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Atlas Culinaire · Croatie · Europe
Vingt noix encore vertes coupĂ©es en quartiers Ă la Saint-Jean, noyĂ©es de rakija et de sucre, et le bocal posĂ© quarante jours au soleil de la fenĂȘtre â la liqueur de chaque maison slavonne
Les noix se cueillent encore vertes, entre la Saint-Antoine (13 juin) et la Saint-Jean (24 juin), tant que l'aiguille les traverse de part en part : « si vous coupez la noix et que la coque est dĂ©jĂ dure, vous ĂȘtes en retard », tranche le guide spĂ©cialisĂ© rakija.com.hr.
Tout le reste est champ de bataille, et le mois de juin en Croatie est traditionnellement celui oĂč l'on se dispute la recette parfaite.
Combien de noix ? Douze pour les uns, vingt Ă vingt-cinq pour les autres.
Miel ou sucre ? Le guide de référence penche pour le miel d'acacia, disponible justement en juin, tout en admettant le mélange.
Au soleil ou Ă l'ombre ? La tradition slavonne veut le bocal posĂ© sur le rebord de la fenĂȘtre ou le balcon, en plein soleil, quarante jours durant â d'autres Ă©coles jurent par l'obscuritĂ© et huit semaines.
Le guide conclut lui-mĂȘme qu'« il n'y a pas de rĂ©ponse exacte ».
Deux constantes en revanche : l'orahovac est une MACĂRATION dans une eau-de-vie dĂ©jĂ faite, jamais une distillation domestique, et la mĂ©decine populaire croate lui prĂȘte depuis toujours des vertus digestives â ce qui explique le petit verre d'aprĂšs-repas dans chaque maison.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Cueillir les noix encore entiĂšrement vertes, entre la Saint-Antoine du 13 juin et la Saint-Jean du 24 juin selon la latitude et l'annĂ©e. VĂ©rifier chaque fruit au test de l'aiguille : une aiguille Ă tricoter doit traverser la noix de part en part sans rencontrer de rĂ©sistance. Si elle bute au centre, la coque intĂ©rieure a commencĂ© Ă durcir et il est trop tard â l'orahovac attendra l'annĂ©e suivante.
Le pourquoiAvant la lignification de la coque, la noix entiĂšre â brou, coque tendre et cerneau immature â est riche en juglone et en tanins solubles qui donnent Ă la liqueur sa couleur noire et son amertume aromatique.
Enfiler des gants de mĂ©nage avant toute manipulation : le brou de noix verte tache la peau d'un brun profond qui rĂ©siste plusieurs jours Ă tous les savons. Rincer et essuyer les noix, puis les couper en quatre au couteau lourd, Ă travers le brou et la coque tendre. Le jus qui coule est dĂ©jĂ noir et poisseux â c'est exactement ce qu'on cherche Ă extraire.
Le pourquoiLa découpe multiplie la surface d'échange entre la chair et l'alcool, ce qui accélÚre considérablement l'extraction des tanins et de la juglone par rapport à des noix simplement piquées.
Déposer les quartiers de noix dans le grand bocal de verre, ajouter le sucre (ou le miel d'acacia), le sucre vanillé ou la gousse fendue, les grains de café, les clous de girofle, le bùton de cannelle et les rondelles de citron et d'orange. Verser par-dessus le litre de rakija, en couvrant largement les noix. Remuer longuement pour amorcer la dissolution du sucre, puis fermer hermétiquement.
Le pourquoiL'éthanol à 40-50 % vol. est un solvant efficace des composés phénoliques du brou tout en assurant la conservation, et le sucre extrait par osmose les jus de la chair végétale.
Poser le bocal sur le rebord d'une fenĂȘtre ensoleillĂ©e ou sur le balcon, comme le faisait chaque maison slavonne, et l'y laisser quarante jours. Le remuer tous les deux jours au dĂ©but, puis de plus en plus espacĂ©. La liqueur noircit trĂšs vite : dĂšs les premiĂšres vingt-quatre heures les noix libĂšrent leur couleur, et au terme des six semaines le liquide est d'un brun ambrĂ© profond, presque noir.
Le pourquoiLa chaleur du soleil accĂ©lĂšre la diffusion des composĂ©s phĂ©noliques et l'oxydation de la juglone, qui vire du vert au brun noir â c'est le mĂ©canisme mĂȘme de la couleur de l'orahovac.
Au bout des quarante jours, passer le contenu du bocal à travers une étamine ou un linge fin posé sur une passoire, en pressant légÚrement les noix pour récupérer le maximum de liquide. Filtrer une seconde fois si des particules subsistent. Entonner ensuite dans des bouteilles de verre propres et sÚches, bien bouchées, et les ranger dans un endroit sombre et frais.
Le pourquoiL'élimination des matiÚres solides stoppe l'extraction et évite qu'une amertume tannique ne continue de se développer au fil des mois en bouteille.
Laisser reposer les bouteilles au moins un mois à l'obscurité, idéalement trois, avant la premiÚre dégustation. C'est pendant ce repos que l'amertume verte du brou se fond dans le sucre et que le café, le girofle et les agrumes s'intÚgrent au lieu de se répondre séparément. Les connaisseurs croates recommandent de boire l'orahovac dans l'année qui suit sa fabrication, avant l'été suivant.
Le pourquoiLe vieillissement en bouteille laisse s'estérifier lentement une partie des acides et des alcools, ce qui arrondit l'attaque et fond l'amertume tannique dans la matiÚre sucrée.
Servir l'orahovac trĂšs frais, sorti du rĂ©frigĂ©rateur ou du congĂ©lateur, dans de petits verres Ă liqueur â la boisson titre facilement trente degrĂ©s et le sucre en dissimule complĂštement la force. L'Ă©tĂ©, un zeste de citron et un glaçon l'allĂšgent. En Slavonie, c'est le digestif de fin de repas de fĂȘte, et la mĂ©decine populaire croate lui prĂȘte depuis toujours des vertus contre les lourdeurs d'estomac.
Le pourquoiLe froid épaissit légÚrement la liqueur et atténue la perception de l'alcool comme du sucre, ce qui laisse ressortir les notes de noix verte et de café.
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Sourcer ou se taire
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