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Atlas Culinaire · Saint-Martin · Amériques
Pilier des tables créoles de Saint-Martin, les pois d'Angole (Cajanus cajan) mijotés au bois-d'Inde et au piment bonda Man Jacques accompagnent le poisson braisé des lolos de Grand Case, la viande rôtie ou l'igname bouillie.
Le pois d'Angole n'est pas né aux Antilles : le Cajanus cajan est une légumineuse domestiquée en Asie du Sud il y a des millénaires, arrivée en Amérique par les routes de la traite depuis l'Afrique. Son nom antillais raconte ce voyage : « pois d'Angole » renvoie à l'Angola, « pwa di bwa » (pois des bois) dans le créole des Petites Antilles, parce qu'on le laissait grimper en arbuste au fond des jardins. Sur les habitations, on le plantait près de la case pour qu'il donne ses gousses en fin d'année : de là vient son statut de légume de Noël, present sur les tables de Guadeloupe, de Martinique et de Saint-Martin pendant les fêtes, mais consommé toute l'année.
Deux lignes de partage traversent ce plat aux Antilles.
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Préparation — Trempage des pois secs — La veille au soir, rincer les pois d'Angole secs sous l'eau froide puis les couvrir dans un grand bol d'au moins 3 volumes d'eau froide. Laisser tremper 12 heures minimum à température ambiante. Au matin, jeter intégralement l'eau de trempage chargée en anti-nutriments et lectines : ce geste est non négociable pour la digestibilité et la texture finale. Rincer une dernière fois les pois égouttés.
Le pourquoiLes pois d'Angole secs sont durs comme des billes ; les réhydrater une nuit relance leur teneur en eau et raccourcit de beaucoup la cuisson. Jeter l'eau de trempage élimine une partie des composés indigestes et l'amidon trouble qui, sinon, brouillerait la sauce.
Préparation — Blanchiment initial — Plonger les pois égouttés dans 2 litres d'eau bouillante non salée et blanchir 15 minutes à gros bouillons. Une mousse grisâtre se forme en surface : l'écumer soigneusement avec une cuillère. Ce blanchiment élimine les dernières lectines, réduit l'amertume résiduelle et amorce le ramollissement. Égoutter et réserver — l'eau de blanchiment est jetée, non réutilisée.
Le pourquoiUn premier bouillon franc, à l'eau claire, fait remonter en surface l'écume grise et l'amertume résiduelle, et amorce l'attendrissement avant que les aromates et le sel n'entrent en jeu. On repart ainsi sur une base nette.
Base aromatique — Revenu du lard et des condiments — Dans une cocotte épaisse (fonte ou acier), faire chauffer l'huile à feu moyen-vif. Ajouter les lardons et les faire revenir 3 à 4 minutes jusqu'à légère coloration dorée — la graisse fondue servira de base au sofrito créole. Ajouter l'oignon émincé, la cive, l'ail haché et faire revenir à feu moyen 5 minutes en remuant sans cesse jusqu'à ce que l'oignon soit translucide et légèrement caramélisé. Les arômes caramélisés de l'oignon constituent le socle gustatif du plat.
Le pourquoiFaire suer lentement oignon, cive et ail dans la graisse du lard construit le socle sucré-salé du plat. La caramélisation douce des sucres de l'oignon apporte la profondeur qu'aucun ajout tardif ne pourra rattraper.
Base aromatique — Ajout des aromates signature — Incorporer les feuilles de bois-d'Inde entières, les branches de thym, les clous de girofle pilés et le piment Madame Jacques entier et non incisé. Laisser revenir 2 minutes à feu moyen en remuant : les huiles essentielles du bois-d'Inde (eugénol, myrcène) se libèrent dans la matière grasse et parfument toute la base. Ajouter ensuite les pois d'Angole blanchis et mélanger pour bien les enrober de la base aromatique.
Le pourquoiJeter les feuilles de bois-d'Inde, le thym, le girofle et le piment dans la matière grasse chaude libère leurs huiles essentielles, qui diffusent bien mieux dans le gras que dans l'eau. Le piment laissé entier parfume sans lâcher tout son feu.
Cuisson principale — Mijotage des pois au giraumon — Verser l'eau froide pour couvrir généreusement les pois (environ 1,2 litre). Porter à ébullition à feu vif, puis réduire à feu doux-moyen, couvrir et laisser mijoter 45 minutes. À mi-cuisson, ajouter les dés de giraumon qui vont cuire et se défaire progressivement en épaississant naturellement la sauce. Poursuivre la cuisson 30 minutes supplémentaires à couvert.
Le pourquoiUne cuisson longue et couverte, à petit frémissement, laisse les pois s'attendrir à cœur. Le giraumon ajouté en cours de route se défait et sa chair épaissit naturellement le liquide, sans farine ni lait de coco.
Finition — Assaisonnement et liaison de la sauce — En fin de cuisson, saler et ajouter le sucre de canne roux — ces deux ajouts tardifs sont fondamentaux : le sel maintient les pois tendres tout au long de la cuisson, le sucre neutralise l'amertume naturelle résiduelle de la légumineuse sans sucrer le plat. Pour lier la sauce crémeuse sans lait de coco, écraser à la fourchette environ un quart des pois contre les parois de la cocotte et mélanger vigoureusement : l'amidon libéré crée une texture veloutée et nappante. Rectifier l'assaisonnement.
Le pourquoiSel et sucre de canne n'arrivent qu'à la fin : le sel précoce durcit les pois, tandis qu'ajouté tard il assaisonne sans figer. Une pointe de sucre roux arrondit l'amertume naturelle de la légumineuse sans sucrer. Écraser une part des pois libère leur amidon et nappe la sauce.
Finition — Touche finale et service — Retirer et jeter le piment Madame Jacques entier, les feuilles de bois-d'Inde et les tiges de thym. Ciseler le persil frais et l'incorporer hors du feu pour préserver sa fraîcheur. Goûter et ajuster sel et sucre si nécessaire. Laisser reposer 5 minutes couvert avant de servir : les saveurs se fondent et la sauce gagne encore en onctuosité. Servir chaud en accompagnement de poisson braisé, de viande rôtie ou d'igname bouillie.
Le pourquoiRetirer piment, feuilles de bois-d'Inde et tiges de thym évite qu'un convive ne croque le piment entier ou une feuille coriace. Un court repos couvert laisse les saveurs se fondre et la sauce gagner en onctuosité.
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Cousine par la légumineuse : les pois d'Angole mijotés créoles sont le pendant saint-martinois du pois cassé fondu, même art insulaire de faire d'une légumineuse la base d'un plat de réconfort, de part et d'autre de la frontière de l'île.
Voir la recette →CousineMême légume-vedette, les pois d'Angole (pigeon peas), mais préparés ici en sauce créole plutôt que fondus dans le riz : deux façons insulaires de traiter le même pois-totem.
Voir la recette →Le plat national portoricain marie les mêmes pigeon peas (gandules) au riz et à un sofrito ; c'est la déclinaison hispanophone du même couple riz-pois d'Angole des Caraïbes.
Pas encore dans l'AtlasPlat créole emblématique de Trinidad et des Petites Antilles anglophones, le pelau associe pois d'Angole, riz caramélisé au sucre brûlé et viande ; il incarne la version où le lait de coco est courant, à rebours de la tradition créole française.
Pas encore dans l'AtlasMême légumineuse, autre traitement : au lieu d'une sauce servie à part, les pois d'Angole cuisent directement avec le riz pour former un plat unique, classique des repas de Noël en Guadeloupe et Martinique.
Pas encore dans l'AtlasEn République dominicaine, les pois d'Angole entrent dans un ragoût-soupe copieux enrichi de viande, de tubercules et d'épices ; même légumineuse festive, traitée en potée.
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