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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Deux ingrĂ©dients, zĂ©ro farine de blĂ©, zĂ©ro levure â la petite roue de riz et de cuajada qui accompagne le cafĂ© du llano depuis deux siĂšcles
Cette reconnaissance a paradoxalement ouvert la controverse la plus vive du produit, rapportĂ©e par la revue Semana : la rĂ©glementation qui a interdit les fours Ă bois dans les ateliers a forcĂ© les productrices Ă passer au gaz naturel, et doña Luz Stella Gordillo, fondatrice de la fabrique Don Baquiano, affirme que le goĂ»t du produit en a Ă©tĂ© modifiĂ© â la fumĂ©e du bois faisait partie de la recette.
DeuxiĂšme point tranchĂ©, technique et vĂ©rifiable : le pan de arroz ne contient NI farine de blĂ©, NI levure, NI Ćuf.
Le riz cru est trempĂ© puis moulu HUMIDE avec la cuajada, et c'est cette mouture conjointe qui crĂ©e la texture â toute recette qui part d'une farine de riz sĂšche du commerce donne un produit sableux que les llaneros refusent.
Les sources divergent honnĂȘtement sur la durĂ©e du trempage : Semana et ASPAMET dĂ©crivent trois heures avec quatre lavages successifs pour Ă©liminer la balle et l'amidon de surface, El Espectador donne douze heures dans un volume d'eau Ă©gal Ă celui du riz.
Les deux marchent, le résultat diffÚre en croustillant.
TroisiĂšme dĂ©bat, gĂ©nĂ©alogique : le pan de arroz descend du pan gacho, un pain de riz et de cuajada des familles de San MartĂn de los Llanos que Radio Nacional de Colombia documente comme l'ancĂȘtre de la forme actuelle â ce qui contredit les fabricants de Restrepo qui revendiquent l'invention.
Enfin, la cuajada doit ĂȘtre ACIDE : Semana prĂ©cise trois jours d'affinage.
Fraßche du jour, elle ne donne ni le goût ni la structure.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Couvrir le riz cru de son volume d'eau froide et laisser tremper. Deux Ă©coles coexistent et se valent : trois heures avec quatre lavages successifs Ă l'eau claire, mĂ©thode d'ASPAMET et de Semana, qui Ă©limine la balle et l'amidon libre et donne un pan de arroz plus croustillant ; ou douze heures dans une eau non changĂ©e, mĂ©thode d'El Espectador, qui hydrate plus profondĂ©ment et donne une mie plus tendre. Dans les deux cas, le grain doit avoir blanchi, gonflĂ©, et se casser net sous l'ongle sans rĂ©sistance farineuse au cĆur. Ăgoutter longuement, puis Ă©taler sur un linge propre vingt minutes. La cible est un riz humide mais non ruisselant : une poignĂ©e pressĂ©e ne doit pas rendre d'eau.
Le pourquoiLe trempage hydrate les granules d'amidon du riz sans les gélatiniser. à la cuisson, cette eau piégée se vaporise d'un coup et fait éclater la structure : c'est ce qui crée l'alvéolage caractéristique, impossible à obtenir avec une farine sÚche.
Passer ensemble, par petites quantitĂ©s, le riz Ă©gouttĂ© et la cuajada Ă©miettĂ©e au moulin Ă disques (le molino manuel llanero) ou au robot puissant. Ils doivent ĂȘtre moulus ENSEMBLE, pas sĂ©parĂ©ment puis mĂ©langĂ©s : c'est le point technique que toutes les sources natives soulignent. On obtient une farine humide, grumeleuse, d'un blanc cassĂ©, qui sent dĂ©jĂ le lait aigre. Repasser une seconde fois au moulin si des grains entiers subsistent. La cible est une mouture fine mais encore perceptible sous les doigts, jamais une pĂąte lisse. Si le mĂ©lange chauffe dans le robot, faire des pauses : la cuajada fondrait et la texture serait perdue.
Le pourquoiLa mouture conjointe enrobe chaque particule de riz de matiÚre grasse et de protéines laitiÚres, ce qui limite le développement d'un réseau collant à l'hydratation et donne la friabilité recherchée.
Verser la mouture dans un grand saladier, ajouter le sel, le beurre en petits morceaux et le melado de panela (ou le lait). PĂ©trir Ă la main, avec les paumes, en Ă©crasant et repliant, jusqu'Ă obtenir une masse homogĂšne, souple, qui se dĂ©tache des parois et ne colle presque plus aux doigts. C'est le « resobar » des recettes llaneras : on travaille la pĂąte par la chaleur des mains, pas au crochet. La cible est une pĂąte compacte, lĂ©gĂšrement grasse, qui se roule sans se fendre. Trop sĂšche, elle craquellera au façonnage â ajouter une cuillerĂ©e de lait Ă la fois. Trop molle, ne pas ajouter de farine : laisser reposer dix minutes, la mouture continue d'absorber.
Le pourquoiLa matiĂšre grasse s'interpose entre les particules d'amidon (effet shortening) et empĂȘche la formation de liaisons continues â c'est ce qui donne le cassant net de la roscas au lieu d'une texture Ă©lastique.
PrĂ©lever des portions de 45 Ă 50 g. Rouler chacune en boudin d'environ un centimĂštre et demi de diamĂštre et quinze centimĂštres de long, puis joindre les deux extrĂ©mitĂ©s en pressant fermement pour former une petite couronne. Le geste doit ĂȘtre rapide : la pĂąte sĂšche vite Ă l'air et une pĂąte croĂ»tĂ©e se fend au four. Disposer les couronnes sur une plaque, sans graisser â la cuajada rend assez de gras â et sans les serrer. La cible est une couronne rĂ©guliĂšre, sans fissure sur la face extĂ©rieure du cercle, soudĂ©e nettement Ă la jonction. Les couronnes mal soudĂ©es s'ouvrent Ă la cuisson et perdent leur forme.
Le pourquoiLa forme en anneau maximise le rapport surface/volume : la vapeur s'Ă©chappe vite et uniformĂ©ment, ce qui permet une cuisson Ă©clair de sept minutes sans cĆur cru.
Enfourner Ă 250 °C, four bien prĂ©chauffĂ©, et cuire sept minutes environ. Les roscas gonflent presque immĂ©diatement, se fendillent lĂ©gĂšrement et prennent une couleur dorĂ©e claire, tachetĂ©e de brun par endroits. La cuisson est courte et se joue Ă la minute : Ă six minutes elles sont encore blondes et molles au centre, Ă neuf elles sont dures. Traditionnellement, la cuisson se faisait au four Ă bois â c'est cette fumĂ©e qui manque aujourd'hui aux ateliers passĂ©s au gaz naturel, selon doña Luz Stella Gordillo. La cible est une couronne dorĂ©e, lĂ©gĂšre en main, qui sonne creux quand on la tapote.
Le pourquoiLa chaleur violente vaporise l'eau du riz trempĂ© avant que la structure ne se fige, ce qui fait lever la pĂąte sans levure â c'est une levĂ©e Ă la vapeur pure, comme pour un pĂąte Ă choux.
Ăteindre le four, entrouvrir la porte et laisser les roscas dedans dix Ă quinze minutes. Cette dĂ©shydratation douce est l'astuce que donne El Espectador pour la conservation : elle chasse l'humiditĂ© rĂ©siduelle du cĆur sans colorer davantage. Les roscas passent d'un croustillant fragile Ă un croustillant durable. C'est aussi ce qui permet aux ateliers de Restrepo de vendre un produit qui tient plusieurs jours en sachet. Sortir et laisser refroidir complĂštement sur grille â jamais sur une assiette, la vapeur piĂ©gĂ©e par-dessous ramollirait le dessous.
Le pourquoiĂ four Ă©teint, la tempĂ©rature descend sous le seuil de la rĂ©action de Maillard mais reste au-dessus de 60 °C : l'eau continue de migrer du cĆur vers la surface et de s'Ă©vaporer, sans que la couleur ne bouge.
Le pan de arroz se mange tiĂšde ou froid, jamais rĂ©chauffĂ© au micro-ondes qui le rend caoutchouteux. Au llano, il accompagne le cafĂ© du matin et celui de quatre heures, et se vend par sachets de vingt sur toutes les routes du Meta â c'est le souvenir que rapporte tout voyageur qui redescend de Villavicencio vers BogotĂĄ. Il se conserve trois Ă quatre jours dans un sachet papier ou une boĂźte hermĂ©tique une fois complĂštement froid. EnfermĂ© tiĂšde, il transpire et ramollit en une nuit. Pour le raviver, cinq minutes Ă 180 °C suffisent.
Le pourquoiUn produit sans gluten et sans levure n'a pas de rĂ©seau Ă©lastique pour retenir l'humiditĂ© : dĂšs qu'il en reprend de l'air ambiant, il ramollit sans retour, d'oĂč l'exigence du stockage hermĂ©tique Ă froid.
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Sourcer ou se taire
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