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Atlas Culinaire · Italie · Toscana
La soupe toscane rebouillie — pain sciocco, cavolo nero et haricots : un plat dont le nom désigne un geste, pas une liste
La ribollita n'est pas une recette, c'est un geste. Le nom dit exactement ce qu'on lui fait : on la rebout. Une soupe de pain, de chou noir et de haricots, préparée en grande quantité, puis réchauffée le lendemain et parfois le surlendemain, et qui devient meilleure à chaque fois. Tout le reste, les légumes, les proportions, l'ordre, varie d'une vallée à l'autre.
LE NOM DÉSIGNE UN GESTE, PAS UNE LISTE.
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Pain sciocco, cavolo nero pris par le gel, haricots cannellini : les trois piliers du canon déposé par la délégation florentine de l'Accademia en 2001, et rebouillie au moins une fois.
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Mettez les cannellini secs à tremper douze heures dans un grand volume d'eau froide, à température ambiante. Le lendemain, égouttez-les, rincez-les, et faites-les cuire à couvert dans de l'eau froide non salée avec un morceau de carotte, une côte de céleri et un demi-oignon, environ une heure, jusqu'à ce qu'ils s'écrasent sans résistance.
Le pourquoiLe sel et l'acidité durcissent la peau des légumineuses en cuisson : c'est pourquoi on sale à la fin et jamais au départ. Le trempage long, lui, réhydrate le grain jusqu'au cœur et évite ces haricots à peau tendre et centre crayeux. Et l'eau de cuisson n'est pas un déchet : c'est le bouillon de toute la soupe. [Accademia Italiana della Cucina, recette déposée le 24 mai 2001 ; usage toscan]
Prélevez environ la moitié des haricots cuits et passez-les au moulin à légumes ou écrasez-les à la fourchette avec un peu de leur eau, jusqu'à obtenir une purée. Réservez l'autre moitié entière.
Le pourquoiC'est le seul liant de la ribollita : pas de farine, pas de crème. L'amidon des haricats écrasés épaissit le bouillon et donne cette texture dense qui tiendra le pain. Les haricots entiers, eux, restent là pour qu'on les reconnaisse sous la cuiller : la ribollita est une soupe qu'on mâche. [TavolArteGusto ; usage toscan]
Taillez finement oignon, carottes et céleri, et faites-les fondre très doucement dans une large cocotte avec une bonne quantité d'huile d'olive, une vingtaine de minutes, sans les colorer. Ajoutez l'ail écrasé et les tomates pelées concassées, poivrez généreusement, et laissez compoter dix minutes de plus.
Le pourquoiLe soffritto n'est pas une étape décorative, c'est la base aromatique de toute la cuisine toscane, et Artusi le décrit déjà ainsi en 1891 pour sa zuppa di fagiuoli : oignon, ail, persil et céleri blanc hachés très fin, à l'huile en bonne mesure, et généreux en poivre. Fondu lentement, il libère ses sucres sans amertume ; brûlé, il les rend acres pour toute la soupe. [Artusi, La scienza in cucina, 1891, n° 39 Zuppa di fagiuoli]
Lavez le cavolo nero, retirez la côte centrale dure de chaque feuille et taillez-les en larges lanières. Faites de même avec la verza et les blettes. Ajoutez-les à la cocotte dans cet ordre, chou noir d'abord, puis verza, puis blettes, en laissant chaque légume s'affaisser avant d'ajouter le suivant. Mouillez ensuite avec l'eau de cuisson des haricots, ajoutez la purée, le romarin et le thym, et laissez mijoter à couvert quarante-cinq minutes.
Le pourquoiCes trois légumes n'ont ni la même fibre ni le même temps : le cavolo nero, épais et nervuré, demande le plus long ; les blettes s'effondrent en quelques minutes. Les mettre ensemble revient à surcuire les unes en attendant les autres. Et la côte centrale du chou noir reste filandreuse quoi qu'on fasse : elle se retire. [Usage toscan ; Fattorie di Qualità ; La Vecchia Saggia]
Coupez le pain sciocco rassis en tranches épaisses. Coupez le feu. Disposez dans la cocotte, ou dans une terrine, une couche de soupe, puis une couche de tranches de pain, et recommencez en terminant par la soupe. Ne remuez pas. Laissez reposer au moins une demi-heure, le temps que le pain boive.
Le pourquoiLe pain toscan sans sel absorbe énormément sans se déliter, à condition qu'on le laisse tranquille. Remué à chaud, il se défait en bouillie ; posé en couches et laissé au repos, il gonfle en gardant sa structure. Artusi décrivait déjà le pain préparé d'avance, grillé en tranches épaisses d'un doigt, et l'ancêtre florentin du XVIIe siècle de Giovanni Del Turco se sert déjà, mot pour mot, avec des tranches de pain dessous. [Artusi 1891 n° 39 ; Giovanni Del Turco, Epulario e segreti vari (XVIIe s.)]
Laissez refroidir complètement, puis gardez au frais toute une nuit. Le lendemain, remettez la cocotte sur feu très doux, sans ajouter d'eau, et laissez la soupe se réchauffer lentement une vingtaine de minutes en la décollant du fond de temps en temps. Beaucoup de Toscans recommencent une troisième fois.
Le pourquoiC'est ici que le plat gagne son nom. Cougnet, en 1910, l'écrit dans les deux sens du mot : dans les familles prolétaires, on l'appelle ribollita parce que la soupe étant faite pour deux ou trois jours, on la réchauffe chaque fois qu'il le faut. Le repos permet à l'amidon du pain et des haricots de se réorganiser et aux arômes de se fondre : une ribollita du jour est correcte, une ribollita du lendemain est le plat. [Alberto Cougnet, L Arte Cucinaria in Italia, 1910, vol. I]
Servez dans des assiettes creuses très chaudes, et versez sur chacune un filet généreux d'huile d'olive extra vierge toscane, à cru. Poivrez au moulin. Certains ajoutent quelques anneaux d'oignon rouge frais, c'est un usage local et non une obligation.
Le pourquoiL'huile crue posée à la dernière seconde garde ses composés volatils, ce piquant poivré et cette amertume verte qui réveillent une soupe deux fois cuite. Chauffée avec le plat, elle les perd entièrement : c'est pourquoi on en met dans la cuisson pour le gras, et à la fin pour le goût. [Usage toscan unanime (Accademia Italiana della Cucina, Fattorie di Qualità)]
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Les deux visages de la même table toscane : la dépense et l économie. Artusi les décrit toutes deux, et le pain sciocco sans sel sert aussi bien à épaissir la soupe qu à accompagner la viande grillée.
Voir la recette →Le geste nu, sans la soupe. Artusi décrit en 1891 ce qu on appelle à Florence cavolo con le fette : du chou noir bouilli posé sur des tranches de pain grillées frottées d ail, arrosées d huile et de vinaigre. Il le juge sévèrement, y voyant un plat de Chartreux ou une pénitence à infliger à un gourmand. C est pourtant l os de la ribollita.
Pas encore dans l'AtlasLa même logique, l autre saison. Là où la ribollita réchauffe le pain rassis dans un bouillon d hiver, la panzanella le mouille à l eau et le sert froid avec tomate, oignon et basilic. Deux réponses toscanes à la même question : que faire du pain de la veille.
Pas encore dans l'AtlasLa troisième sœur du pain rassis, et la plus proche. Même pain sciocco, même huile crue à la fin, mais la tomate remplace le chou et les haricots, et l on écrase au lieu de laisser en couches. C est d ailleurs à elle que ressemble une ribollita trop remuée.
Pas encore dans l'AtlasL ancêtre imprimé, et nous l avons lu. Artusi y met le soffritto à l huile, un peu de tomate, le pain grillé en tranches d un doigt taillées en dés, et il propose le cavolo nero en option, pour qui aime un peu de verdure. Tout est là sauf le nom et sauf l obligation du chou.
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♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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