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Le bouillon que l'on porte aux femmes qui viennent d'accoucher — une poignée de patsa mena, de la viande, des pommes de terre, et deux heures de patience
Lantonirina Ravaoarisoa, Julio Rakotonirina, Daniel Andriamiandrisoa, Perrine Humblet et Jean de Dieu Marie Rakotomanga ont conduit dans la région d'Amoron'i Mania, où 41,6 % des femmes en âge de procréer sont dénutries, une enquête qualitative publiée en 2018 dans le Pan African Medical Journal, à partir de huit groupes de discussion et de vingt-trois entretiens individuels avec des femmes enceintes et allaitantes.
Le ropatsa y ressort comme « connu comme favorisant la montée laiteuse », au même titre que les cucurbitacées.
Mais la même enquête relève que les feuilles vertes et les tubercules sont, eux, évités parce qu'ils « détériorent la qualité du lait maternel », et que les aliments gras sont écartés « pour éviter l'accouchement difficile ».
Point tranché : la croyance qui promeut le ro-patsa est nutritionnellement heureuse — les patsa entiers apportent protéines, calcium et iode dans un régime que la FAO décrit comme pauvre en produits animaux — mais elle voisine avec des évitements qui privent précisément ces femmes des micronutriments des brèdes.
Le plat est donc bon ; la doctrine qui l'entoure ne l'est qu'à moitié.
Deuxième différend, culinaire : que met-on dedans ? Wikipédia décrit le rompatsa comme un bouillon de crevettes séchées, de bœuf et de pommes de terre ; la version publiée par Agir avec Madagascar sous le nom ron-kena sy patsa se limite à la viande, l'eau, une à une poignée et demie de patsa et des tomates facultatives.
Troisième point, technique et sous-estimé : faut-il griller et piler les patsa ou les jeter entiers ? La sauce de patsa les grille et les pile ; le bouillon les garde entiers.
Les deux se défendent, mais on ne fait pas le même plat.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Étalez les crevettes séchées sur un plateau clair ou un torchon blanc, et passez-les en revue à la main. Elles arrivent des marchés vendues en tas et charrient toujours du sable, des fragments de coquilles et des débris de petits poissons qu'il faut retirer un par un. Les blogs culinaires malgaches insistent tous sur ce point : le patsa est une toute petite crevette séchée, usuellement rouge, contenant des débris à trier. Passez ensuite le tout à la passoire pour éliminer les poussières les plus fines.
Le pourquoiLes débris siliceux ne se dissolvent pas à la cuisson et se déposent au fond du bol, ce qui ruine la texture du bouillon en bouche.
Mettez les patsa triées dans un bol d'eau claire et laissez-les tremper une à deux heures, en changeant l'eau une fois. Les cuisinières malgaches sont formelles : ces crevettes sont en général ultra-salées, et sans ce trempage il devient impossible d'assaisonner le reste du bouillon. Égouttez-les, mais NE JETEZ PAS la dernière eau de trempage : filtrez-la à travers un linge fin et réservez-la. Tout l'iode et une partie du goût marin sont passés dedans, et elle rejoindra le bouillon en fin de cuisson.
Le pourquoiLe sel diffuse depuis les tissus déshydratés vers l'eau de trempage par gradient osmotique, ce qui rééquilibre la teneur en sodium sans dénaturer les protéines.
Placez les cubes de viande dans une marmite, couvrez des deux litres d'eau FROIDE et portez lentement à frémissement sans couvrir. Pendant le premier quart d'heure, une écume grise monte en continu : retirez-la à l'écumoire à mesure qu'elle se forme, sans jamais remuer le bouillon. Un bouillon trouble est simplement un bouillon dont on n'a pas retiré l'écume à temps, et aucune filtration ultérieure ne le rattrape. Baissez ensuite le feu au minimum.
Le pourquoiLes protéines solubles coagulent progressivement entre 60 et 80 °C et remontent en surface ; passé ce stade elles se fragmentent et restent en suspension.
Pendant que la viande frémit, faites chauffer l'huile dans une poêle et faites-y suer l'oignon émincé jusqu'à ce qu'il devienne translucide, cinq à six minutes à feu moyen. Ajoutez l'ail pilé et le gingembre râpé, laissez une minute de plus, puis versez les tomates concassées et laissez-les compoter dix minutes jusqu'à ce qu'elles se défassent complètement. Cette base se prépare à part et non dans la marmite, pour ne pas troubler le bouillon qu'on vient d'écumer avec soin.
Le pourquoiLa compotée préalable des tomates concentre leurs sucres et leur glutamate naturel, qui rehaussent l'umami des crevettes séchées.
Versez la compotée de tomates dans la marmite et mélangez délicatement. Ajoutez les patsa dessalées et égouttées. Couvrez à demi et laissez mijoter quarante-cinq minutes à petit frémissement. Les crevettes vont libérer progressivement leur parfum marin et une partie de leur calcium, et le bouillon prend alors la couleur orangée caractéristique du plat. C'est le moment où le ro-patsa cesse d'être un pot-au-feu et devient lui-même.
Le pourquoiLes carapaces des crustacés libèrent à la chaleur leurs caroténoïdes et leurs composés soufrés aromatiques, responsables à la fois de la couleur et de l'odeur marine.
Ajoutez les pommes de terre en quartiers et poursuivez la cuisson trente à trente-cinq minutes, jusqu'à ce qu'elles soient tendres mais entières. Elles arrivent tard volontairement : plus tôt, elles se délitent et empâtent le bouillon, plus tard, elles restent crues au cœur. Vérifiez au même moment la viande, qui doit maintenant se défaire à la fourchette. C'est l'ajout des tubercules qui fait du ro-patsa un repas complet plutôt qu'une simple soupe, et qui explique sa place auprès des accouchées et des convalescents.
Le pourquoiL'amidon des pommes de terre gélatinise autour de 65 °C et les cellules se séparent ensuite rapidement, d'où une fenêtre de cuisson étroite.
Découvrez et laissez réduire une dizaine de minutes, jusqu'à ce que le volume ait sensiblement diminué. Versez alors la moitié de l'eau de trempage filtrée et laissez reprendre le frémissement deux minutes. GOÛTEZ, puis salez seulement si nécessaire, ce qui n'est pas toujours le cas : les patsa ont déjà tout donné. Donnez un tour de moulin à poivre et rectifiez éventuellement d'un filet d'eau chaude si le bouillon vous paraît trop concentré.
Le pourquoiLa réduction concentre simultanément le sel, le glutamate et la gélatine ; l'ajout tardif de l'eau de trempage restitue les arômes volatils perdus à l'ébullition.
Servez brûlant dans des bols individuels, en répartissant équitablement viande, pommes de terre et crevettes, et parsemez de ciboulette crue ciselée. Le riz blanc arrive dans une assiette à part : on y verse une louche de bouillon, on mange à la cuillère, et l'on reprend du bouillon autant de fois qu'on le souhaite. Quand le plat est porté à une accouchée ou à un malade, on le sert sans sakay et un peu plus liquide, et c'est le bouillon lui-même qui compte davantage que la garniture.
Le pourquoiLe service en bol séparé du riz permet de doser le liquide à chaque bouchée, principe de base du couple vary et laoka malgache.
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Sourcer ou se taire
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