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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
On fait cailler trois litres de lait Ă la prĂ©sure, on y bat des Ćufs, de la crĂšme et des amandes, et l'on enfourne : deux provinces revendiquent le rĂ©sultat, et elles n'en font pas le mĂȘme gĂąteau.
La version smĂ„lĂ€ndaise contient du lait, de la prĂ©sure, de la farine, des Ćufs, des AMANDES, du sucre et de la crĂšme, et se sert avec de la confiture et de la crĂšme fouettĂ©e ; la version hĂ€lsingska ne contient que du lait, de la prĂ©sure et de la farine â ni Ćufs ni amandes â, prĂ©sente une texture plus lisse et lĂ©gĂšrement grinçante sous la dent, se colore souvent au safran et s'accompagne d'un coulis de fruits.
Ce ne sont pas deux recettes du mĂȘme gĂąteau, ce sont deux gĂąteaux diffĂ©rents portant le mĂȘme nom, et l'inventaire national les dĂ©crit sĂ©parĂ©ment.
Le deuxiĂšme point est technique et souvent mal compris : la prĂ©sure ne s'ajoute pas Ă du lait nu mais Ă un mĂ©lange de lait et de FARINE, et c'est la coagulation de cet ensemble qui donne l'ostkaka sa structure â une ostkaka faite sur du lait seul donne un caillĂ© qui se sĂ©pare et rend son petit-lait au four.
Le troisiĂšme point est celui de la promotion : l'Ostkakans dag, le 14 novembre, a Ă©tĂ© instituĂ©e en 2004 par l'association Ostkakans vĂ€nner pour dĂ©fendre la tradition smĂ„lĂ€ndaise â autrement dit, une des deux provinces s'est dotĂ©e d'une journĂ©e nationale, ce que l'autre n'a pas fait.
La version de HĂ€lsingland est en revanche adossĂ©e Ă un patrimoine mondial, les HĂ€lsingegĂ„rdar inscrites Ă l'UNESCO, oĂč elle se sert traditionnellement lors des fĂȘtes.
Enfin, la tradition n'est pas figĂ©e : l'inventaire signale explicitement des versions expĂ©rimentales sans gluten, Ă d'autres farines et au lait de chĂšvre, ce qui est rare dans une entrĂ©e patrimoniale et mĂ©rite d'ĂȘtre notĂ©.
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PrĂ©lever un demi-litre de lait froid et y dĂ©layer la farine au fouet jusqu'Ă obtenir une pĂąte lisse sans grumeau, puis reverser dans le reste du lait. Chauffer trĂšs doucement l'ensemble Ă trente-sept degrĂ©s â tempĂ©rature du corps â puis RETIRER DU FEU, ajouter la prĂ©sure, remuer dix secondes et laisser reposer sans y toucher une trentaine de minutes. Le mĂ©lange prend en une masse tremblante qui se dĂ©tache des parois. La cible est un caillĂ© assez ferme pour ĂȘtre dĂ©coupĂ© au couteau. Si rien ne prend au bout de quarante minutes, c'est que la prĂ©sure est pĂ©rimĂ©e ou que le lait est UHT â dans les deux cas, il n'y a rien Ă sauver.
Le pourquoiLa chymosine de la prĂ©sure coupe la casĂ©ine kappa qui stabilise les micelles de casĂ©ine, lesquelles s'agrĂšgent alors en emprisonnant la matiĂšre grasse, l'eau et â c'est le point propre Ă l'ostkaka â les granules d'amidon de la farine, qui font office de charpente et retiennent le petit-lait Ă la cuisson.
Couper le caillĂ© en croix avec un long couteau, laisser reposer cinq minutes puis le verser dĂ©licatement dans une passoire fine garnie d'une Ă©tamine et laisser s'Ă©goutter de son propre poids une vingtaine de minutes. NE PAS presser. Le caillĂ© doit rester souple et humide, il ne s'agit pas de faire un fromage. La cible est une masse qui tient Ă la cuillĂšre mais reste luisante d'humiditĂ©. Si l'on Ă©goutte trop longtemps, le gĂąteau sortira dense et sec â mieux vaut un caillĂ© un peu humide, dont les Ćufs et la crĂšme absorberont l'excĂ©dent.
Le pourquoiLe petit-lait retenu dans le caillĂ© est ce qui donnera au gĂąteau sa texture tremblante ; il est stabilisĂ© Ă la cuisson par les protĂ©ines de l'Ćuf et l'amidon de la farine. Un caillĂ© pressĂ© perd cette eau et rien ne peut la lui rendre au four.
Fouetter les Ćufs avec la crĂšme et le sucre, ajouter les amandes hachĂ©es, puis incorporer dĂ©licatement le caillĂ© Ă©gouttĂ© Ă la spatule, sans chercher Ă le lisser complĂštement â il doit rester des morceaux de caillĂ© visibles, c'est la texture mĂȘme de l'ostkaka. La cible est un appareil Ă©pais, granuleux, blanc cassĂ©, oĂč l'on distingue les grains de caillĂ© et les Ă©clats d'amande. Si l'on mixe pour homogĂ©nĂ©iser, on obtient un flan et non une ostkaka. Si l'on fait la version hĂ€lsingska, supprimer Ćufs et amandes et ajouter le safran infusĂ© dans une cuillerĂ©e de lait chaud.
Le pourquoiL'ostkaka doit sa texture caractĂ©ristique Ă la coexistence de deux structures â le rĂ©seau de casĂ©ines coagulĂ©es, en grains, et le gel protĂ©ique de l'Ćuf qui les enrobe. HomogĂ©nĂ©iser l'appareil dĂ©truit la premiĂšre et il ne reste que la seconde, c'est-Ă -dire un flan.
Verser l'appareil dans un plat beurrĂ© â traditionnellement un plat rond et creux, l'inventaire national rappelant que l'ostkaka se cuisait autrefois au feu ouvert dans des bassines de cuivre â et enfourner Ă cent soixante-quinze degrĂ©s pour une heure environ. La surface dore et se fend lĂ©gĂšrement, et le centre doit encore trembler quand on secoue le plat. La cible est un gĂąteau dorĂ© en surface, pris sur les bords, tremblant au cĆur. Si un peu de petit-lait perle en surface en fin de cuisson, l'Ă©ponger au papier absorbant : c'est frĂ©quent et sans gravitĂ©.
Le pourquoiLes protĂ©ines de l'Ćuf coagulent entre soixante-cinq et quatre-vingts degrĂ©s et fixent le rĂ©seau ; au-delĂ , elles se contractent et expulsent le petit-lait retenu, ce qui produit la flaque au fond du plat et un gĂąteau sec. Sortir le gĂąteau tremblant, c'est s'arrĂȘter juste avant ce point.
Laisser tiĂ©dir une dizaine de minutes puis servir directement dans le plat, Ă la cuillĂšre, avec de la confiture de mĂ»res arctiques et de la crĂšme fouettĂ©e non sucrĂ©e servies Ă part. L'ostkaka se mange TIĂDE : c'est le contraste avec la crĂšme froide qui fait le plat. La cible est une cuillerĂ©e oĂč le gĂąteau tiĂšde, la crĂšme froide et l'aciditĂ© de la confiture se rencontrent. Les restes se rĂ©chauffent trĂšs bien â l'inventaire national signale d'ailleurs qu'on peut trancher l'ostkaka froide et la rĂ©chauffer avec de la crĂšme, ou mĂȘme la poĂȘler au beurre.
Le pourquoiLa perception du sucré et des arÎmes lactés augmente avec la température, tandis que la crÚme froide contraste et nettoie le palais ; servie froide, l'ostkaka paraßt fade et pùteuse, ce qui explique la déception de qui la goûte sortie du réfrigérateur.
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Sourcer ou se taire
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