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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Les graines d'un arbre de la forêt sèche, cuites, pelées et écrasées avec du chicharrón — une famille entière de plats santandereanos que la Colombie a cessé de manger
Au sens courant, un perico est un œuf brouillé à la tomate et à l'oignon ; à Santander, l'inventaire du Ministerio de Cultura recense sous ce nom une FAMILLE de sept préparations différentes, toutes documentées par la Fundación Taller de oficios de Barichara dans son recueil au titre parlant : « Santander, cocina tradicional EN RIESGO » (2012).
On y trouve le perico d'anacuma, de bledo, de pepino labrancero, de huevas de toro, de sesos, d'ahuyama au chicharrón, et celui de guáymaro.
Certains contiennent des œufs battus, d'autres non : celui de guáymaro est décrit comme « un PURÉ que l'on guise avec des guáymaros préalablement cuits et pelés, avec du chicharrón, du saindoux, de l'oignon et des tomates », porté par Belén Martinez Angarita (p.
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Autrement dit, à Santander, « perico » désigne une technique — un guiso de tomate et d'oignon dans lequel on incorpore une matière écrasée — plus qu'un plat aux œufs.
Le deuxième point est botanique et il est l'essentiel : le guáymaro (Brosimum alicastrum, aussi appelé ramón ou noix maya) est l'arbre emblématique de la forêt sèche tropicale du cañón du Chicamocha.
Ses graines, très riches en protéines et en fibres, ont nourri les populations andines et mésoaméricaines pendant des siècles avant d'être abandonnées — leur retour est aujourd'hui porté par des programmes de sécurité alimentaire.
Troisième point, honnête : la fiche officielle ne donne ni proportions ni durées, et ce qui suit reconstitue la préparation à partir de sa description et des techniques documentées de guisos santandereanos.
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Trier les graines de guáymaro en écartant celles qui sont fendues, noircies ou creuses. Les rincer à l'eau froide et les laisser tremper deux heures — cela raccourcit nettement la cuisson et amorce l'assouplissement de la peau. La cible est un lot de graines fermes, d'un brun clair uniforme, sans point moisi. Le guáymaro est une graine dure et dense : le trempage n'est pas facultatif si l'on ne veut pas passer deux heures à la cuisson.
Le pourquoiLe trempage hydrate le cotylédon en profondeur et amorce la solubilisation des pectines de la peau, ce qui réduit fortement le temps de cuisson d'une graine aussi dense.
Couvrir les graines égouttées d'eau salée et cuire à frémissement une heure à une heure et demie, jusqu'à ce qu'une graine s'écrase entre deux doigts sans la moindre résistance. Changer l'eau à mi-cuisson si elle devient très trouble. Égoutter en réservant un verre d'eau de cuisson. La cible est une graine complètement fondante. C'est le point critique : une graine de guáymaro insuffisamment cuite reste dure ET amère, et l'écrasement ne corrige ni l'un ni l'autre — on obtient une purée pleine de grumeaux âpres.
Le pourquoiLa cuisson prolongée solubilise les pectines de la lamelle moyenne et dégrade les composés phénoliques amers concentrés dans la peau et les couches externes du cotylédon.
Laisser tiédir les graines, puis les peler une à une en pressant entre deux doigts : la peau ramollie se détache d'elle-même. C'est fastidieux et c'est indispensable — la fiche officielle précise « préalablement cuits et PELÉS ». La peau, même cuite, garde une texture râpeuse et une amertume que la purée ne masque pas. La cible est un lot de graines nues, d'un beige clair, molles au toucher. Compter vingt bonnes minutes pour cinq cents grammes, et ne pas chercher à abréger : c'est le prix du plat.
Le pourquoiLa cuisson dégrade les pectines qui lient la peau au cotylédon ; en refroidissant, ces pectines se réassocient partiellement et la peau se recolle.
Mettre les couennes de porc à feu doux avec deux cuillerées d'eau, sans matière grasse ajoutée. L'eau s'évapore, la graisse fond et les morceaux dorent — quinze à vingt minutes. Retirer les deux tiers des chicharrones dorés et réserver ; garder toute la graisse fondue dans la poêle, elle servira de saindoux. La cible est un chicharrón doré et croustillant et un fond de graisse claire. Si la graisse noircit, elle est brûlée : la jeter et recommencer, un guiso monté sur graisse brûlée est amer de bout en bout.
Le pourquoiLa fonte lente du tissu adipeux libère la graisse sans dégradation thermique ; à feu vif, la surface se déshydrate et brunit avant que la graisse interne ne soit sortie.
Dans la graisse de chicharrón, ajouter le saindoux et faire suer l'oignon haché dix minutes, sans coloration. Ajouter l'ail et les graines de coriandre écrasées, une minute, puis les tomates concassées et laisser compoter douze minutes, jusqu'à ce que l'huile remonte, orangée, sur les bords. La cible est un guiso réduit, brillant, très parfumé, où plus rien n'est aqueux. C'est la base commune à toute la famille des pericos santandereanos : ce qui change d'un perico à l'autre, c'est ce qu'on y écrase — guáymaro, ahuyama, bledo, anacuma ou cervelle.
Le pourquoiLa remontée de l'huile signale l'évaporation de l'eau de la tomate ; les composés aromatiques liposolubles passent alors dans la matière grasse, qui les redistribuera à toute la purée.
Ajouter les graines pelées au guiso et les écraser directement dedans, au presse-purée ou à la fourchette, en travaillant à feu doux. Incorporer les deux tiers de chicharrón en éclats. Cuire dix à douze minutes en remuant, en détendant à l'eau de cuisson réservée si la purée devient trop épaisse. La cible est une purée dense, homogène mais légèrement grumeleuse, d'un beige orangé, qui tient en dôme à la cuillère. Écraser DANS le guiso plutôt qu'à part est ce qui permet à la purée d'absorber le gras et l'acidité au lieu de les recevoir en surface.
Le pourquoiÉcraser à chaud dans un milieu gras permet aux lipides d'enrober les particules d'amidon et de protéines, ce qui empêche la purée de devenir collante en refroidissant.
Rectifier le sel et le poivre, dresser la purée en dôme et parsemer du tiers de chicharrón réservé, croustillant, au dernier moment. Servir chaud, avec une arepa santandereana. Le perico de guáymaro se mange au petit-déjeuner ou en accompagnement d'une viande grillée. Il se conserve deux jours au frais et se réchauffe à la poêle avec une cuillerée d'eau — mais le chicharrón du dessus se remet toujours au dernier moment, sinon il n'y a plus de contraste. C'est une préparation recensée comme cuisine EN RISQUE : la refaire est en soi l'enjeu.
Le pourquoiLe croustillant d'une couenne frite tient à sa très faible teneur en eau de surface ; au contact d'une purée humide, l'eau migre par capillarité et le ramollit en quelques minutes.
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Sourcer ou se taire
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