épaisseur de la farine et la cuit par le haut, ce que l'eau seule ne ferait pas. On n'entend plus rien, et le couvercle devient tiède au toucher plutôt que brûlant. La cible : plus une goutte d'eau libre au fond, une masse qui se décolle légèrement des parois et qui, sous un coup de cuillère franc, se casse en gros blocs au lieu de couler. Si de l'eau surnage encore, remettre le couvercle et patienter cinq minutes de plus ; si au contraire la masse reste poudreuse par endroits, ajouter deux cuillerées d'eau bouillante et couvrir de nouveau.
Le pourquoiIl s'agit d'une cuisson à la vapeur en milieu clos : l'amidon d'avoine gélatinise entre 60 et 70 °C, et la chaleur résiduelle y suffit largement, sans le moindre risque d'attacher au fond.
Donner quelques tours de cuillère en bois, francs et brefs, pour rompre la masse en mottes irrégulières de la taille d'une noix, puis les répartir dans des assiettes chaudes en ménageant un creux au centre. Verser le gras fondu du lard dans ce puits, poser les tranches de fläsk sur le bord et une cuillerée d'airelles crues à côté. La bouillie doit être assez sèche pour se tenir entre les doigts : le relevé de Brunnskog précise qu'elle était cuite « si dure qu'on pouvait la couper en tranches ». La cible : des mottes qui gardent leur forme quand on les prend, que l'on trempe d'abord dans le gras, puis dans les airelles. Si tout s'affaisse en purée, servir à la cuillère sans se justifier, et retrancher un demi-décilitre d'eau la fois suivante.
Le pourquoiLe refroidissement provoque la rétrogradation de l'amidon gélatinisé, qui se raffermit en recristallisant : la bouillie tient donc mieux en mottes après quelques minutes de repos qu'à la sortie immédiate de la casserole.
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Sourcer ou se taire
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