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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Le sang et les abats du cabri, cuits lentement avec du riz â l'autre moitiĂ© du cabro santandereano, celle qu'on ne peut pas laisser dans l'assiette
L'inventaire du Ministerio de Cultura la dĂ©finit deux fois de maniĂšre convergente : « guiso prĂ©parĂ© avec du sang et des viscĂšres de cabrito â rognon, foie, cĆur et chunchullo â qui se consomme comme accompagnement du cabrito rĂŽti ou de la carne oreada, ou comme PLAT PRINCIPAL avec de la yuca cuite, de l'ajĂ et une arepa jaune » (SĂĄnchez & SĂĄnchez, « Paseo de Olla », MinCultura, 2012, p.
170, porteuses Estrella de los RĂos et Juanita Umaña de Vargas ; Ordóñez, 2012, p.
296).
Le premier débat porte sur le RIZ : la plupart des versions contemporaines l'incorporent, ce qui fait de la pepitoria un plat de riz aux abats plutÎt qu'un guiso pur ; les fiches officielles du MinCultura, elles, n'en mentionnent pas.
Les deux se pratiquent, et l'ajout de riz est probablement une extension de la ration autant qu'un choix de texture.
Le deuxiĂšme point est historique et il est documentĂ© : la pepitoria descend des recettes espagnoles arrivĂ©es Ă l'Ă©poque coloniale, elles-mĂȘmes influencĂ©es par la gastronomie arabe d'al-Ăndalus â la « pepitoria » castillane est un ragoĂ»t liĂ© aux amandes, au safran et au jaune d'Ćuf, et le mot a survĂ©cu au voyage en changeant complĂštement de contenu.
Le troisiĂšme point est technique et non nĂ©gociable : le SANG doit ĂȘtre salĂ© dĂšs la collecte pour l'empĂȘcher de coaguler, et incorporĂ© Ă feu trĂšs doux.
Bouilli, il granule en grumeaux durs et la pepitoria est perdue.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Rincer tous les abats Ă l'eau froide courante. Fendre les rognons, retirer les canaux blancs et les faire dĂ©gorger trente minutes dans de l'eau vinaigrĂ©e. Retourner le chunchullo, le frotter au gros sel et au citron vert, rincer, et recommencer jusqu'Ă ce que l'eau reste parfaitement claire â c'est long, et c'est la partie qu'on ne peut pas abrĂ©ger. Parer le foie de ses membranes et le cĆur de ses valves. La cible est un lot d'abats fermes, sans odeur forte, sĂ©parĂ©s par type. Un chunchullo mal nettoyĂ© contamine tout le plat d'une odeur qui ne part plus.
Le pourquoiLe mucus intestinal est une glycoprotéine insoluble dans l'eau et stable à la chaleur ; seule l'abrasion mécanique combinée à l'acide et au sel l'élimine réellement.
Cuire le chunchullo Ă l'eau salĂ©e avec un peu de vinaigre, cinquante Ă soixante minutes, jusqu'Ă tendretĂ©. Cuire le cĆur Ă part, trente minutes. Cuire les rognons quinze minutes. NE PAS cuire le foie : il ira directement au guiso. Ăgoutter chaque abat, rĂ©server un verre d'eau de cuisson du chunchullo. Couper tous les abats cuits en dĂ©s de un centimĂštre. La cible est un lot d'abats tous tendres, coupĂ©s au mĂȘme calibre, prĂȘts Ă ĂȘtre rĂ©unis. C'est l'organisation qui fait la pepitoria : quatre abats, quatre temps de cuisson.
Le pourquoiLa teneur en collagĂšne varie considĂ©rablement d'un abat Ă l'autre : le chunchullo en est trĂšs riche, le foie presque dĂ©pourvu â d'oĂč des cinĂ©tiques de cuisson incompatibles.
Faire fondre le saindoux dans un grand caldero, y faire suer l'oignon blanc et la cebolla larga dix minutes sans coloration. Ajouter l'ail, les graines de coriandre concassĂ©es, le cumin et le poivre, une minute. Ajouter les tomates concassĂ©es et laisser compoter douze minutes, jusqu'Ă ce que l'huile remonte, orangĂ©e, sur les bords. La cible est un guiso rĂ©duit, brillant, trĂšs parfumĂ©, oĂč plus rien n'est aqueux. Les graines de coriandre sont ce qui rattache le guiso au cabro : c'est la mĂȘme Ă©pice que dans l'adobo, et c'est ce qui fait tenir les deux plats ensemble dans l'assiette.
Le pourquoiLa remontée de l'huile signale l'évaporation de l'eau de la tomate ; les composés aromatiques liposolubles passent alors dans la matiÚre grasse, qui les redistribuera aux abats.
Verser dans le guiso le chunchullo, le cĆur et les rognons cuits et coupĂ©s, et faire revenir cinq minutes en remuant. Ajouter alors le foie CRU en dĂ©s et cuire quatre Ă cinq minutes seulement â pas davantage. Le foie passe de rouge Ă brun-rosĂ© et raffermit. La cible est un ensemble d'abats bien enrobĂ©s de guiso, oĂč le foie est juste saisi, encore rosĂ© au centre. Le foie est le juge de la pepitoria : cuit cinq minutes de trop, il devient farineux et sa texture granuleuse gĂąche l'ensemble.
Le pourquoiLe foie contient trĂšs peu de collagĂšne et beaucoup d'eau liĂ©e aux protĂ©ines : au-delĂ de 68 °C Ă cĆur, ces protĂ©ines expulsent brutalement leur eau et la texture bascule de crĂ©meuse Ă granuleuse.
Si l'on suit la version au riz, ajouter le riz cru au guiso et remuer deux minutes pour l'enrober. Mouiller avec l'eau de cuisson du chunchullo complétée d'eau chaude, à raison d'un volume et demi de liquide pour un volume de riz. Porter à ébullition, baisser au minimum, couvrir et cuire dix-huit minutes sans toucher. La cible est un riz cuit, aux grains détachés, ayant absorbé tout le liquide. Si l'on suit la version officielle du MinCultura, sauter entiÚrement cette étape : la pepitoria est alors un guiso pur, plus intense et plus court.
Le pourquoiLa gélatine extraite du chunchullo pendant sa longue cuisson enrobe les grains de riz et leur donne du brillant et du corps, ce qu'une eau claire ne fait pas.
BAISSER le feu au minimum. Verser le sang salĂ© en filet Ă travers une passoire fine, en remuant sans arrĂȘt, et laisser cuire quinze Ă vingt minutes Ă feu trĂšs doux. Le sang coagule progressivement, enrobe les abats et le riz, et le plat vire au brun trĂšs sombre. Il ne doit JAMAIS bouillir : Ă Ă©bullition, il coagule en grumeaux durs et granuleux au lieu de lier. La cible est une pepitoria sombre, nappante, oĂč chaque morceau est enrobĂ© d'une couche brillante. Si le mĂ©lange devient trop sec, une louche d'eau de cuisson rĂ©servĂ©e.
Le pourquoiLes protéines du sang coagulent progressivement entre 65 et 80 °C en formant un réseau qui enrobe les morceaux ; au-delà de 90 °C, elles floculent brutalement en granules.
Deux services, tous deux officiels. En ACCOMPAGNEMENT : Ă cĂŽtĂ© du cabro rĂŽti ou de la carne oreada, comme le veut la coutume santandereana qui rend les deux insĂ©parables. En PLAT PRINCIPAL : seule, avec de la yuca cuite, de l'ajĂ et une arepa jaune â la formule littĂ©rale de l'inventaire du MinCultura. Rectifier le sel en fin de cuisson seulement, le sang et les eaux de cuisson en ayant dĂ©jĂ apportĂ©. Elle se conserve deux jours au frais et se rĂ©chauffe Ă feu trĂšs doux, jamais Ă Ă©bullition, sous peine de granuler.
Le pourquoiRĂ©chauffĂ©e au-delĂ de 90 °C, la structure protĂ©ique formĂ©e par le sang se rĂ©tracte et expulse son eau â le plat devient granuleux et sec, alors qu'il supporte parfaitement une remise en tempĂ©rature douce.
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Sourcer ou se taire
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