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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
On l'enroule en coquille d'escargot et le nombre de tours dĂ©cide de sa taille â le pain sucrĂ© que les familles raizales font tous les samedis depuis un siĂšcle
Radio Nacional de Colombia, dans son enquĂȘte sur les douceurs colombiennes, en distingue prĂ©cisĂ©ment quatre : le BON CORRIENTE, Ă la levure de boulanger et Ă la cannelle, le pain de tous les jours ; le SUGAR BON, montĂ© Ă la levure chimique et donc plus rapide et plus friable ; l'EASTER BON, arrivĂ© de la JamaĂŻque et de ColĂłn au Panama, chargĂ© de fruits secs et de raisins et rĂ©servĂ© Ă la Semaine sainte ; et la TORTA NEGRA, prĂ©paration aux fruits Ă©laborĂ©e en dĂ©cembre.
Les quatre portent le mĂȘme nom et ne se mangent pas aux mĂȘmes moments.
Le deuxiÚme point, technique et identitaire, est la FORME : « en le pétrissant, on l'enroule en maniÚre d'escargot, et selon le nombre de tours, telle sera la taille de ce pain sucré ».
Ce n'est pas une dĂ©coration mais la mĂ©thode mĂȘme de façonnage et de calibrage â un bon qui n'est pas roulĂ© en spirale n'est pas un bon.
Le troisiÚme point est culturel et il est frappant : lors de la Semaine sainte, les raizales jeûnent traditionnellement à l'easter bon et à l'eau.
Un pain sucrĂ© comme aliment de jeĂ»ne est un usage religieux protestant qui n'a aucun Ă©quivalent dans la Colombie catholique continentale, et c'est un rappel que l'archipel appartient culturellement Ă la CaraĂŻbe anglophone â le bon se prĂ©pare aussi en JamaĂŻque, Ă Trinidad, au Panama et au Nicaragua.
Enfin, un point de vocabulaire : « pan de coco » est le nom que le continent donne au bon, et il induit en erreur, la noix de coco n'étant pas systématique dans la recette.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
TiĂ©dir le lait de coco Ă environ 35 °C â tiĂšde au doigt, jamais chaud â et y dĂ©layer la levure avec une cuillerĂ©e de sucre prise sur la quantitĂ© totale. Laisser dix minutes : une mousse doit se former en surface. C'est le test de vitalitĂ© de la levure, et il Ă©vite de dĂ©couvrir deux heures plus tard qu'elle Ă©tait morte. La cible est un liquide couronnĂ© d'une mousse beige d'un bon centimĂštre. Si rien ne se passe au bout de quinze minutes, la levure est inutilisable â recommencer avec une autre plutĂŽt que d'espĂ©rer.
Le pourquoiLes levures sont actives entre 25 et 40 °C ; au-delĂ de 50 °C leurs protĂ©ines dĂ©naturent et elles meurent, d'oĂč le contrĂŽle de tempĂ©rature qui prĂ©cĂšde toute panification.
MĂ©langer la farine, le sucre restant et le sel. Ajouter les Ćufs et le lait Ă la levure, et pĂ©trir huit Ă dix minutes jusqu'Ă obtenir une pĂąte homogĂšne et souple. Incorporer alors le beurre mou en plusieurs fois, en continuant de pĂ©trir : la pĂąte se dĂ©chire d'abord puis redevient lisse et brillante. La cible est une pĂąte souple, lĂ©gĂšrement collante, qui se dĂ©colle du bol et s'Ă©tire en voile fin sans se rompre. Le beurre entre APRĂS la formation du rĂ©seau glutineux : ajoutĂ© d'emblĂ©e, il enrobe la farine et empĂȘche le gluten de se dĂ©velopper.
Le pourquoiC'est le dĂ©veloppement du rĂ©seau gliadine-glutĂ©nine qui piĂ©gera le COâ produit par la levure ; ce rĂ©seau ne se forme qu'en milieu hydratĂ© et sous travail mĂ©canique, avant l'ajout de matiĂšre grasse.
Mettre la pùte en boule dans un saladier huilé, couvrir d'un linge humide et laisser pousser une heure à température ambiante, jusqu'à ce qu'elle double de volume. Dans l'archipel, avec vingt-huit degrés ambiants, cela prend quarante minutes ; en climat tempéré, une heure et demie. La cible est une pùte doublée, souple, dans laquelle un doigt enfoncé laisse une empreinte qui remonte lentement sans disparaßtre. Si l'empreinte disparaßt aussitÎt, la pousse n'est pas finie ; si elle ne remonte pas du tout, la pùte est sur-poussée et retombera au four.
Le pourquoiLes levures fermentent les sucres et libĂšrent du COâ que le rĂ©seau glutineux retient sous forme d'alvĂ©oles ; le doublement de volume signale que la structure est saturĂ©e et prĂȘte au façonnage.
DĂ©gazer la pĂąte et l'Ă©taler au rouleau en un grand rectangle d'un demi-centimĂštre d'Ă©paisseur. La badigeonner de beurre fondu, puis rĂ©partir uniformĂ©ment le mĂ©lange sucre roux-cannelle, en laissant deux centimĂštres libres sur un grand cĂŽtĂ©. Pour l'easter bon, ajouter Ă ce stade les raisins gonflĂ©s et les fruits confits. Rouler la pĂąte sur elle-mĂȘme, dans le sens de la longueur, en serrant fermement Ă chaque tour. Souder le bord libre en pinçant. La cible est un boudin rĂ©gulier, ferme, sans poche d'air, d'un diamĂštre constant sur toute sa longueur.
Le pourquoiLa cannelle contient des composés qui ralentissent l'activité levurienne ; l'incorporer en tourage plutÎt que dans la pùte permet de la doser généreusement sans compromettre la pousse.
Couper le boudin en tronçons selon la taille voulue, puis enrouler chaque tronçon sur lui-mĂȘme Ă plat, comme une coquille d'escargot, en rentrant l'extrĂ©mitĂ© sous le pain. C'est LE geste du bon : « on l'enroule en maniĂšre d'escargot, et selon le nombre de tours, telle sera la taille de ce pain sucrĂ© ». Trois tours pour un bon individuel, cinq Ă six pour un bon familial. Poser sur plaque, bien espacĂ©s. La cible est une spirale nette et serrĂ©e, Ă plat, dont on distingue chaque tour. Une spirale lĂąche s'ouvre Ă la cuisson et le pain perd Ă la fois sa forme et sa tenue.
Le pourquoiLa spirale multiplie les couches de pùte et de sucre-cannelle : à la cuisson, le sucre fond entre les tours et les soude, ce qui donne au bon sa mie filante caractéristique.
Couvrir les bons d'un linge et laisser pousser quarante-cinq minutes, jusqu'Ă ce qu'ils aient nettement gonflĂ© et que les tours de la spirale se soient rapprochĂ©s. Dorer au jaune d'Ćuf battu avec une cuillerĂ©e de lait, au pinceau, sans Ă©craser. La cible est un pain gonflĂ©, souple au toucher, brillant aprĂšs dorure. Cette seconde pousse est ce qui donne au bon sa mie lĂ©gĂšre : sans elle, il reste dense et compact. Pour un sugar bon Ă la levure chimique, cette Ă©tape n'existe pas â on dore et on enfourne immĂ©diatement.
Le pourquoiLes protĂ©ines et les lipides du jaune d'Ćuf brunissent par rĂ©action de Maillard et forment le film brillant caractĂ©ristique ; appliquĂ©s sur une pĂąte dĂ©jĂ croĂ»tĂ©e, ils n'adhĂšrent pas uniformĂ©ment.
Enfourner Ă 180 °C et cuire trente-cinq Ă quarante minutes selon la taille, jusqu'Ă ce que les bons soient d'un brun dorĂ© profond et sonnent creux quand on les tapote par-dessous. Le sucre et la cannelle caramĂ©lisent entre les tours et forment des filets ambrĂ©s. La cible est un pain brun dorĂ©, brillant, dont la spirale est nettement dessinĂ©e et dont le cĆur est cuit. Laisser refroidir sur grille au moins vingt minutes avant de trancher : coupĂ© chaud, un pain levĂ© et riche s'Ă©crase et la mie devient gommeuse.
Le pourquoiLa caramélisation du sucre du tourage entre 160 et 180 °C produit les composés bruns et l'arÎme torréfié qui, avec la cannelle, définissent le goût du bon.
Le bon se mange Ă toute heure mais de prĂ©fĂ©rence l'aprĂšs-midi, accompagnĂ© de QUESO AMARILLO et de THĂ Ă LA MENTHE â c'est l'accord raizal, et il vaut la peine d'ĂȘtre essayĂ© tel quel avant d'improviser. Il se vend sur les Ă©tals appelĂ©s « fair table » et beaucoup de familles de l'archipel le prĂ©parent chaque samedi pour la maison et le voisinage. En Semaine sainte, l'easter bon aux fruits secs se mange avec de l'eau seule : c'est l'aliment du jeĂ»ne raizal. Il se conserve trois Ă quatre jours dans un torchon et se rĂ©chauffe cinq minutes Ă 150 °C.
Le pourquoiLe contraste entre le sucré-épicé du pain et le salé-gras du queso amarillo fonctionne exactement comme celui d'un pain d'épices avec un fromage affiné : le gras arrondit la cannelle et le sel relance le sucré.
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Sourcer ou se taire
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